Toutes les banques publiques impliquées : Un nouveau mécanisme de crédit agricole opérationnel
C’est une réforme discrète mais potentiellement structurante pour l’agriculture algérienne. Une convention-cadre, signée entre le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche et l’Association professionnelle des banques et établissements financiers, est entrée officiellement en vigueur. Elle met fin à un monopole de fait qui durait depuis des décennies : désormais, le financement des projets agricoles n’est plus l’apanage exclusif de la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural (BADR), mais s’étend à l’ensemble des banques publiques opérant sur le territoire national. C’est une note de la Direction des services agricoles de la wilaya de Tlemcen, publiée le samedi 28 mars, qui a annoncé la mise en œuvre effective du dispositif. Le document, adressé directement aux agriculteurs, précise qu’« afin de garantir la réalisation des projets agricoles, de veiller à leur mise en œuvre et d’alléger les procédures qui leur sont liées, le ministère de l’Agriculture a mis en place un nouveau mécanisme de financement, dans le cadre de la convention-cadre conclue entre notre secteur ministériel et l’association des banques et institutions financières ». Et d’annoncer sans ambiguïté : « le financement des projets agricoles a été généralisé à toutes les banques publiques actives dans le secteur bancaire. »
Six établissements sont désormais habilités à financer les projets du secteur : la BADR, partenaire historique du monde rural algérien, mais aussi la Banque Nationale d’Algérie (BNA), le Crédit Populaire d’Algérie (CPA), la Banque de Développement Local (BDL), la CNEP-Banque et la Banque Extérieure d’Algérie (BEA). Cette diversification de l’offre bancaire représente une rupture nette avec la logique de guichet unique qui prévalait jusqu’ici et qui constituait, de l’avis de nombreux professionnels, l’un des principaux goulots d’étranglement du financement agricole en Algérie. Le document précise également que le ministère de l’Agriculture prend intégralement en charge les intérêts des prêts accordés dans ce cadre — ce qui revient, concrètement, à proposer un crédit bonifié à taux zéro pour l’agriculteur bénéficiaire. Les plafonds sont fixés à 100 millions de dinars pour un crédit d’investissement individuel, et à 200 millions de dinars pour un crédit d’investissement fédéral, c’est-à-dire accordé à des groupements ou unions d’agriculteurs.
Les domaines éligibles couvrent un large spectre de la chaîne de valeur agricole : création et équipement de nouvelles exploitations ou d’unités d’élevage, modernisation des exploitations et élevages existants, transformation et valorisation des produits agricoles et animaux, stockage et conservation des produits — en particulier ceux de grande consommation —, conditionnement et exportation des productions, ainsi que toute activité relevant des industries agroalimentaires.
L’enjeu est considérable. Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les marchés des matières premières agricoles, aggravées depuis fin février 2026 par l’escalade militaire au Moyen-Orient qui perturbe les chaînes d’approvisionnement et fait peser une pression accrue sur les pays importateurs de céréales, l’Algérie cherche à accélérer sa trajectoire vers la souveraineté alimentaire. Lever les obstacles au financement bancaire du secteur agricole, en multipliant les guichets accessibles aux fellahs et en neutralisant le coût du crédit par la prise en charge des intérêts, constitue l’un des leviers les plus directs pour stimuler l’investissement productif dans les champs.
Sabrina Aziouez

