Figure incontournable de la littérature algérienne : Hommage à Oum Siham
Cinq ans après sa disparition, l’écrivaine Ammaria Bilel, connue sous le nom de plume d’Oum Siham, continue d’inspirer et de rassembler la scène culturelle oranaise. La Maison de la culture et des arts Zeddour Brahim El Kacem a accueilli dimanche une rencontre littéraire consacrée à la mémoire de cette figure emblématique de la littérature algérienne, disparue en 2021 à l’âge de 82 ans. Organisée par l’association culturelle Wahie El-Mouthakafine en collaboration avec la Maison de la culture, cette manifestation a réuni un public varié composé d’amis de la défunte, de représentants d’associations culturelles, artistiques, touristiques et caritatives, ainsi qu’une pléiade d’intellectuels, de créateurs et d’amateurs de littérature venus célébrer la mémoire d’une femme qui a marqué plusieurs générations d’écrivains et de lecteurs.
Pour Abbes Benmessaoud, président de l’association Wahie El Mouthakafine, sont les propos ont été rapportés par l’APS, cette rencontre répond à une nécessité morale et culturelle. En marge de l’événement, il a expliqué que la manifestation « s’inscrit dans le cadre d’un hommage et d’un devoir de mémoire envers le parcours de la poétesse et romancière Oum Siham, qui a contribué à l’enrichissement de la scène culturelle algérienne par de nombreuses œuvres littéraires. Elle a également incarné un modèle singulier par sa relation avec ses lecteurs et par son soutien aux jeunes créateurs à leurs débuts littéraires ». Cette dimension de transmission et d’accompagnement des nouvelles générations constitue en effet l’un des aspects les plus marquants de l’héritage d’Oum Siham, dont l’engagement envers la promotion de la culture et de la création littéraire dépassait largement le cadre de sa propre production.
La rencontre s’est ouverte par la projection d’un film documentaire retraçant le parcours littéraire exceptionnel d’Ammaria Bilel, permettant au public de redécouvrir une trajectoire riche et singulière. Née en 1939, la future écrivaine a poursuivi ses études dans plusieurs villes algériennes avant de s’installer définitivement à Oran, ville qui allait devenir son port d’attache et sa principale source d’inspiration. C’est dans la capitale de l’Ouest qu’elle achève son cursus universitaire à la faculté des lettres et des sciences humaines en 1973, obtenant son diplôme avant d’embrasser une carrière dans l’enseignement. Professeure au secondaire jusqu’à sa retraite, Oum Siham n’a cessé de conjuguer sa vocation pédagogique avec son engagement littéraire, transmettant aux jeunes générations non seulement les fondamentaux de la langue et de la littérature, mais aussi l’amour des lettres et de la création.
L’œuvre poétique d’Oum Siham se distingue par son engagement politique et social, ainsi que par sa profonde conscience historique. Son legs littéraire comprend plusieurs recueils de poésie qui témoignent de sa sensibilité aux grandes causes nationales et arabes. Parmi ses œuvres majeures figurent Abjadiyat Novembre (L’Abécédaire de Novembre), Zaman Al Hissar (Le Temps du siège), Zaman Al Wilada (Le Temps de la naissance), Ightiyal Al Fadjr (L’Assassinat de l’aube), Chahida âla Al âsr (Témoin de l’époque) et Palestine. À travers ces recueils, la poétesse a évoqué avec force et émotion les hauts faits des moudjahidine et des martyrs de la Guerre de libération nationale, inscrivant dans la mémoire collective les sacrifices et les combats du peuple algérien pour son indépendance. Sa plume s’est également mise au service de la cause palestinienne, témoignant de sa solidarité avec la lutte du peuple palestinien et de son engagement panarabe.
Au-delà de la poésie, Oum Siham s’est également illustrée dans l’art de la nouvelle, publiant deux recueils marquants intitulés Quai beyrouthin et Journaux d’Oum Ali, édités par l’Entreprise nationale du livre (ENAL). Ces œuvres narratives révèlent une autre facette de son talent, celle d’une conteuse attentive aux destins individuels et aux réalités sociales de son époque. Parallèlement à sa production créative, l’écrivaine a contribué régulièrement aux pages littéraires de plusieurs quotidiens nationaux, offrant ses réflexions et ses analyses à un large public. Elle a également rédigé de nombreuses études littéraires et critiques, participant activement au débat intellectuel et culturel en Algérie.
La reconnaissance de son œuvre et de son engagement s’est manifestée à travers son adhésion à l’Union des écrivains algériens et à l’Union des écrivains arabes, institutions prestigieuses qui ont salué sa contribution à la littérature. Oum Siham a été honorée à plusieurs reprises lors de rencontres littéraires locales, nationales et arabes, témoignant du rayonnement de son œuvre au-delà des frontières algériennes. Cette dimension transnationale de sa notoriété souligne l’universalité des thèmes qu’elle a abordés et la qualité littéraire de ses écrits.
La rencontre organisée dimanche à Oran s’est achevée sur un moment symbolique fort avec la remise de la Médaille Oum Siham à trois personnalités qui incarnent, chacune dans leur domaine, les valeurs d’engagement et de service à la société que défendait l’écrivaine. Le journaliste Redouane Klouch du quotidien El Massa, l’actrice de théâtre Belhocine Amina et le président du comité de quartier Miramar, Adjroudi Abdelatif, ont été distingués en reconnaissance de leurs contributions respectives et en signe d’encouragement à poursuivre leur engagement au service de la communauté.
Mohand S.

