Guerre au Moyen-Orient : Un nouveau rétropédalage de Trump ?
Selon le Wall Street Journal, l’administration Trump serait disposée à mettre fin à l’offensive militaire contre l’Iran sans avoir rouvert le détroit d’Ormuz, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Cette révélation intervient alors que les médiations s’intensifient et que le conflit, qui a débuté le 28 février, a déjà causé la mort de plus de 1340 personnes, tout en provoquant des perturbations majeures sur les marchés mondiaux et les chaînes d’approvisionnement humanitaire.
Le président américain Donald Trump aurait indiqué à ses conseillers qu’il était prêt à stopper la campagne militaire contre l’Iran même si le détroit d’Ormuz demeurait largement fermé, rapporte le Wall Street Journal citant plusieurs responsables de l’administration. Cette décision s’inscrirait dans la volonté de ne pas prolonger le conflit au-delà du délai de quatre à six semaines initialement évoqué par la Maison Blanche. Selon ces sources, les objectifs prioritaires seraient désormais la paralysie de la marine iranienne et la destruction des stocks de missiles, plutôt qu’une opération militaire pour débloquer le passage stratégique. Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a confirmé mardi lors d’une conférence de presse au Pentagone que les prochains jours seraient « décisifs ». Il a néanmoins souligné que les discussions avec l’Iran pour mettre un terme à la guerre s’intensifiaient, les qualifiant de « bien réelles, en cours, actives et en train de se renforcer ». Le Pakistan a proposé d’accueillir des pourparlers entre les parties prenantes et a réuni au cours du week-end les chefs de la diplomatie de pays de la région. Donald Trump a par ailleurs vivement critiqué ses alliés européens pour leur refus de soutenir l’offensive. Dans un message sur Truth Social, il a reproché au Royaume-Uni de ne pas avoir participé aux opérations militaires et a accusé la France d’être « très peu utile » pour avoir refusé le survol de son territoire à des avions transportant du matériel militaire vers Israël. « Les États-Unis ne seront plus là pour vous aider », a-t-il prévenu, suggérant que les pays confrontés à des pénuries de carburant devraient « se rendre dans le détroit et simplement s’en emparer ».
L’attaque américano-israélienne, lancée le 28 février, a provoqué des représailles de Téhéran sous forme d’attaques de drones et de missiles visant des cibles israéliennes, la Jordanie, l’Irak et des pays du Golfe accueillant des bases militaires américaines. Ces ripostes ont causé des pertes humaines et des dégâts matériels considérables. En réponse aux frappes, l’Iran a fermé de facto le détroit d’Ormuz, paralysant le commerce maritime dans cette zone stratégique. Une commission parlementaire iranienne a même approuvé lundi un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit.
Les frappes américano-israéliennes ont touché mardi un site pharmaceutique majeur, l’entreprise Tofigh Daru, qui produit des médicaments contre le cancer et des anesthésiques. Des installations civiles, dont une usine de dessalement d’eau sur l’île de Qeshm dans le détroit d’Ormuz, ont également été endommagées et mises hors service. De leur côté, les Gardiens de la Révolution ont menacé mardi de viser des entreprises américaines au Moyen-Orient, publiant une liste de 18 sociétés dont Google, Apple, Meta et Tesla, en cas d’assassinat de tout nouveau responsable iranien.
Les conséquences humanitaires et économiques du conflit se font déjà sentir à l’échelle mondiale. Le Programme alimentaire mondial a annoncé mardi que la situation provoquait « la perturbation la plus importante des chaînes d’approvisionnement » depuis la pandémie de Covid-19 et le début de la guerre en Ukraine, avec 70000 tonnes de stocks alimentaires retardées ou bloquées dans les ports. Corinne Fleischer, directrice des opérations logistiques du PAM, a averti que d’ici juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation de faim aiguë. Les détournements de routes par l’Afrique entraînent un allongement des délais de transport de 25 à 30 jours et une hausse des coûts de 15 à 25%.
Sur le plan diplomatique, les réactions internationales se multiplient. L’Union européenne a appelé mardi l’Iran à garantir « la liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz lors d’un appel entre Antonio Costa, président du Conseil européen, et le président iranien Massoud Pezeshkian. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a mis en garde contre un « conflit régional élargi », accusant les États-Unis et l’entité sioniste de ne pas vouloir de « normalisation entre l’Iran et ses voisins » et affirmant que les changements de régime visaient à « gagner un plus grand contrôle sur les ressources pétrolières et gazières ».
Les pays du Golfe, directement affectés par les représailles iraniennes et la fermeture du détroit, appellent unanimement à une désescalade. Le Qatar a affirmé mardi qu’il existait « une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre ». Malgré les tensions, trois navires chinois ont récemment réussi à transiter par le détroit d’Ormuz grâce à un effort de coordination avec les parties concernées, selon le ministère chinois des Affaires étrangères.
Lyes Saïdi

