Le Président Tebboune met la pression sur le développement du secteur : Faire des mines un vecteur de diversification
En ordonnant la présentation rapide d’un plan d’exploration minier devant le Conseil des ministres, le président de la République envoie un signal fort : le secteur des mines doit devenir un pilier de la diversification économique. La séquence est révélatrice d’une volonté politique en mouvement. Dimanche en Conseil des ministres, Abdelmadjid Tebboune a haussé le ton sur le dossier minier. Le communiqué du Conseil des ministres ne laisse planer aucun doute sur l’impatience présidentielle. Tebboune a exigé que le plan d’exploration soit soumis «dans les plus brefs délais» à l’exécutif, en précisant qu’il devra «définir avec précision et en détail les filières minières prioritaires pour la prochaine étape, tout en établissant rigoureusement les échéances d’exploitation et de production». Le conditionnel n’est plus de mise : l’heure est aux échéanciers contraignants et aux résultats mesurables.
Derrière cette injonction se dessine un enjeu macroéconomique de première grandeur. L’Algérie s’est fixé l’objectif ambitieux d’atteindre un PIB de 400 milliards de dollars et d’intégrer le club des pays émergents à l’horizon 2027. Un cap qui implique une rupture structurelle avec la dépendance aux hydrocarbures, encore source de l’essentiel des recettes en devises du pays. Le secteur minier — phosphate, fer, zinc, plomb, or, terres rares — représente précisément le gisement de valeur ajoutée sur lequel l’Algérie entend s’appuyer pour écrire ce nouveau chapitre. Le président l’a formulé sans ambages : «la prochaine étape doit être à la hauteur de l’ambition de l’Algérie, qui s’inscrit dans une logique de puissance économique sûre et de diversification comme socle d’un État véritablement émergent, s’appuyant sur des chiffres crédibles sur le terrain.» Une formulation qui sonne comme un avertissement adressé aux gestionnaires du secteur : les annonces sans suites ne seront plus tolérées.
Il a d’ailleurs enfoncé le clou en fixant une nouvelle norme d’exécution : «seule une cadence soutenue dans l’exécution des orientations données et des plans d’action convenus sera acceptée pour l’ensemble des filières minières retenues.» Le temps des rapports prospectifs sans lendemain semble révolu. Sur le plan technologique et humain, le président a tracé une ligne directrice claire : les explorations devront s’appuyer «entièrement sur la technologie, ainsi que sur les ressources humaines locales et les compétences algériennes à l’étranger ou à travers des partenariats avec les pays amis et alliés». Une orientation qui conjugue souveraineté et ouverture, en refusant de choisir entre autonomie nationale et coopération internationale.
Assistance de la Banque mondiale entre en scène
Un plan de développement qui pourrait d’ailleurs bénéficier de l’assistance technique des grandes institutions internationales. Karima Bakir Tafer, secrétaire d’État chargée des Mines, a dans ce sens reçu Cemile Hacibeyoglu Ceren, représentante résidente du Groupe de la Banque mondiale en Algérie. Les discussions ont porté sur «les moyens de renforcer la coopération en matière d’assistance technique ainsi que les projets en cours et futurs, en particulier ceux liés au développement du secteur minier», selon le communiqué du ministère. Tafer a déroulé devant son interlocutrice le panorama des projets structurants en cours : la mine de fer de Gara Djebilet, le projet intégré de transformation du phosphate, l’exploitation de la mine de zinc-plomb — autant de chantiers qui engagent l’avenir industriel du pays. La Banque mondiale, de son côté, a affiché sa disponibilité à «accompagner et soutenir les établissements du secteur, notamment à travers la contribution à l’attraction des investissements, l’implication des entreprises étrangères publiques et privées», ainsi qu’un appui technique «tout au long de la chaîne de valeur».
Cette convergence d’agenda signale que l’Algérie entend jouer la carte minière sur tous les tableaux à la fois : réforme interne, mobilisation de l’expertise nationale et partenariats stratégiques. Le compte à rebours vers 2027 est enclenché.
Samira Ghrib

