Criminalisation du colonialisme en Afrique : L’Algérie assume pleinement son leadership
L’année 2026 restera gravée comme une étape décisive dans le combat africain pour la reconnaissance des crimes coloniaux. C’est le bilan que dresse Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), au lendemain du Sommet des chefs d’État et de gouvernement tenu les 14 et 15 février à Addis-Abeba. Dans une déclaration à l’APS, la responsable onusienne a salué le rôle central joué par Alger dans ce processus, soulignant que l’Algérie avait mené « un mouvement diplomatique et juridique intense couronné par des décisions historiques établissant un lien entre mémoire et justice internationale ».
Au cœur de cette dynamique figure la Déclaration d’Alger, adoptée lors de la Conférence internationale sur les crimes coloniaux organisée les 30 novembre et 1er décembre 2025 dans la capitale algérienne. Ce texte, à portée à la fois politique, juridique et symbolique, qualifie le colonialisme de crime contre l’humanité imprescriptible et appelle à des réparations matérielles et morales pour les crimes de spoliation et les violations commises. Il intègre également, pour la première fois de manière officielle, le dossier des essais nucléaires français dans le Sahara algérien parmi les crimes environnementaux et humains graves, exigeant dépollution et réparation. Cette avancée s’inscrit dans la continuité d’une décision historique adoptée lors de la 39e session ordinaire du Sommet de l’UA, le 16 février 2025. À cette occasion, l’organisation continentale avait officiellement classé l’esclavage, la déportation forcée et le colonialisme parmi les crimes contre l’humanité et les actes de génocide perpétrés contre les peuples africains.
Si la question mémorielle occupe une place centrale, Mme Haddadi n’a pas éludé les défis sécuritaires auxquels le continent reste confronté. Face à « la persistance de l’instabilité et des conflits dans certaines régions », elle a néanmoins estimé qu’« il existe de réelles opportunités sur lesquelles il est possible de s’appuyer pour surmonter ces crises et consolider les processus de stabilité et de développement ». Pour y parvenir, l’UA entend s’appuyer sur le principe des « solutions africaines aux problèmes africains », en privilégiant le dialogue et les solutions politiques. La vice-présidente a toutefois insisté sur la nécessité d’un engagement concret des États membres pour concrétiser ces efforts.
En marge du Sommet, la tenue du premier Sommet Afrique-Italie, le 13 février à Addis-Abeba, avec la participation de la présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, a également été saluée comme un signal positif. Mme Haddadi y voit l’illustration d’une diplomatie africaine de plus en plus active, tissant des partenariats avec les Nations unies, l’Union européenne, la Ligue arabe, mais aussi les États-Unis, la Russie, la Turquie et l’Inde, autour d’enjeux communs tels que le développement durable, la migration, le changement climatique ou encore la sécurité. Des partenariats qui, selon elle, témoignent de « l’engagement de l’UA à renforcer la coopération internationale multilatérale au service de l’Afrique ».
Salim Amokrane

