Culture

Patrimoine : La blousa, entre mémoire vivante et ambition mondiale

Un vêtement, des générations de femmes, et une candidature à l’UNESCO : Tlemcen a accueilli mardi une rencontre nationale qui dit tout de l’enjeu — préserver la blousa avant qu’elle ne devienne archive. Elle se porte encore dans les mariages, se transmet de mère en fille dans certaines maisons de l’Ouest, et elle pourrait bientôt figurer sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. La blousa, robe brodée emblématique de la région oranaise, était au cœur d’une rencontre nationale organisée mardi à la bibliothèque « Mohamed Dib » de Tlemcen par le Centre d’interprétation à caractère muséal du costume traditionnel algérien et des pratiques populaires (CIC). Chercheurs, universitaires et artisans ont débattu pendant une journée de la façon de sauvegarder ce vêtement sans le figer, de le documenter sans le muséifier. La question de la transmission a traversé tous les discours. En ouverture, Salah Belaïd, président du Haut Conseil de la langue arabe, a fixé le cap avec une formule qui résume bien l’esprit de la journée : « La préservation de notre héritage, qu’il s’agisse des coutumes, des traditions ou des vêtements, constitue un facteur de distinction, d’autant que la culture demeure le socle du développement. » Il a appelé les médias à jouer un rôle actif dans la valorisation des savoirs artisanaux, plaidant pour un langage accessible qui donne envie aux jeunes générations de s’emparer de ces métiers plutôt que de les regarder disparaître.

C’est précisément à cette urgence documentaire qu’a répondu Zakia Litim, chercheuse au Centre national de recherche en préhistoire, anthropologie et histoire. Fruit d’enquêtes de terrain conduites dans les wilayas de Tlemcen, Aïn Temouchent et Sidi Bel-Abbès, ses travaux ont permis de constituer un fonds conséquent : photographies de costumes et de parures anciennes, témoignages d’artisanes spécialisées dans la confection de la blousa. Elle a insisté sur les variations subtiles du vêtement d’une région à l’autre — des évolutions mesurées qui, loin d’affaiblir son identité, attestent de la richesse et de la diversité des pratiques socio-culturelles locales, tout en maintenant la blousa comme symbole fort de la féminité dans l’Ouest algérien.

Comment faire entrer la blousa dans les classes ? C’est la question qu’a posée Hichem Bensenoussi, directeur du laboratoire d’études andalouses de l’Université de Tlemcen. Il a défendu l’idée d’une intégration du patrimoine vestimentaire dans les programmes scolaires, via des supports de lecture adaptés et des ateliers pratiques d’apprentissage de la couture traditionnelle. Il a également plaidé pour la rédaction d’un ouvrage scientifique de référence qui donnerait aux chercheurs et aux étudiants les outils pour aborder ce champ sérieusement. Les communications présentées tout au long de la journée ont couvert un spectre large : histoire de la blousa oranaise, étude patrimoniale de celle de l’Ouest algérien, rôle des bijoux dans l’ensemble du costume féminin, ou encore panorama des garde-robes du patrimoine vestimentaire national. En marge des travaux, un défilé et une exposition ont donné corps aux discours, avec la participation d’artisans venus de Tlemcen, Mostaganem et Béchar.

L’événement s’inscrit dans une démarche institutionnelle de longue haleine. Rachida Amer, directrice du CIC, a rappelé que la rencontre ambitionne de « promouvoir la blousa en tant que l’un des principaux marqueurs culturels et sociaux de l’Ouest algérien » et de « soutenir les artisans dans leurs efforts de sauvegarde ». Ces efforts trouvent aujourd’hui un prolongement diplomatique : le ministère de la Culture et des Arts a soumis à l’UNESCO un dossier intitulé « L’art de la blousa et son ornementation dans le Grand Ouest algérien : savoirs, savoir-faire et rituels », en vue d’une inscription sur la liste du patrimoine mondial immatériel.

Mohand S.

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