Mois du patrimoine : Le MaMo déploie un programme foisonnant
Il y a des rendez-vous culturels qui font office de rappel à l’ordre collectif. Le Mois du patrimoine, célébré chaque année sous l’égide du ministère de la Culture, en est un. Cette année, Oran entend peser de tout son poids dans cet élan national. Le Musée public national d’art moderne et contemporain de la ville, le MaMo, a conçu pour l’occasion un programme d’une ampleur inhabituelle, décliné sur trente jours, du 18 avril au 18 mai 2026, sous le slogan fédérateur : « Notre patrimoine, notre civilisation ». Expositions, conférences scientifiques, ateliers de pratique artistique, projections cinématographiques, activités de proximité : l’institution oranaise a pensé large, et pour tous les publics. C’est le directeur du musée, Djameleddine Barka, qui a présenté les contours de cette programmation à l’Agence de presse algérienne, en insistant sur la double ambition du projet. « Ce programme vise à mettre en lumière les richesses patrimoniales que recèle l’Algérie, tout en valorisant le patrimoine matériel et immatériel de la ville d’Oran », a-t-il déclaré. Une formulation qui dit bien l’équilibre recherché : ne pas dissoudre le local dans le national, mais faire de la ville et de ses spécificités un prisme à travers lequel la civilisation algérienne dans son ensemble devient lisible et tangible.
Parmi les temps forts du programme figurent deux expositions appelées à susciter l’intérêt du grand public comme des spécialistes. La première, intitulée « Algérien depuis la nuit des temps », est consacrée à l’art rupestre, ce patrimoine millénaire gravé dans la roche du Sahara algérien, trop souvent connu de nom mais rarement donné à voir dans toute sa profondeur. La seconde, une exposition photographique intitulée « Monuments historiques, mémoire de la civilisation », propose un parcours visuel à travers les sites et édifices qui ont forgé l’identité architecturale du pays. Deux regards complémentaires sur la longue durée de l’histoire algérienne, de la préhistoire à l’époque contemporaine. Mais le MaMo ne s’est pas contenté d’un programme tourné vers la contemplation. Le volet participatif occupe une place centrale dans le dispositif imaginé par Djameleddine Barka et ses équipes. Des ateliers destinés aux étudiants des Beaux-arts ont été organisés autour des costumes traditionnels féminins et masculins, ainsi que des monuments historiques d’Oran, invitant les futurs artistes à renouer avec un répertoire formel souvent délaissé au profit des influences contemporaines. Pour les plus jeunes, un atelier de coloriage baptisé « Je colorie le patrimoine de mon pays » offre une porte d’entrée ludique vers ces mêmes questions d’identité et de transmission. L’idée, bien connue des pédagogues, est simple et efficace : ce que l’on reproduit avec les mains, on finit par l’habiter avec l’esprit.
Le programme prévoit également des ateliers de réflexion à destination des professionnels et des acteurs culturels, portant sur « les mécanismes de l’activité culturelle et la protection du patrimoine culturel à l’ère de l’évolution moderne ». Une thématique d’autant plus urgente que la numérisation des savoirs et des objets patrimoniaux s’impose désormais comme un enjeu stratégique pour les institutions culturelles du monde entier. L’Algérie n’échappe pas à cette révolution silencieuse, et le MaMo semble bien décidé à en faire un sujet de débat public. C’est précisément cet axe qui structure la partie académique du programme. Plusieurs conférences scientifiques sont inscrites au calendrier, abordant des thématiques aussi variées que « les sites archéologiques et leur reconstruction à travers la numérisation et la documentation numérique », « l’art rupestre comme témoin civilisationnel », ou encore « la protection juridique du patrimoine culturel ». Une conférence sur « le patrimoine culturel et le tourisme comme ressource économique » viendra compléter ce panorama, rappelant que la mémoire collective n’est pas seulement une affaire de symboles : elle est aussi un levier de développement, une ressource que l’Algérie peine encore à exploiter à sa juste mesure, malgré l’exceptionnelle densité de son sol archéologique et de ses traditions vivantes.
Tout au long du mois, des projections de films documentaires ponctueront le programme, offrant des fenêtres supplémentaires sur la diversité du patrimoine algérien : monuments, costumes, gastronomie traditionnelle, zellige et autres arts décoratifs seront ainsi portés à l’écran, dans une volonté de rendre accessibles des réalités culturelles que les livres seuls ne suffisent pas toujours à faire aimer. En choisissant le slogan « Notre patrimoine, notre civilisation », le MaMo d’Oran pose une question qui dépasse largement le cadre d’un mois de commémoration. À l’heure où les sociétés cherchent leurs repères dans un monde en mutation accélérée, la capacité d’une institution culturelle à restituer à ses concitoyens le sentiment d’appartenir à une histoire longue et cohérente constitue un acte politique au sens noble du terme. Oran, ville de métissages et de mémoires superposées, n’est pas la moins bien placée pour porter ce message.
M.S.

