Économie

Sonarem : Une feuille de route pour le développement des gisements miniers

Le compte à rebours est lancé. Le groupe industriel minier Sonarem a réuni jeudi 26 mars 2026, dans ses locaux, l’ensemble de ses cadres dirigeants et filiales pour présenter une feuille de route ambitieuse couvrant la période 2026-2028, avec un objectif affiché sans ambiguïté : faire du secteur minier algérien un véritable levier de souveraineté économique, et non plus un simple gisement de matières premières sous-exploitées. C’est sous la conduite de Rédha Belhadj, directeur général du groupe, que cette réunion s’est tenue, en présence du secrétaire général du groupe, des PDG et directeurs généraux des filiales, ainsi que des cadres et conseillers de l’état-major.  Au cœur de cette feuille de route, trois projets structurants concentrent l’essentiel des efforts. Le gisement de fer de Ghar Djebilet, dans l’extrême sud-ouest du pays, dont les réserves font de lui l’un des plus importants au monde, figure en tête des priorités. Le projet de zinc et de plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, constitue le deuxième pilier d’une stratégie qui entend remonter les chaînes de valeur industrielles. S’y ajoutent les projets intégrés de phosphate, dont l’exploitation raisonnée pourrait transformer la position de l’Algérie sur les marchés des engrais et de la chimie.

Le communiqué du groupe est explicite sur les enjeux : il s’agit de «renforcer les capacités productives nationales et soutenir les chaînes de transformation industrielle», une formulation qui résume l’ambition de sortir du modèle historique d’exportation de minerai brut pour intégrer davantage de transformation sur le sol algérien. La réduction de la dépendance aux importations est posée comme un objectif central, notamment dans la filière fer, développée «de l’exploration à la transformation», selon les termes du document.

Développer la filière marbre

Le marbre fait lui aussi partie de l’équation. Longtemps négligée, cette filière est présentée comme «l’une des branches prometteuses», appelée à être relancée selon «une approche industrielle moderne, capable de créer de la valeur ajoutée et de renforcer la présence du produit national sur les marchés». Une reconnaissance tardive mais significative du potentiel d’une ressource que l’Algérie a historiquement sous-valorisée face à la concurrence italienne et turque. La feuille de route ne se limite pas aux projets extractifs. Elle intègre une dimension de modernisation institutionnelle que Sonarem présente comme indissociable de ses ambitions industrielles : généralisation de la numérisation, réforme des modes de gestion, «ancrage des principes de gouvernance et de transparence», selon le communiqué. Un discours de mise à niveau qui accompagne, dans de nombreux groupes publics algériens, les grandes manœuvres de relance économique engagées ces dernières années.

L’expert et conseiller du directeur général, Ahmed Bakhhouche, a apporté lors de cette réunion un éclairage stratégique sur la vision du groupe et les contours opérationnels de la feuille de route 2026-2028. Rédha Belhadj a quant à lui insisté, en clôture des travaux, sur «l’importance de s’engager à mettre en œuvre cette vision ambitieuse avec efficacité et un dynamisme élevé» — une injonction à l’action qui tranche avec le registre souvent déclaratif des plans sectoriels passés.

Car c’est bien là que réside l’enjeu véritable. L’Algérie dispose d’un sous-sol parmi les plus riches du continent africain, avec des réserves estimées en fer, zinc, plomb, phosphate et marbre qui en font un acteur potentiellement majeur de l’industrie minière mondiale. Mais la transformation de ce potentiel géologique en richesse industrielle effective a toujours buté sur des obstacles structurels : financement, transfert de technologie, ressources humaines qualifiées, et lenteur administrative. La feuille de route de Sonarem entend répondre à chacun de ces défis en misant sur «les partenariats stratégiques à dimension technologique, permettant le transfert de savoir et la localisation des expertises», ainsi que sur l’investissement dans «les compétences nationales» et le renforcement des programmes de formation. À l’heure où les matières premières critiques s’imposent comme un enjeu géopolitique de premier plan — la demande mondiale en minerais nécessaires à la transition énergétique devrait tripler d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie —, l’Algérie dispose d’une fenêtre d’opportunité rare. 

Samir Benisid

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