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Liban : L’ONU sonne l’alarme face à l’occupation sioniste rampante

Devant le Conseil de sécurité, le chef de l’aide humanitaire de l’ONU a tiré jeudi la sonnette d’alarme : 200.000 personnes ont fui le Liban vers la Syrie en quelques semaines, un Libanais sur cinq est désormais déplacé, et le spectre d’une occupation israélienne durable du Sud s’installe comme une réalité que plus personne ne peut ignorer. Tom Fletcher, coordinateur des secours d’urgence des Nations unies, n’a pas mâché ses mots. Face aux membres du Conseil de sécurité réunis jeudi, il a évoqué « une destruction énorme » et un « déplacement actif et contraint », avant de lâcher le mot qui résonne comme un verdict : occupation. « Nous faisons face à la perspective — et d’après certaines déclarations de ministres israéliens, c’est un réel danger — d’une nouvelle occupation, d’un nouveau territoire occupé dans le sud du Liban », a-t-il averti, dans des termes inhabituellement directs pour un responsable onusien. Les chiffres qu’il a livrés donnent la mesure du séisme humain en cours. Quelque 200.000 personnes ont franchi la frontière libano-syrienne au cours des trois à quatre dernières semaines. Parmi elles, 175.000 sont des ressortissants syriens qui rentrent chez eux, contraints et forcés, tandis que 25.000 autres sont principalement des Libanais et des Palestiniens projetés hors de leur pays par la violence des frappes. Sur le sol libanais lui-même, une personne sur cinq se trouve aujourd’hui déplacée — un ratio vertigineux qui n’avait jamais été atteint, même lors du conflit de 2006.

La directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations, Amy Pope, a confirmé l’ampleur inédite de la crise, soulignant qu’elle est « bien plus sévère » que lors de précédente agression israélienne en 2024. Environ 136.000 personnes ont trouvé refuge dans des centres d’accueil. Les autres se sont dispersées dans des hôtels, des appartements de fortune ou sous des tentes, y compris en plein cœur de Beyrouth. Des frappes israéliennes ont frappé mercredi le quartier de Jnah, à la lisière de la banlieue sud de la capitale, détruisant partiellement les locaux de l’OIM et rendant inutilisable la clinique destinée aux migrants. Amy Pope a qualifié ces bombardements de « choquants ». Les Nations unies ont lancé un appel d’urgence de plus de trois cents millions de dollars. À ce jour, « très, très peu de ces fonds ont été reçus », a-t-elle déploré.

Sur le terrain, la situation n’offre aucune perspective d’accalmie. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a résumé l’état des lieux en deux mots : « préoccupante et sombre ». La Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, fait état de frappes aériennes et d’artillerie israéliennes frappant plusieurs zones du Sud. Les forces d’occupation israéliennes ont par ailleurs étendu leurs incursions vers l’ouest, exposant les casques bleus à un danger croissant. Jeudi matin, un premier Casque bleu a été blessé à l’épaule par balle sur un site de la FINUL près de Maïs al-Jabal. Dans l’après-midi, une explosion survenue dans un poste onusien près de Marjeyoun a blessé trois autres membres de la mission, dont deux grièvement. Trois casques bleus avaient déjà perdu la vie dans des incidents similaires les jours précédents. L’ONU a appelé toutes les parties à cesser immédiatement de mettre en danger la vie de ses personnels.

Les autorités libanaises recensent près de 1318 morts et 3935 blessés depuis le 28 février. Tom Fletcher a prévenu que, même si le conflit régional venait à s’atténuer, les combats entre « pourraient ne pas » s’arrêter au Liban, laissant entrevoir un enlisement.

L.S.

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