Économie

Elle enregistre des perspectives de croissance en hausse : L’Algérie fait exception dans la région MENAAP

Alors que le conflit au Moyen-Orient plombe les perspectives économiques de toute la région, la Banque mondiale revoit à la hausse ses prévisions pour l’Algérie. Un signal fort, mais qui ne doit pas occulter la fragilité du contexte international. Tandis que les grandes économies du Golfe voient leurs perspectives de croissance s’effondrer sous le choc du conflit au Moyen-Orient, l’Algérie avance à contre-courant. Dans sa dernière édition du Bulletin économique consacré à la région MENAAP, publiée le 8 avril 2026, la Banque mondiale porte sa prévision de croissance du PIB réel algérien à 3,7 % pour l’année en cours, contre 3,5 % annoncés en janvier dernier, soit une révision à la hausse de 0,2 point de pourcentage. Un ajustement mesuré, mais qui prend une résonance particulière dans le tableau général que dresse l’institution de Washington, où les révisions vont presque toutes dans le sens inverse.

L’Algérie figure ainsi parmi les trois seuls pays de la région dont les prévisions de croissance ont été revues à la hausse par la Banque mondiale — une distinction qui ne passe pas inaperçue et que l’institution qualifie explicitement d’exception au sein de l’espace MENAAP. Ce statut singulier doit d’abord être lu à travers les données macroéconomiques qui l’étayent. La hausse des recettes d’exportation algériennes — portées par les hydrocarbures dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés énergétiques mondiaux — devrait se traduire par une amélioration sensible de la balance extérieure du pays. La Banque mondiale prévoit en effet une réduction marquée du déficit du compte courant, qui passerait de -5,9 % du PIB en 2025 à -2,4 % en 2026, soit un rééquilibrage de plus de trois points en une seule année. C’est là un indicateur de stabilité macroéconomique significatif, qui renforce la capacité du pays à faire face aux chocs externes tout en maintenant un niveau d’investissement public soutenu.

Ce double mouvement — croissance revue à la hausse, déficit courant en nette réduction — dessine le profil d’une économie qui capitalise, au moins à court terme, sur ses avantages structurels. La position géographique de l’Algérie, à l’écart de l’épicentre du conflit, et son statut d’exportateur net d’énergie lui confèrent une relative immunité face aux chocs qui frappent de plein fouet ses voisins de la région. Pendant que la fermeture du détroit d’Ormuz et la destruction d’infrastructures énergétiques plombent les économies du Golfe, Alger enregistre mécaniquement un surcroît de recettes lié à la valorisation de ses exportations d’hydrocarbures sur des marchés tendus.

Le contraste avec le reste de la région est, à cet égard, saisissant. La croissance globale de la zone MENAAP — hors Iran, exclu faute de données fiables — devrait chuter à 1,8 % en 2026, contre 4 % enregistrés en 2025, soit un recul de 2,4 points de pourcentage par rapport aux projections établies en début d’année. Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) subissent de plein fouet les conséquences du conflit, avec une révision à la baisse de 3,1 points de pourcentage de leurs prévisions, conduisant à un ralentissement attendu de 4,4 % en 2025 à 1,3 % en 2026. L’Arabie saoudite, première économie de la région, voit sa prévision ramenée à 3,1 % contre 4,3 % initialement. Plus grave encore, le PIB réel de l’Irak, du Koweït et du Qatar devrait se contracter respectivement de 8,6 %, 6,4 % et 5,7 %, à la suite de révisions à la baisse spectaculaires. L’Algérie à 3,7 % dans ce paysage sinistré, c’est une autre planète.

Pour autant, la Banque mondiale se garde bien de tout optimisme complaisant. Son rapport insiste sur les vulnérabilités structurelles qui traversent l’ensemble de la région, et l’Algérie n’y échappe pas. La faible croissance de la productivité, le dynamisme insuffisant du secteur privé et les défis persistants sur le marché du travail constituent des fragilités de fond que la bonne conjoncture énergétique ne saurait durablement masquer. L’institution consacre d’ailleurs une partie substantielle de son bulletin à la question des politiques industrielles, observant que les gouvernements de la région ont « fortement recouru à la politique industrielle au cours de la dernière décennie, souvent via des fonds souverains et des entreprises publiques, mais avec des résultats mitigés ». Pour la Banque mondiale, l’enjeu est de conduire ces politiques « de manière réaliste, responsable et en adéquation avec les contraintes et les objectifs de développement des pays », avec des institutions solides et un ciblage rigoureux.

Les risques à la baisse restent prépondérants à l’échelle régionale, prévient encore l’institution. En cas de prolongation du conflit, les répercussions s’aggraveraient sous l’effet conjugué de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, de la réduction des échanges commerciaux, des pressions budgétaires et des déplacements de population.

Chokri Hafed

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