Alger accueille la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique
Unifier les voix africaines pour exiger réparation
Alger accueille dès ce dimanche une conférence inédite sur les crimes coloniaux en Afrique. Un évènement dont l’objectif est d’unifier les voix africaines face aux anciennes puissances coloniales pour réclamer justice.
Le continent africain se dote d’une tribune unique pour exiger réparation des crimes du colonialisme. Dimanche et lundi, Alger accueille au Centre international des conférences une rencontre qui réunira ministres, juristes, historiens et experts du continent et de la diaspora africaine. L’objectif est clair : parler d’une seule voix pour obtenir justice et réparation des anciennes puissances coloniales européennes. L’initiative revient au président de la République Abdelmadjid Tebboune, dont la proposition a été adoptée par l’Assemblée générale de l’Union africaine en février dernier. En offrant d’abriter cette conférence internationale, le chef de l’État a placé l’Algérie au centre d’un combat continental pour la reconnaissance des souffrances infligées par le colonialisme français, britannique, belge et allemand sur le sol africain. Le choix d’Alger comme ville hôte n’est pas anodin. L’Algérie incarne doublement la légitimité de cette lutte : elle compte parmi les nations qui ont payé le plus lourd tribut au colonialisme dans leur marche vers l’indépendance, et elle poursuit depuis des décennies son engagement indéfectible aux côtés des peuples africains dans leur quête de dignité et de souveraineté. Cette tradition historique de solidarité avec les causes justes fait du pays un leader naturel dans la bataille pour la justice historique.
Sous l’impulsion du Président Tebboune, l’Algérie travaille activement à renforcer le mouvement international visant à criminaliser le colonialisme, l’esclavage, la ségrégation raciale et l’apartheid en tant que crimes contre l’humanité. La conférence d’Alger s’inscrit pleinement dans cette dynamique en offrant une plateforme de dialogue de haut niveau destinée à consolider la reconnaissance internationale des atrocités commises et à promouvoir des mécanismes concrets de réparation. Les travaux exploreront toutes les facettes des crimes coloniaux. Les participants examineront les dimensions humaines à travers les traumatismes intergénérationnels qui marquent encore les sociétés africaines, les aspects culturels avec la spoliation et la destruction du patrimoine africain, les questions économiques liées à l’exploitation des ressources et aux modèles inéquitables hérités de la période coloniale, sans oublier les impacts environnementaux dévastateurs comme les essais nucléaires menés sur des populations civiles. Le volet juridique occupera également une place centrale avec l’élaboration de stratégies pour renforcer la criminalisation du colonialisme et établir un mécanisme africain permanent de réparations et de restitution.
L’enjeu majeur de cette rencontre réside dans l’adoption de la Déclaration d’Alger, document appelé à devenir une référence continentale pour la codification des crimes coloniaux et la reconnaissance de leurs impacts durables. Cette déclaration servira de fondement à une stratégie africaine unifiée de justice et de réparations. Elle sera soumise au sommet de l’Union africaine prévu en février 2026 pour examen et adoption officielle par les chefs d’État et de gouvernement du continent.
La conférence vise à consolider une position africaine commune sur plusieurs fronts essentiels : la justice historique, les réparations matérielles et symboliques, la restitution du patrimoine pillé et la préservation de la mémoire collective des peuples. En réunissant des délégations venues d’Afrique, des Caraïbes et d’autres régions touchées par le colonialisme, l’événement ambitionne de créer un front uni capable de peser sur la scène internationale.
C’est en amont de l’évènement que le président du Parlement panafricain, Fortune Charumbira, a été reçu samedi par la secrétaire d’État chargée des Affaires africaines Bakhta Selma Mansouri. Les discussions ont porté sur le renforcement du rôle des institutions africaines dans la défense des causes justes et le soutien aux efforts visant à traiter les séquelles du colonialisme. À travers cette conférence historique, l’Algérie réaffirme son rôle moteur au sein du continent africain. Le pays entend contribuer de manière déterminante aux aspirations africaines à la justice, à la réparation et à la souveraineté mémorielle. L’objectif ultime est de consolider une identité historique commune fondée sur la dignité et les valeurs de justice, transformant ainsi les blessures du passé en force collective pour l’avenir.
Salim Amokrane

