Pour contenir la flambée des prix durant le Ramadhan : L’État déploie 390 points de vente de poisson
À l’occasion du mois de Ramadhan, les pouvoirs publics ont activé un dispositif de vente directe de produits halieutiques couvrant l’ensemble du territoire national, avec 390 points de vente déjà opérationnels et un objectif de 450 d’ici le début du mois sacré, a annoncé le directeur général de la pêche et de l’aquaculture au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Miloud Triaa. Chaque année, l’approche du Ramadhan s’accompagne d’une tension récurrente sur les marchés alimentaires algériens. Le poisson, denrée incontournable des tables du ftour, n’échappe pas à la règle. La demande explose, les étals des marchés traditionnels affichent des prix qui s’envolent et les ménages, en particulier les plus modestes, peinent à accéder à des produits frais à des tarifs raisonnables. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Agriculture a décidé de prendre les devants en multipliant les circuits courts de commercialisation, court-circuitant ainsi les intermédiaires souvent accusés de nourrir la spéculation.
Le dispositif mis en place ne s’est pas improvisé dans l’urgence. « Des rencontres ont été organisées avec les professionnels de la pêche et de l’aquaculture afin de garantir la disponibilité des produits halieutiques et la stabilité des prix », a expliqué M. Triaa à l’APS. Sur les 390 points de vente actuellement en activité, 139 relèvent de l’Office national des aliments du bétail (ONAB), qui assure notamment la commercialisation du tilapia rouge, un poisson d’élevage dont la production a considérablement progressé en Algérie au cours des dernières années. L’ONAB prévoit d’ailleurs de porter son propre réseau à 200 points de vente pour répondre à la demande croissante. Les prix ont été fixés de manière à rester accessibles au plus grand nombre. La dorade et le loup de mer sont proposés à 1 250 dinars le kilogramme, tandis que le tilapia rouge est affiché à 600 dinars le kilogramme, des tarifs nettement inférieurs à ceux habituellement pratiqués sur les marchés informels, où le poisson frais peut facilement dépasser les 2 000 dinars en période de forte demande. Fait notable, le dispositif ne se limite pas aux quatorze wilayas du littoral. La vente directe couvre également plusieurs wilayas de l’intérieur et du Sud, « où l’aquaculture s’est particulièrement développée ces dernières années, à l’instar de Ouargla, El Oued, Adrar et Béchar », a précisé M. Triaa, ajoutant que « d’importantes quantités de produits halieutiques seront mises sur le marché durant le mois sacré ». Cette extension géographique illustre la montée en puissance de l’aquaculture continentale, longtemps marginale, qui constitue désormais un levier stratégique pour démocratiser l’accès aux protéines animales dans des régions historiquement éloignées des zones de pêche. La production nationale de produits de pêche et d’aquaculture avoisine en moyenne 120 000 tonnes par an, selon le même responsable. Un volume encore insuffisant pour couvrir l’intégralité des besoins d’un pays de 45 millions d’habitants dont la consommation individuelle de poisson reste en deçà des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Le développement de l’aquaculture, notamment dans les régions sahariennes, et la multiplication des points de vente directe participent d’une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux importations et à rapprocher le producteur du consommateur. En attendant, pour des millions de familles algériennes, l’enjeu immédiat est plus prosaïque : pouvoir mettre du poisson sur la table du ftour sans que le budget du ménage n’en soit durablement ébranlé.
Lyna Larbi

