Avant-première du film « Hadda » à la salle Ibn Zeydoun : Quand le cinéma sort de l’ombre les infirmières de la guerre de libération
Dans la prestigieuse salle Ibn Zeydoun, l’avant-première du long métrage « Hadda » du réalisateur Ahmed Riad a été accueilli par un public nombreux et attentif, ému par un film qui redonne voix et visage à des héroïnes longtemps tenues dans l’oubli : les infirmières du maquis. Le cinéma algérien s’empare rarement de ces figures féminines discrètes qui, entre 1954 et 1962, soignèrent les combattants dans les forêts et les montagnes, loin des regards et des honneurs. C’est précisément ce vide mémoriel qu’entend combler Ahmed Riad avec ce premier long métrage de fiction, produit par Tayda Films avec le soutien du ministère de la Culture et des Arts. Tourné principalement à Constantine et à Skikda, le film suit Hadda — interprétée par Lydia Larini —, une jeune femme qui a transformé une cabane abandonnée en refuge clandestin pour y soigner les moudjahidines blessés, dispenser des cours de secourisme aux femmes des villages et assurer la liaison entre les populations et les fronts de combat. Doublement engagées pour la cause nationale et le devoir humanitaire, ces infirmières exerçaient dans une discrétion absolue, condition sine qua non de leur survie et de l’efficacité de leur mission. Le scénario, signé Hayat Younsi, s’inspire d’un récit-témoignage publié en 1956, Six ans au maquis, écrit par Yamina Cherrad Bennaceur, survivante de la première promotion d’infirmières à avoir rejoint le maquis. La présence de cette moudjahida de 90 ans dans la salle, samedi soir, a conféré à la soirée une dimension particulièrement chargée d’émotion. À l’issue de la projection, la cheffe de cabinet du ministère de la Culture, Ayaichia Nacira, représentant la ministre, lui a rendu un hommage appuyé, saluant en elle la source vive d’une œuvre qui n’aurait pu exister sans son témoignage.
Le film de 76 minutes bénéficie d’une distribution solide, avec Hamid Mesbah, Louisa Nehar et Hamza Hamoudi dans des rôles secondaires aux côtés de Lydia Larini. Ahmed Riad revendique pour son œuvre une « approche artistique divertissante », soulignant qu’elle « relate par le cinéma des faits marquants de l’histoire de l’Algérie à travers une fiction historique, brillamment servie par des acteurs talentueux ». Le réalisateur assume ainsi pleinement le parti pris d’un cinéma populaire et accessible, qui ne sacrifie pas la rigueur historique à la dramaturgie, mais les conjugue. La reconnaissance institutionnelle ne s’est pas fait attendre : « Hadda » a été primé au 12e Festival international du film d’Alger, qui s’est tenu du 4 au 10 décembre 2025, avant de séduire le public de cette avant-première nationale. Le film sortira en salles à travers l’Algérie à partir du 10 avril prochain, selon les indications du réalisateur lui-même. À l’heure où la mémoire de la guerre de libération continue de nourrir le cinéma national, « Hadda » se distingue par le choix de son angle : non pas les champs de bataille ni les figures masculines consacrées, mais l’endurance silencieuse de femmes qui firent de la compassion une forme de résistance.
M.S.

