Tebboune restructure son gouvernement et consacre un ministère aux mines : Accélérer la renaissance minière
Le président de la République a procédé jeudi à un remaniement ministériel qui consacre l’émancipation du secteur minier de la tutelle des hydrocarbures, en lui accordant un département à part entière. Une réorganisation qui intervient au moment où l’Algérie engage des chantiers miniers sans précédent dans son histoire.
C’est un signal fort adressé aux marchés et aux partenaires étrangers. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a opéré jeudi 9 avril 2026 un remaniement ministériel qui consacre, sur le plan institutionnel, la montée en puissance du secteur minier algérien. Selon le communiqué de la Présidence de la République, Mohamed Arkab est nommé ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, tandis que Mourad Hanifi prend en charge un nouveau portefeuille dédié, celui des Mines et des Industries minières, secondé par Karima Tafer, nommée secrétaire d’État auprès de ce même ministère. En séparant les deux secteurs jusqu’ici réunis sous une même tutelle, le chef de l’État traduit en actes administratifs une ambition affichée de longue date : faire de la richesse minière du sous-sol algérien un pilier autonome de l’économie nationale, au même titre que les hydrocarbures qui ont longtemps constitué l’unique poumon financier du pays.
Cette décision ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une séquence politique et économique dense, dont les signaux se sont multipliés ces dernières semaines. Quatre jours seulement avant le remaniement, le 5 avril, le président Tebboune présidait une réunion du Conseil des ministres consacrée notamment à un exposé prospectif sur le secteur des mines. Le communiqué officiel issu de cette réunion révèle l’impatience du chef de l’État face au rythme des réalisations. Il y est indiqué que « le président de la République a insisté sur la nécessité que la prochaine étape soit à la hauteur de l’ambition de l’Algérie, qui s’inscrit dans une logique de puissance économique sûre et de diversification comme socle d’un État véritablement émergent, s’appuyant sur des chiffres crédibles sur le terrain ». Il a également « ordonné la présentation en Conseil des ministres, dans les plus brefs délais, du plan d’exploration dans ce secteur, lequel doit définir avec précision et en détail les filières minières prioritaires pour la prochaine étape, tout en établissant rigoureusement les échéances d’exploitation et de production », précisant que « dorénavant, seule une cadence soutenue dans l’exécution des orientations données et des plans d’action convenus sera acceptée ». Le ton est celui d’un chef d’État qui entend passer à la vitesse supérieure. Le remaniement de jeudi n’est ainsi que la suite logique et immédiate de ces injonctions.
Pour comprendre l’ampleur de ce changement de paradigme, il faut mesurer ce qui se joue sur le terrain. L’année 2026 coïncide avec le 60e anniversaire de la nationalisation du secteur minier, proclamée le 6 mai 1966. Elle s’annonce également comme l’année de toutes les inaugurations. En février dernier, le président Tebboune présidait la mise en service de la ligne ferroviaire Gara Djebilet-Tindouf-Béchar, longue de 950 kilomètres, qu’il a lui-même qualifiée d’incarnation d’« une vision stratégique intégrée visant à valoriser et à exploiter nos ressources naturelles et nos richesses nationales », mais aussi à réaliser « l’interconnexion du Grand Sud avec les autres régions du pays ». Cette ligne dessert la gigantesque mine de fer de Gara Djebilet, dont les réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes de fer brut, et qui est entrée en exploitation cette même année. À la mi-mars, c’est la mine de zinc-plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, qui ouvrait ses portes. Dotée de réserves géologiques estimées à 53 millions de tonnes, cette installation devrait produire annuellement 2 millions de tonnes de minerai brut et générer plus de 700 emplois directs et quelque 4 000 emplois indirects, en dynamisant un tissu local de sous-traitants et de PME.
À l’est du pays, le projet intégré de phosphate de Tébessa avance à marche forcée. Articulé en trois phases — exploitation du gisement de Bled El Hadba, construction d’un complexe de traitement chimique pour la production d’engrais et de fertilisants, puis extension du port minier d’Annaba — ce chantier titanesque est appelé à porter la production nationale de phosphate de 2,5 millions à 10 millions de tonnes par an. L’objectif est de hisser l’Algérie au rang des principaux exportateurs mondiaux d’engrais phosphatés et azotés. Le chargement des premières cargaisons sur le quai minier d’Annaba est attendu avant la fin de l’année 2026, tandis que la ligne ferroviaire de 450 kilomètres reliant le gisement au port, dont il ne reste que 150 à 175 kilomètres à achever, devrait être opérationnelle dans les mêmes délais. La wilaya d’Annaba est ainsi appelée à se muer en plateforme logistique internationale, capable d’attirer les grands armateurs mondiaux.
C’est dans ce contexte d’effervescence minière que la création d’un ministère dédié prend tout son sens. Longtemps absorbé dans un portefeuille commun avec les hydrocarbures ou l’industrie, le secteur minier disposera désormais d’une administration centrale autonome, de moyens propres et d’une chaîne de commandement raccourcie. Derrière la sécheresse du communiqué officiel se dessine donc une vision : celle d’une Algérie qui ne veut plus dépendre d’un seul gisement de richesses, et qui entend gérer ses deux piliers énergétiques et miniers avec la même rigueur institutionnelle. La renaissance minière est désormais dotée de son propre état-major.
Samira Ghrib

