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Le détroit d’Ormuz sous haute tension

21 heures de pourparlers, des délégations de haut rang, une médiation pakistanaise active — et rien. L’échec des négociations de paix entre les États-Unis et l’Iran ouvre une nouvelle phase de tension dont le détroit d’Ormuz, jugulaire énergétique de la planète, pourrait être le prochain théâtre.

Le vice-président américain JD Vance a quitté Islamabad peu après 2h GMT ce dimanche, son avion décollant sans qu’un accord ait été arraché après 21 heures consécutives de négociations avec la délégation iranienne. « Nous rentrons aux États-Unis sans être parvenus à un accord », a-t-il déclaré lors d’une brève conférence de presse, laissant derrière lui une capitale pakistanaise qui avait pourtant tout misé sur sa capacité à rapprocher deux puissances que tout semble désormais opposer. L’échec est net, les positions se durcissent à une vitesse préoccupante, et la région retient son souffle. Les deux délégations étaient pourtant de premier plan, ce qui témoignait, au moins en apparence, d’une volonté d’aboutir. Du côté américain, Vance était accompagné de Jared Kushner et de Steve Witkoff. Téhéran avait, de son côté, dépêché le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi — deux figures centrales du système politique iranien. Mais le rang des participants n’a pas suffi à combler un fossé que chaque partie décrit différemment, et de manière radicalement contradictoire.

Washington pointe l’intransigeance iranienne sur la question nucléaire. Trump a affirmé que « la plupart des points avaient fait l’objet d’un accord », mais que Téhéran restait « inflexible » sur ce dossier central. Vance a été plus direct encore : « La mauvaise nouvelle, c’est que nous ne sommes pas parvenus à un accord, et je pense qu’il s’agit bien plus d’une mauvaise nouvelle pour l’Iran que pour les États-Unis. » Téhéran, de son côté, offre une lecture diamétralement opposée. La télévision d’État iranienne (Irib) a indiqué que « malgré diverses initiatives » de la délégation iranienne, « les exigences déraisonnables de la partie américaine ont empêché les négociations d’avancer ». Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a quant à lui estimé que ses collègues « ont présenté des initiatives constructives, mais qu’en fin de compte l’autre partie a été incapable de gagner la confiance de la délégation iranienne lors de cette session ».

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei, a toutefois tenté de tempérer la portée de l’échec, soulignant qu’« il était évident dès le départ que nous ne devions pas nous attendre à atteindre un accord en une seule session. Personne ne s’y attendait. » Il s’est dit « sûr que nos contacts avec le Pakistan, ainsi que nos autres amis dans la région, se poursuivront ». Une formulation prudente qui laisse entrouverte la porte d’un processus diplomatique que nul, pour l’heure, n’est prêt à enterrer officiellement.

Trump ordonne de bloquer le détroit

Ce soin à ménager l’avenir contraste cependant avec les décisions annoncées dans les heures suivant l’échec. Donald Trump a ordonné à la marine américaine de bloquer « dès maintenant » tout navire tentant d’entrer ou de sortir du détroit d’Ormuz, et d’intercepter tout bâtiment ayant « versé un péage à l’Iran ». Il a également évoqué un déminage américain du détroit. Des annonces d’une gravité considérable : le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est l’une des voies maritimes les plus stratégiques de la planète. Sa militarisation représente un risque systémique pour les marchés énergétiques mondiaux. Trump a par ailleurs brandi la menace de frapper les « infrastructures énergétiques, toutes les usines, toutes les centrales électriques » iraniennes, déclarant qu’il pourrait « anéantir l’Iran en une journée ». Des propos qui, même dans le registre de la pression rhétorique habituelle du président américain, ont provoqué une onde de choc dans les chancelleries.

La réponse iranienne n’a pas tardé. Les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir « entièrement sous contrôle » le trafic dans le détroit d’Ormuz, avertissant que « l’ennemi se retrouvera piégé dans un tourbillon mortel dans le détroit s’il fait un faux pas ». Leur commandement naval a précisé que « toute tentative de navires militaires de franchir le détroit fera l’objet d’une réaction sévère », réservant le passage aux seuls « navires civils dans des conditions spécifiques ». Cette déclaration intervient après que le Commandement central américain a annoncé que deux navires de guerre de l’US Navy avaient déjà franchi le détroit pour neutraliser des mines posées par Téhéran, ce que l’Iran a formellement démenti.

Face à cette escalade verbale et militaire, la communauté internationale s’est mobilisée pour appeler au calme. Le Pakistan, hôte et médiateur des pourparlers, a exhorté les deux parties à « continuer à respecter leur engagement en faveur du cessez-le-feu de deux semaines » en vigueur, son ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar assurant que son pays « continuera à jouer son rôle pour faciliter le dialogue ». Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi — qui avait été médiateur d’autres discussions préalables —, a appelé à des « concessions douloureuses » des deux parties, estimant qu’elles n’étaient « rien comparées à la douleur de l’échec et de la guerre ». L’Union européenne a réaffirmé que « la diplomatie reste essentielle pour résoudre tous les sujets en suspens », saluant au passage les efforts pakistanais. Moscou, enfin, s’est positionné : Vladimir Poutine a déclaré lors d’un appel avec le président iranien Massoud Pezeshkian être « prêt à continuer de faciliter la recherche d’un règlement politique et diplomatique du conflit ».

Trump doit par ailleurs rencontrer le président chinois Xi Jinping à Pékin les 14 et 15 mai prochains. Il a d’ores et déjà menacé la Chine de droits de douane à 50 % sur ses marchandises si Pékin apportait une aide militaire à l’Iran — une pression supplémentaire qui illustre à quel point ce dossier s’est étendu bien au-delà du seul théâtre moyen-oriental pour irriguer l’ensemble des équilibres géopolitiques mondiaux. 

Lyes Saïdi

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