Rapport du GECF : La consommation mondiale de gaz atteint un record en 2025
Le monde a consommé plus de gaz naturel que jamais en 2025. C’est l’un des enseignements majeurs du rapport annuel sur l’état du marché gazier mondial, publié mardi par le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF). Selon ce document, «la consommation mondiale de gaz a augmenté de 1,2 % pour atteindre un niveau record de 4,22 billions de mètres cubes», consolidant ainsi la place du gaz dans le bouquet énergétique planétaire, où il représente désormais 23 % de la demande primaire totale. Cette progression s’inscrit dans un contexte de forte croissance économique mondiale. Le PIB mondial a progressé de 3,4 % en parité de pouvoir d’achat l’an dernier, stimulant la demande d’énergie tant dans les économies émergentes que dans les pays avancés. Mais au-delà de la conjoncture, c’est une transformation structurelle des priorités politiques qui explique en grande partie ce regain d’intérêt pour le gaz. Comme le souligne le rapport, on observe «un glissement notable des agendas climatiques à dominante internationale vers la priorité accordée à la sécurité énergétique nationale et à la résilience économique». Face aux tensions géopolitiques et aux risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement, de nombreux gouvernements ont redécouvert le gaz naturel comme bouclier stratégique, capable d’assurer une fourniture fiable d’énergie tout en s’inscrivant dans «une transition pragmatique, équilibrée et bas-carbone». Sur le plan régional, la dynamique de croissance révèle des contrastes saisissants. L’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie-Pacifique ont tiré l’essentiel de la demande supplémentaire, avec des hausses respectives de 15, 13 et 10 milliards de mètres cubes. L’Amérique du Nord conserve son rang de premier consommateur mondial avec 1 169 milliards de mètres cubes, talonnée par l’Asie-Pacifique à 977 milliards. Ce qui frappe toutefois, c’est le retour en force de l’Europe — longtemps perçue comme engagée dans une trajectoire de décarbonation accélérée — parmi «les principaux moteurs régionaux de la consommation de gaz». Le Vieux Continent, encore sous le choc des ruptures d’approvisionnement liées au conflit ukrainien, a visiblement arbitré en faveur de la sécurité d’approvisionnement.
Du côté des usages, le rapport confirme que la production d’électricité demeure le principal débouché du gaz, absorbant 39 % de la consommation totale. La flexibilité du gaz en fait un complément indispensable aux énergies renouvelables intermittentes, tout en assurant «l’énergie de base essentielle pour des besoins diversifiés, y compris l’expansion des centres de données» — un secteur en pleine explosion sous l’effet de l’intelligence artificielle. L’industrie représente quant à elle 28 % de la demande, le gaz jouant un rôle irremplaçable dans les procédés à haute température et la fabrication d’engrais. Les secteurs résidentiel et commercial se partagent 20 % des usages, principalement pour le chauffage et la cuisine, tandis que les transports maintiennent une part stable de 2 %, portée par l’essor du GNL maritime et du GNC routier.
Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes du marché
Les projections du rapport annuel du GECF pour 2026 ont été établies à l’ombre d’une incertitude majeure que ses auteurs reconnaissent eux-mêmes explicitement : l’escalade du conflit au Moyen-Orient au début de l’année 2026, qui « a significativement affecté le marché gazier mondial » et « pourrait nécessiter une révision à la baisse des prévisions 2026 présentées dans ce rapport, la sévérité et la durée du conflit déterminant son impact ». Cette mise en garde est d’autant plus lourde de sens que la région occupait en 2025 une place centrale dans l’architecture de l’offre mondiale : le Moyen-Orient figure parmi les trois moteurs de la production gazière mondiale, aux côtés de l’Amérique du Nord et de l’Afrique. Le conflit frappe au cœur d’un marché du GNL qui venait pourtant d’enregistrer une année historique — le commerce mondial de gaz naturel liquéfié avait bondi de 6,5 % pour atteindre un niveau record de 437 millions de tonnes en 2025, « la plus forte hausse annuelle depuis 2019 ». La désorganisation des flux en provenance du Golfe vient ainsi percuter un marché déjà sous tension du côté des stocks, les réserves souterraines européennes n’atteignant que 68 milliards de mètres cubes fin 2025, soit 10 milliards de moins qu’un an auparavant — un déficit qui « pose un défi significatif pour les évolutions du marché en 2026 ». Le rapport se veut néanmoins mesuré sur les conséquences à moyen terme : le conflit « ne devrait pas altérer fondamentalement les perspectives à moyen terme » et « la résilience du marché gazier mondial suggère que les perspectives pour 2027 et au-delà demeurent robustes malgré les défis de court terme ». Une réserve d’optimisme qui repose notamment sur l’afflux massif de nouvelles capacités de liquéfaction attendues entre 2026 et 2030 — 241 millions de tonnes supplémentaires par an, portées principalement par les États-Unis et le Qatar — de nature à rééquilibrer l’offre mondiale, sous réserve que les infrastructures du Golfe ne soient pas durablement compromises.
Sabrina Aziouez

