Face à une nouvelle provocation française : Alger répond avec « indignation et mépris »
Paris multiplie les provocations dans un contexte bilatéral dégradé et où le dialogue peine à reprendre avec sérénité. Une déclaration du procureur national antiterroriste français Olivier Christen, citant l’Algérie dans des procédures ouvertes pour « terrorisme d’État » s’inscrit dans une série d’actes hostiles envers l’Algérie et a déclenché une réplique immédiate et cinglante d’Alger dimanche. Pour le ministère des Affaires étrangères, il s’agit d’une « vaine agression » de plus dans une série de provocations qui empoisonnent des relations bilatérales déjà au plus bas.
C’est une phrase prononcée vendredi 3 avril sur Franceinfo qui a mis le feu aux poudres. Olivier Christen, procureur national antiterroriste, annonçait l’ouverture de huit dossiers d’instruction pour « terrorisme d’État » ciblant notamment l’Iran, la Russie et l’Algérie. L’amalgame prémédité n’a pas tardé à provoquer la réaction d’Alger. Par la voix d’une source autorisée citée par l’APS, le ministère des Affaires étrangères a répliqué que le procureur français avait « de manière désinvolte, inconsidérée et irresponsable, fait mention de l’Algérie au titre de procédures ouvertes pour terrorisme d’État ». « Une telle accusation injustifiée ne peut naturellement susciter qu’indignation et mépris », a ajouté la même source, avant de conclure : « Ce propos est condamnable pour ce qu’il est : une vaine agression contre un pays, l’Algérie, qu’un contexte français délétère érige en bouc émissaire et en dérivatif à tous les défis qui assaillent la France et qui peine à les relever. »
La fermeté de la réaction algérienne ne s’explique pas seulement par la déclaration de Christen prise isolément. Elle s’inscrit dans une séquence de tensions accumulées qui ont progressivement réduit à néant les timides signaux de rapprochement enregistrés ces derniers mois. Le 25 mars dernier, la justice française décidait de prolonger d’un an la détention provisoire d’un agent consulaire algérien, incarcéré depuis avril 2025 dans une violation caractérisée de la Convention de Vienne sur les relations consulaires. Cette décision était intervenue moins de deux semaines après un entretien téléphonique, le 16 mars, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf, et quelques semaines après la visite à Alger du ministre de l’Intérieur français Laurent Nunez en février — une visite présentée à l’époque comme un geste d’apaisement. Pour Alger, la juxtaposition de ces événements est éloquente : Paris envoie des signaux de dialogue d’une main et des actes hostiles de l’autre.
Paris isolé
Ce qui aggrave le cas, c’est la nature même de l’amalgame opéré par le procureur Christen. Citer l’Algérie aux côtés de l’Iran et de la Russie dans des procédures pour « terrorisme d’État » — dans un contexte géopolitique marqué par le conflit au Moyen-Orient — est perçu comme une manœuvre délibérée visant à associer Alger à un axe hostile à l’Occident. Or l’Algérie, qui défend de longue date une politique étrangère de non-alignement et de souveraineté, est simultanément sollicitée par de nombreux partenaires européens — Belgique, Espagne, Italie, Portugal, Suisse — qui multiplient les gestes pour consolider leurs relations avec elle, la considérant comme un acteur régional incontournable et un partenaire énergétique stratégique. Le contraste avec l’attitude française n’en est que plus saillant.
Des voix algériennes rappellent également que cette sortie du PNAT s’inscrit dans une continuité qui remonte aux années 1990, lorsque certains cercles de l’appareil judiciaire et médiatique français avaient instrumentalisé la décennie noire pour mettre en cause les institutions algériennes à travers la campagne dite « qui tue qui ». La déclaration de Christen est ainsi lue, dans ces milieux, moins comme un acte judiciaire autonome que comme le reflet d’un état d’esprit persistant au sein d’une certaine frange de l’establishment français, imperméable à l’évolution d’une Algérie qui s’affirme chaque année davantage sur la scène internationale.
Ce nouvel épisode intervient à un moment où la France semble diplomatiquement isolée dans sa gestion des relations avec l’Algérie. Alors que ses voisins européens engrangent des succès dans leur relation avec Alger, Paris accumule les faux pas depuis la crise de 2021, sans parvenir à renouer un dialogue stable et confiant. La déclaration du procureur antiterroriste, qu’elle procède d’une initiative personnelle ou d’un calcul politique, offre en tout cas à Alger une nouvelle occasion de dénoncer publiquement une hostilité structurelle, et de réaffirmer qu’elle ne laissera aucune mise en cause de ses institutions sans réponse. Le message est posé : les provocations, d’où qu’elles viennent, ont désormais un coût diplomatique.
Salim Amokrane

