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Guerre au Moyen-Orient : Journée noire pour les Américains, l’escalade s’emballe

Un avion de combat américain a été abattu vendredi sur le territoire iranien, son équipage est porté disparu, et Washington promet de nouvelles destructions d’infrastructures civiles. Pendant ce temps, Téhéran riposte dans le Golfe et un ancien chef de la diplomatie iranienne appelle à négocier. Cinq semaines après l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, le conflit entre dans une phase d’emballement incontrôlé.

L’événement le plus saillant de cette journée du 3 avril est militaire et brutalement concret : un avion de chasse américain a été abattu dans le sud-ouest de l’Iran, et l’armée américaine a engagé des opérations pour retrouver son équipage, selon des responsables cités par le New York Times et le Washington Post. Deux membres d’équipage se trouvaient à bord de l’appareil, vraisemblablement un F-15-E, selon deux sources proches de l’administration américaine. Les médias d’État iraniens ont diffusé des images des débris de l’appareil, abattu par les systèmes de défense aérienne des Gardiens de la révolution. Peter Layton, chercheur au Griffith Asia Institute et ancien officier de la Royal Australian Air Force, a confirmé à CNN, à l’analyse des images : « De par sa structure et ses marquages, il s’agit clairement d’un F-15. » L’agence iranienne Fars a indiqué que l’armée avait lancé ses propres recherches pour retrouver le ou les pilotes. La télévision d’État a diffusé un appel aux habitants de la province du Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad leur demandant de capturer les aviateurs et de les remettre aux forces de l’ordre, promettant « une récompense de valeur ». Le Pentagone, le CentCom et la Maison Blanche n’ont fait aucun commentaire dans l’immédiat.

Cet incident survient dans un contexte d’escalade généralisée. La nuit précédente, Téhéran a annoncé avoir lancé une vague d’attaques contre des sites industriels et militaires américains dans le Golfe, en représailles aux frappes qui avaient visé les deux principales aciéries iraniennes. Selon la télévision d’État iranienne, les cibles incluaient des installations d’aluminium à Bahreïn, des industries sidérurgiques à Abou Dhabi, des centres de données d’Oracle à Dubaï et d’Amazon à Bahreïn, ainsi que des bases aériennes israéliennes, dont celles de Tel Nof et de Palmachim. Au Koweït, une centrale électrique et de dessalement a été touchée par ce que le gouvernement koweïtien a qualifié d’« attaque iranienne », sans répercussions sur la distribution d’eau ou d’électricité selon l’AFP. La raffinerie de Mina Al-Ahmadi a été visée par un drone, provoquant des incendies sur plusieurs unités opérationnelles. Londres a réagi en annonçant le déploiement du système de défense antiaérienne Rapid Sentry au Koweït.

Sur le sol iranien, les frappes américano-israéliennes continuent de cibler des infrastructures civiles. Un pont en cours de construction près de Téhéran, dans la région de Karadj, a été frappé à deux reprises. Huit civils ont été tués et 95 blessés, selon le vice-gouverneur de la province d’Alborz cité par l’agence Fars. Des images d’un immeuble résidentiel de Karadj en ruines ont également été diffusées. Donald Trump, loin de s’en émouvoir, a applaudi la destruction du pont sur Truth Social et a menacé d’aller plus loin : « Les ponts ensuite, puis les centrales électriques ! Notre armée n’a même pas commencé à détruire ce qui reste en Iran. » Le président américain avait précédemment déclaré vouloir ramener l’Iran « à l’âge de pierre ». Ces déclarations s’accompagnent d’une demande budgétaire sans précédent : Trump réclame au Congrès 1 500 milliards de dollars pour la défense en 2027, contre 1 000 milliards cette année, soit une hausse de 50 %. Le document budgétaire prévoit en parallèle une réduction de 10 % des dépenses sociales fédérales. « Nous sommes en guerre. Nous ne pouvons pas nous occuper des crèches », a résumé le président lors d’un événement privé à la Maison Blanche. Cette militarisation à marche forcée s’accompagne de remaniements internes : le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, a été contraint à la retraite immédiate, nouvelle étape d’une purge méthodique des hauts gradés jugés insuffisamment alignés.

Détroit d’Ormuz : le vote du Conseil de sécurité reporté

Sur le front diplomatique, la situation est tout aussi tendue. Le détroit d’Ormuz, fermé par l’Iran depuis le 28 février, reste le nœud gordien du conflit. Un vote au Conseil de sécurité de l’ONU autorisant un usage de la force pour le rouvrir a été reporté sine die, face aux réticences russes et chinoises. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a averti que toute « action provocatrice » au Conseil de sécurité ne ferait que « compliquer davantage la situation ». Un premier porte-conteneurs français, le CMA CGM Kribi, a néanmoins réussi à franchir le détroit selon les données de Marine Traffic.

C’est dans ce contexte que l’ancien ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, négociateur de l’accord nucléaire de 2015, a publié une tribune dans Foreign Affairs appelant Téhéran à « proclamer la victoire » et à conclure un accord global avec Washington. Il propose que l’Iran limite son programme nucléaire et rouvre le détroit en échange d’une levée totale des sanctions et d’un pacte de non-agression, suggérant la création d’un consortium d’enrichissement régional garanti par Moscou et Pékin. Malgré les bombardements, l’Iran conserverait selon des évaluations des services de renseignement américains cités par CNN environ la moitié de ses lance-missiles et une importante flotte de drones — un tableau nettement plus nuancé que les proclamations triomphalistes de Washington.

Lyes Saïdi

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