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Plaque tournante du narcotrafic : Le Maroc, une menace pour la sécurité régionale

Deux affaires distinctes, révélées à quelques heures d’intervalle, viennent confirmer ce que les services de sécurité européens documentent depuis des années : le Maroc occupe désormais une position centrale dans la criminalité transnationale organisée, à la croisée de trois continents, du Sahel à l’Europe du Nord en passant par la Méditerranée occidentale. La menace n’est plus seulement celle de réseaux criminels opérant depuis le territoire marocain — elle implique, selon des enquêtes convergentes, des éléments de l’appareil d’État lui-même. En Norvège, la police a formellement classé la « mafia marocaine » parmi les principales menaces sécuritaires pesant sur le pays, selon un rapport d’évaluation cité par le journal argentin Infobae. Une vingtaine de ressortissants norvégiens d’origine marocaine, liés à des réseaux de trafic de drogue, se sont réfugiés au Maroc ces dernières années, d’où ils continuent de piloter leurs opérations à distance. Rabat refuse d’extrader ces individus, malgré les demandes réitérées d’Oslo. La police norvégienne réclame désormais une pression politique directe sur les autorités marocaines, dénonçant une absence de coopération qui constitue, de fait, une couverture passive accordée à ces réseaux. Ces trafiquants utilisent le port espagnol de Malaga comme porte d’entrée vers le continent européen, faisant du sud de l’Espagne un maillon structurel de leur chaîne logistique.

Cette complicité prend une dimension autrement plus grave au regard des révélations publiées par le quotidien espagnol El Confidencial, qui s’appuie sur les conclusions d’une enquête menée par la Garde civile espagnole. Selon ce rapport, des patrouilleurs de la marine royale marocaine ont directement participé au passage clandestin de ballots de haschich à travers le détroit de Gibraltar. L’enquête a été déclenchée après la découverte d’images accablantes sur le téléphone d’un détenu marocain. Ces images établissent, selon la Garde civile, une collusion directe entre du personnel militaire marocain et des bateaux de trafiquants franchissant le détroit. Un journaliste de la chaîne espagnole Cuatro, embarqué lors d’une opération nocturne avec des officiers de la Garde civile, en a été le témoin direct : alors que les forces de l’ordre espagnoles étaient sur le point d’intercepter un hors-bord chargé de drogue dans les eaux espagnoles, un navire de la marine marocaine a croisé leur route, bloquant physiquement la poursuite et permettant au chargement d’échapper à la capture. Les officiers espagnols ont précisé que les navires militaires marocains « n’hésitent pas à user de leurs armes » dans ce type de situation. Le port de Ceuta, enclave espagnole enclavée dans le territoire marocain, a par ailleurs été le théâtre d’une autre découverte : un vaste tunnel souterrain à plusieurs niveaux, équipé de rails et de wagons, servant au transport de haschich entre les deux rives.

Ces faits s’inscrivent dans un contexte structurel bien établi. Le Maroc est le premier producteur mondial de cannabis, et l’Espagne constitue la principale porte d’entrée de cette drogue en Europe en raison de la proximité géographique et de la porosité du détroit. Mais ce qui était jusqu’ici présenté comme un phénomène essentiellement criminel prend, à la lumière de ces révélations, les contours d’une criminalité d’État, où les forces officielles du royaume servent de protection armée aux réseaux de trafiquants. L’implication de la marine royale — une institution placée sous l’autorité directe du palais — pose des questions qui dépassent le cadre policier pour toucher à la responsabilité politique au sommet de l’État marocain.

Malik Meziane

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