L’Algérie se dote d’un bouclier numérique
L’Agence de la sécurité des systèmes d’information (ASSI), rattachée au ministère de la Défense nationale, a dévoilé mardi à Alger la première Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information couvrant la période 2025-2029 (SNSSI 2025-2029). Approuvé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en sa qualité de Chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, ce document-cadre ambitionne de bâtir une architecture de cyber-résilience à la mesure de la transformation numérique accélérée que connaît le pays, tout en posant les jalons d’une souveraineté numérique pleine et entière. Le directeur général de l’ASSI, le Général Abdeslam Belghoul, a détaillé la philosophie du texte lors d’une allocution prononcée à cette occasion. La stratégie, a-t-il expliqué, a été élaborée« conformément à des principes directeurs relatifs au renforcement de la souveraineté numérique, à l’accompagnement de la transformation numérique engagée par l’État, à la préservation des acquis réalisés et à la favorisation de l’inclusivité, ainsi qu’à l’encouragement de la mutualisation des ressources et à la fixation d’objectifs atteignables, à termes mesurables ». Son socle repose, a-t-il poursuivi, sur « la garantie de la cyber-résilience nationale, à travers le renforcement des capacités de prévention, de détection et de réponse aux cyber-incidents, pour soutenir la transformation numérique de notre pays et préserver la souveraineté numérique nationale ». Le Général Belghoul a en outre précisé que la SNSSI vise à « doter l’Algérie de ressources humaines qualifiées, organisationnelles, réglementaires et fonctionnelles en la matière, de capacités de prévention, de détection et de réponse aux incidents cybernétiques, qu’ils soient d’origine accidentelle ou malveillante ». Le communiqué du ministère de la Défense nationale replace la démarche dans un contexte sécuritaire global. « Dans le cadre de la protection des institutions de l’État et des instances nationales de toute forme de menaces dans l’espace cybernétique », l’ASSI a publié cette stratégie qui constitue, souligne le même texte, « un cadre global visant à garantir une résilience cybernétique nationale et protéger les infrastructures numériques de l’État et ses données ». Elle vise également à « prémunir le citoyen des menaces évoluant dans le cyberespace, notamment à travers l’orientation stratégique visant à accélérer le processus de transformation numérique dans l’ensemble des institutions de l’État ». Le MDN insiste sur la portée opérationnelle du document, qui représente « une feuille de route permettant la préservation de la souveraineté numérique nationale, de garantir la continuité des services publics essentiels, et de renforcer la confiance du citoyen dans l’environnement numérique de l’État ».
Un avant-projet de loi sur la cybersécurité
Au-delà de la doctrine, un arsenal juridique se profile. Le Général Belghoul a annoncé la préparation d’un avant-projet de loi dédié à la cybersécurité, lequel permettra « d’introduire un caractère obligatoire pour les institutions afin d’imposer les mesures de cybersécurité nécessaires à la protection des informations sensibles ». Ce futur texte législatif comblera un vide réglementaire souvent pointé par les spécialistes, en contraignant l’ensemble des administrations et opérateurs d’importance vitale à se conformer à des standards de sécurité unifiés. Le volet scientifique n’est pas en reste. Le président du comité scientifique de l’Agence, M. Si Mohamed Malik, a indiqué que son instance regroupe des experts et des cadres d’entreprises nationales chargés de suivre les développements et les travaux de recherche accélérés dans le domaine cybernétique, afin de maintenir la stratégie en phase avec des menaces en constante mutation. Fait inédit et révélateur de l’approche inclusive voulue par les autorités : l’ASSI a procédé à l’envoi de SMS via l’ensemble des réseaux des opérateurs de téléphonie mobile pour informer directement les citoyens du contenu de la stratégie, ces derniers étant considérés comme « un maillon essentiel de l’équation de la cybersécurité ». L’ensemble des axes de la SNSSI 2025-2029 est consultable sur le site du MDN (www.mdn.dz). L’Algérie entre ainsi, par la grande porte institutionnelle, dans le cercle encore restreint des pays africains dotés d’une doctrine formalisée de cyberdéfense.
Salim Amokrane

