Taxis et transports publics : Vers une hausse des tarifs
Le Syndicat national des transporteurs par taxi (SNTT) a annoncé vendredi soir qu’un accord a été trouvé avec le ministère de l’Intérieur et des Transports sur une augmentation officielle des tarifs de transport, à l’issue d’une réunion de concertation tenue au lendemain d’une grève des transporteurs déclenchée jeudi 1er janvier en protestation contre la hausse des prix du carburant et les dispositions du nouveau Code de la route.
Après deux jours de tensions et de paralysie qui ont touché de nombreuses wilayas du pays, le secteur des transports amorce un retour à la normale. La réunion de crise organisée vendredi au siège du ministère des Transports a permis de dénouer la situation. Le mouvement de protestation avait gagné l’ensemble des catégories de transporteurs, qu’il s’agisse des chauffeurs de taxi, des conducteurs de bus ou des transporteurs de marchandises. Au cœur du conflit figuraient l’augmentation des prix du carburant entrée en vigueur le 1er janvier et les dispositions du nouveau Code de la route, jugées trop contraignantes par les professionnels du secteur.
Dans son communiqué, le SNTT a indiqué qu’un « accord a été trouvé, avec l’approbation des plus hautes autorités du pays, notamment le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports et le Premier ministre, sur une augmentation officielle des tarifs des transports ». Le syndicat a qualifié ces discussions de « longues et responsables ». Il a également souligné que « l’intérêt de la nation doit être placé au-dessus de toute autre considération », exhortant ses membres à reprendre le volant sans délai pour assurer la réussite de la rentrée scolaire prévue dimanche 4 janvier après les vacances d’hiver.
Pour sa part, la Société d’exploitation et de gestion des gares routières (Sogral) a annoncé samedi dans un communiqué qu’il a été décidé de tenir « une réunion mardi prochain consacrée à l’examen de l’augmentation qui sera adoptée pour les tarifs de transport sous ses différentes formes, qu’il s’agisse du transport urbain ou interwilayas ». L’entreprise publique a précisé que cette rencontre permettra d’étudier la hausse des tarifs du transport public de personnes sous toutes ses modalités.
Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a précisé vendredi dans un communiqué que le Secrétaire général du ministère avait présidé, « chargé par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, M. Saïd Sayoud », une réunion de concertation « en présence du chef de Cabinet et du Directeur général de la mobilité et de la logistique » avec les partenaires sociaux. Ont participé à cette rencontre « l’Organisation nationale des transporteurs algériens (ONTA), l’Union nationale algérienne des transporteurs (UNAT), l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le Syndicat national des taxieurs et transporteurs (SNTT-UGTA) », précise le communiqué, ajoutant que l’objectif était d' »écouter leurs préoccupations professionnelles ».
Concernant les tarifs de transport, le ministère a indiqué que « ce dossier sera examiné en tenant compte du caractère social du service public et de la capacité des citoyens ». La tutelle a souligné que cette réunion « s’inscrit dans le cadre de la prise en charge des préoccupations soulevées via les cadres institutionnels agréés, en vue de garantir le bon fonctionnement du service public des transports au profit des citoyens », ajoutant que « la porte du dialogue demeure ouverte pour écouter l’ensemble des préoccupations ».
Un Code de la route encore modifiable
Au-delà de la question tarifaire, l’autre point de friction majeur entre les transporteurs et les autorités concerne le projet de Code de la route adopté le 24 décembre par l’Assemblée populaire nationale. Le ministère de l’Intérieur et des Transports a confirmé vendredi que « le projet de code de la route est toujours en cours d’examen dans le cadre du processus législatif en vigueur, et qu’il peut encore être enrichi à la lumière des observations et propositions formulées » par les partenaires sociaux. Le communiqué précise qu' »à cette occasion, plusieurs points concernant le projet de code de la route ont été clarifiés, suite à ce qui a été relayé à ce sujet ».
De son côté, le SNTT a annoncé qu’un accord a été trouvé sur une « révision du Code de la route » afin de « prendre en compte les besoins et les exigences spécifiques des professionnels du secteur ». Parmi les mesures d’accompagnement promises figure également un « soutien renforcé » qui a été promis « pour garantir la viabilité économique des professionnels du secteur », selon le syndicat.
Ce nouveau code est vivement contesté par certains transporteurs alors même qu’ils figurent parmi les plus impliqués dans les accidents de la route en Algérie. Les bus et les camions occupent en effet le haut du tableau des statistiques des accidents les plus meurtriers dans le pays. Leurs chauffeurs sont ceux qui respectent le moins le Code de la route, avec des comportements dangereux récurrents tels que l’excès de vitesse, la conduite en état de fatigue ou sous l’emprise de substances, le non-respect des distances de sécurité et les manœuvres périlleuses. Les professionnels du secteur estiment néanmoins que les nouvelles dispositions législatives sont trop sévères et ne tiennent pas suffisamment compte des contraintes spécifiques de leur métier.
Le ministère a évoqué « la possibilité d’enrichir » le projet de loi portant Code de la route qui doit être prochainement soumis au vote du Conseil de la Nation. Cette ouverture répond aux revendications des syndicats qui souhaitent voir le texte amendé avant son adoption définitive. Les discussions se poursuivront donc dans les prochains jours pour trouver un équilibre entre la nécessité de renforcer la sécurité routière, qui demeure un enjeu majeur de santé publique en Algérie, et la prise en compte des spécificités du métier de transporteur. L’enjeu pour les autorités reste de parvenir à un compromis acceptable qui permette de réduire le nombre d’accidents tout en préservant les intérêts économiques d’un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes et assure un service public essentiel à la mobilité des citoyens.
Samir Benisid

