Haut conseil de la langue arabe : Célébrer la poésie
C’est dans une atmosphère empreinte de solennité et de ferveur culturelle que le Haut conseil de la langue arabe (HCLA) a organisé, jeudi à Alger, une cérémonie commémorant la Journée mondiale de la poésie, célébrée chaque 21 mars. Placée sous le thème fédérateur « La culture, couronnement du développement », cette première édition a été dédiée à la mémoire du poète Mebarek Mohamed Djelouah (1908-1943), en hommage à un parcours littéraire dont l’empreinte demeure vivace dans le patrimoine poétique algérien. La rencontre a réuni, au sein d’une assistance composée de poètes, de chercheurs et de représentants d’instances nationales, plusieurs hautes personnalités, dont le conseiller du président de la République chargé de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle et de la culture, Nasreddine Bentifour, le président du HCLA, Salah Belaïd, ainsi que le président de l’Académie algérienne de la langue arabe (AALA), Cherif Meribai. La présence de ces responsables au plus haut niveau témoignait, à elle seule, de l’intérêt que les pouvoirs publics entendent désormais accorder à la création poétique, trop souvent reléguée aux marges du débat culturel officiel. Prenant la parole au nom de la présidence de la République, Nasreddine Bentifour a tenu à resituer la poésie dans sa dimension historique et civilisationnelle. Il a souligné « l’importance accordée par l’État à la poésie et aux poètes, la poésie constituant un outil efficace du développement humain », rappelant avec force que « la poésie a accompagné la résistance populaire algérienne et la glorieuse Guerre de libération nationale ». Loin de n’être qu’un ornement du discours, le verbe poétique a, selon lui, joué un rôle stratégique dans les heures les plus sombres de l’histoire nationale. « Il s’agit d’une arme puissante par laquelle les poètes ont contribué au renforcement de la détermination des révolutionnaires », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que la poésie a également « accompagné toutes les étapes de développement franchies par l’Algérie après l’indépendance ». Une manière de rappeler que le génie créateur n’a jamais cessé d’être au diapason des mutations de la société algérienne.
De son côté, le président du HCLA, Salah Belaïd, a apporté un éclairage plus institutionnel sur les motivations ayant présidé à l’organisation de cette manifestation. Il a expliqué qu’elle avait été décidée en raison de « l’importance du rôle civilisationnel de la poésie dans l’ancrage de l’identité culturelle et le renforcement des valeurs de créativité et de belle expression », tout en s’inscrivant dans la dynamique des « efforts internationaux visant à célébrer cette occasion culturelle à travers le monde ». Soulignant l’ancrage de l’initiative dans une vision politique plus large, M. Belaïd a précisé que cette célébration s’inscrit dans le cadre « des efforts nationaux visant à soutenir la créativité littéraire et intellectuelle, en application des orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, appelant à développer la culture nationale et à encourager les efforts créatifs », et ce, afin de « concourir à la promotion de la poésie sur la scène culturelle ». Au-delà des discours, la rencontre a offert un espace de réflexion et d’échange à travers plusieurs interventions académiques portant sur des thématiques au cœur des débats contemporains : la poésie algérienne entre spécificité culturelle et ouverture sur le monde, les enjeux de la traduction poétique et les défis de la modernité littéraire. Ces communications ont permis de mesurer la vitalité d’une production poétique nationale qui, malgré un déficit de visibilité, continue de s’affirmer avec originalité sur la scène arabe et internationale.
La cérémonie a également été ponctuée de lectures poétiques mettant à l’honneur des poètes algériens de renom, des voix qui ont traversé les générations et contribué à forger une sensibilité littéraire propre à l’Algérie. Ces moments de récitation ont rappelé, si besoin était, que la poésie n’est pas une discipline muséifiée, mais une parole vivante, capable d’émouvoir, de questionner et de rassembler.
En dédiant cette première édition à Mebarek Mohamed Djelouah, poète disparu à l’aube de ses 35 ans, le HCLA a posé un acte mémoriel significatif, celui de renouer avec des figures fondatrices trop souvent oubliées des grandes commémorations culturelles. Un geste qui, conjugué à l’ambition affichée de faire de cet événement un rendez-vous annuel, augure d’une politique culturelle résolument tournée vers la valorisation du patrimoine poétique national.
M.S.

