Économie

Alger et Madrid ouvrent la voie à un forum économique bilatéral : Cap sur le co-investissement

Une délégation du Conseil du renouveau économique algérien a scellé à Madrid, vendredi, un accord-cadre avec le patronat espagnol avant une réunion de travail avec la secrétaire d’État au Commerce, ouvrant la voie à un forum économique bilatéral et à la création d’un conseil d’affaires commun. Les deux rives de la Méditerranée cherchent à transformer une relation historique en moteur de croissance industrielle. À Madrid, le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, a conduit vendredi une délégation patronale dans une double démarche diplomatico-économique qui illustre les ambitions de diversification portées par Alger. Au programme : une réunion de travail avec la secrétaire d’État espagnole au Commerce, Amparo Lopez, tenue en présence de l’ambassadeur d’Algérie en Espagne, au lendemain de la signature d’un mémorandum d’entente entre le CREA et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE).

La séquence madrilène n’est pas anodine. En signant d’abord avec la CEOE avant de rencontrer la représentante du gouvernement espagnol, le CREA a choisi d’ancrer sa démarche dans le monde des entreprises avant de lui donner une caution politique. Cette stratégie de double validation — patronale puis gouvernementale — reflète la volonté du conseil algérien de construire des partenariats durables, adossés à des structures pérennes. Deux décisions concrètes en sont directement issues : l’organisation prochaine d’un forum économique algéro-espagnol à Madrid et la mise en place d’un Conseil d’affaires bilatéral. Ce dernier, destiné à structurer les échanges entre entreprises des deux pays, constitue l’ossature institutionnelle sans laquelle les déclarations d’intention restent lettre morte. « Cette rencontre a permis de confirmer la volonté commune de renforcer la coopération économique bilatérale et d’ouvrir de nouvelles perspectives de partenariat entre les entreprises algériennes et espagnoles », s’est félicité Kamel Moula, cité dans le communiqué du CREA.

Énergie, eau et agro-industrie

Les discussions ont débouché sur l’identification de quatre secteurs prioritaires : l’énergie, l’eau, les infrastructures et l’agro-industrie. Le choix n’est pas anodin. Ces filières correspondent précisément aux domaines où l’Algérie dispose d’avantages comparatifs — ressources énergétiques abondantes, espace agricole, corridors logistiques vers l’Afrique — et où l’industrie espagnole possède un savoir-faire reconnu, notamment dans la dessalinisation, l’agroalimentaire et les énergies renouvelables. Les échanges ont particulièrement porté sur « le développement de projets de coproduction industrielle, ainsi que sur les conditions permettant d’accroître le nombre d’entreprises espagnoles implantées en Algérie, notamment sur des segments à forte intensité énergétique », selon le communiqué du CREA. Cette formulation pointe vers un modèle précis : celui d’unités de production localisées en Algérie qui valorisent l’énergie bon marché disponible sur place, tout en s’appuyant sur l’expertise technologique espagnole.

L’Algérie en plateforme régionale

Au-delà du cadre bilatéral, les deux parties ont mis en avant le rôle « stratégique » de l’Algérie comme plateforme d’accès aux marchés régionaux et limitrophes. L’argument est désormais récurrent dans les négociations économiques qu’Alger conduit avec ses partenaires européens : le pays ne se présente plus seulement comme un marché de 45 millions de consommateurs, mais comme une porte d’entrée vers l’Afrique subsaharienne et le Sahel, dans un contexte de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce positionnement s’inscrit dans un cadre juridique solide. « Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Traité d’amitié entre l’Algérie et l’Espagne, pleinement en vigueur, et traduit une volonté commune d’intensifier les relations économiques et commerciales entre les deux pays », conclut le communiqué du CREA. L’Espagne est déjà l’un des premiers partenaires commerciaux de l’Algérie en Europe, notamment via le gazoduc Medgaz. Les deux pays semblent désormais décidés à élargir cette complémentarité bien au-delà des hydrocarbures.

Samir Benisid

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