Manipulations et traitement biaisé des relations algéro-françaises dans l’Hexagone : Le coup de gueule de Benjamin Stora !
Invité sur le plateau de France Info pour évoquer la visite du ministre français de l’Intérieur en Algérie et les enjeux mémoriels entre les deux pays, l’historien Benjamin Stora a explosé de colère en découvrant une tentative de sortir le débat de son contexte, dénonçant une manipulation médiatique récurrente qui relègue au second plan les grandes questions historiques de la colonisation.
La scène, diffusée mardi, est d’une rare intensité. On ne reconnaît presque pas Benjamin Stora, l’intellectuel d’habitude calme et mesuré, sort de ces gonds lorsqu’il se rend compte qu’il n’est pas invité pour évoquer les grands dossiers qui enveniment les rapports entre les la France et l’Algérie, mais pour parler d’un « influenceur de Dubai ». Cette fois, l’auteur de « France et Algérie : les douleurs de la mémoire » apparaît visiblement furieux, le regard acéré, refusant même de croiser celui de l’animateur. « Je me dis qu’est-ce que je fais ici. Je vous le dis franchement, moi je m’en vais », lance-t-il d’un ton mêlant colère et mépris, tandis que le présentateur tente vainement de reprendre le contrôle de l’émission.
L’objet de sa fureur : l’introduction dans le débat du nom d’un « influenceur » algérien, alors que l’historien avait été convié pour aborder les relations franco-algériennes et la mémoire conflictuelle entre les deux nations. « On ne m’a pas téléphoné pour venir parler de ça ce soir, on m’a téléphoné pour me dire : est-ce que vous voulez venir parler des rapports histoire entre la France et l’Algérie, des traumatismes, des mémoires conflictuelles et la façon de se réconcilier avec ce pays », accuse-t-il. « Ça, c’est des grosses affaires dont il faudrait parler à la télévision française. Je ne suis pas ici pour parler d’un influenceur », s’emporte l’historien, rappelant que des centaines de milliers d’Algériens ont été tués durant la colonisation, que les essais nucléaires français et les disparus de la bataille d’Alger sont autant de « questions épineuses qu’il convient de soulever sur le petit écran français ».
Mais la colère de Stora ne s’arrête pas là. Sur sa lancée, il révèle une information qui fait l’effet d’une bombe. L’historien explique avoir été interviewé pour la fameuse émission « Complément d’enquête » de France 2, consacrée à la relation franco-algérienne, qui a provoqué une crise diplomatique entre les deux pays ces dernières semaines. « La très grosse affaire, c’est que je suis resté une matinée entière au musée de l’Homme pour qu’on puisse montrer précisément les crânes de résistants algériens qui avaient été décapités. Ça c’est une très très grosse affaire, mais Amir DZ a été plus important que les crânes, Amir DZ a fait 20 minutes par rapport aux crânes », dénonce-t-il, révélant que tout ce qu’il avait dit sur la mémoire avait été purement et simplement écarté au montage.
L’historien s’adresse alors directement à l’animateur, l’exhortant au sérieux. « Ça fait 50 ans que je travaille sur cette histoire, donc quand on m’invite, ce n’est pas pour venir parler d’un influenceur de Dubaï, il faut quand même être sérieux », martèle-t-il, estimant qu’« il y a une forme d’humiliation que d’inviter quelqu’un pour parler d’un influenceur alors qu’il travaille depuis des années sur l’histoire de la colonisation française ». Il rappelle avoir été chargé par le président de la République française de rédiger un rapport sur la mémoire, un travail portant sur des centaines de milliers de victimes, de traumatismes et de souffrances considérables.
Benjamin Stora devient ainsi la troisième personnalité, après Ségolène Royal et Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Mosquée de Paris, à dénoncer publiquement la manipulation opérée autour de l’émission de France 2. La séquence, massivement relayée sur les réseaux sociaux, est perçue par de nombreux internautes comme une mise à nu du traitement médiatique français des questions liées à l’Algérie, qualifié de « manipulation des esprits » par l’un des plus éminents spécialistes de l’histoire franco-algérienne.
Hocine Fadheli

