Pillage des ressources du Sahara occidental : La jeunesse sahraouie porte le combat en Europe
Pendant que les tomates cerises récoltées dans les terres occupées du Sahara occidental s’écoulent à prix bradés dans les rayons des supermarchés français, étiquetées « produit du Maroc », une génération entière de militants sahraouis monte au créneau pour dénoncer le pillage organisé d’un peuple privé de sa souveraineté. L’organisation « Jeunesse sahraouie active en Europe » a lancé une vaste campagne continentale pour exposer, devant l’opinion publique internationale, les mécanismes d’un commerce fondé sur l’occupation illégale et la spoliation systématique des ressources naturelles du dernier grand territoire africain en attente de décolonisation. La campagne, déployée simultanément dans plusieurs pays européens, ne se réduit pas à un acte protestataire symbolique. Elle s’inscrit dans une offensive politique et juridique de longue haleine menée par le peuple sahraoui et son représentant légitime, le Front Polisario, pour contraindre les institutions européennes à respecter leurs propres décisions de justice. Car le droit européen, en l’espèce, est sans ambiguïté : le 4 octobre 2024, la Grande Chambre de la Cour de justice de l’Union européenne a solennellement réaffirmé que le Sahara occidental et le Maroc constituent « deux territoires séparés et distincts », et qu’aucun accord commercial ne peut y être appliqué sans le consentement explicite du peuple sahraoui, seul titulaire de la souveraineté légitime sur ce territoire. Or, en dépit de cette jurisprudence contraignante, la Commission européenne a paraphé avec Rabat un nouvel accord commercial incluant des produits en provenance du Sahara occidental occupé — poissons pêchés dans ses eaux, légumes cultivés sur ses terres, phosphates extraits de son sous-sol. Pour les militants sahraouis, cette violation flagrante du droit international ne constitue pas seulement une faute juridique : elle est le signe d’une complicité politique active dans le maintien d’une occupation que les Nations unies classent, depuis des décennies, parmi les situations coloniales non résolues.
« Ces produits ne sont pas de simples marchandises », martèle Hammadna Abdi Mubarak, porte-parole de la Jeunesse sahraouie active en Europe. « Derrière chaque caisse de tomates, chaque tonne de phosphate, chaque camion frigorifique qui quitte le territoire, se cache une réalité que l’on tait soigneusement : un peuple dépouillé de ses richesses pour financer l’occupation de sa propre terre. » Le militant insiste sur le caractère structurel du pillage : les revenus générés par l’exploitation des ressources sahraouies alimentent directement l’appareil d’occupation marocain, permettant à Rabat de consolider sa présence militaire et administrative sur un territoire qu’il contrôle par la force depuis 1975.
La campagne entend également cibler les entreprises européennes qui, en contractant avec des opérateurs marocains pour l’exploitation de ressources sahraouies, se rendent, selon le droit international, « coresponsables de l’occupation illégale ». Cette responsabilité des acteurs privés est au cœur de la bataille juridique que mène le Front Polisario, en partenariat avec des cabinets d’avocats européens spécialisés, devant les juridictions du continent. La victoire obtenue devant la Cour de justice de l’Union européenne constitue, à cet égard, un précédent capital — mais une victoire judiciaire sans application effective demeure lettre morte.
C’est précisément ce gouffre entre la légalité proclamée et l’impunité pratique que la jeunesse sahraouie entend combler par la mobilisation de l’opinion publique. Le combat sahraoui n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une lutte de cinquante ans pour la dignité, la reconnaissance et le droit à l’autodétermination d’un peuple que l’histoire officielle a trop longtemps marginalisé. Mais en portant désormais le débat au cœur des institutions européennes et dans l’espace médiatique international, la jeunesse sahraouie choisit les armes du droit et de la transparence contre celles de l’argent. « Ce combat est fondamental », affirme Mubarak. « Il s’agit de faire respecter la légalité internationale — pas au nom d’une abstraction juridique, mais pour que le peuple sahraoui puisse un jour vivre sur sa terre, libre, et disposer lui-même de ses richesses. »
L.S.

