Tunnel de Ceuta, camping-cars piégés et réseaux mafieux : Le Maroc, plaque tournante du narcotrafic mondial dans le viseur
À Ceuta, un tunnel souterrain multi-niveaux pour le haschich, un camping-car intercepté avec 800 kg de drogue dissimulés dans une double cloison : l’Espagne monte en puissance judiciaire face aux réseaux mafieux marocains, dont la pieuvre s’étend bien au-delà de la Méditerranée. La frontière de Tarajal n’en finit pas de livrer ses secrets. Lundi, la Garde civile espagnole a intercepté une femme au volant d’un camping-car alors qu’elle s’apprêtait à franchir le poste frontière séparant Ceuta du territoire marocain. Après une fouille approfondie du véhicule, les agents ont mis au jour un compartiment spécialement aménagé pour le transport de stupéfiants, dissimulant pas moins de 800 kilogrammes de haschich conditionnés en ballots. La saisie illustre, une fois de plus, la sophistication des méthodes employées par les réseaux mafieux marocains pour acheminer leur marchandise vers l’Europe.
Cette arrestation spectaculaire intervient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu. Fin mars, la police espagnole avait mis au jour, à Ceuta, un vaste tunnel souterrain s’étirant sur plusieurs niveaux, équipé de rails et de wagons conçus pour le transport massif de haschich entre le Maroc et l’Espagne. Une infrastructure d’une ampleur inédite, révélant l’échelle industrielle à laquelle opèrent ces organisations criminelles. Face à la gravité des faits, les autorités espagnoles ont décidé de porter l’affaire devant la Cour suprême, contournant ainsi les juridictions locales, au vu, selon le ministère espagnol de l’Intérieur, « de la nature des crimes liés au narcotrafic transnational et à la constitution d’un réseau criminel ». Le Tribunal de Ceuta avait lui-même confié le dossier à l’instance judiciaire centrale, reconnaissant implicitement que l’affaire dépassait largement le cadre d’une criminalité ordinaire.
Derrière ces faits se dessine le visage d’une organisation que les enquêteurs européens connaissent bien : la Mocro Maffia, ou mocro-mafia, réseau criminel d’origine marocaine dont les tentacules couvrent aujourd’hui une grande partie de l’Europe occidentale. Née dans les milieux de la diaspora marocaine aux Pays-Bas et en Belgique dans les années 2000, cette nébuleuse s’est progressivement imposée comme l’un des acteurs majeurs du trafic de cannabis et de cocaïne sur le continent. Rotterdam, Anvers, Amsterdam, Barcelone, Marseille : ses réseaux de distribution irriguent les grandes métropoles européennes, générant des milliards d’euros de profits annuels. Les règlements de comptes à l’arme lourde qui ont ensanglanté les rues d’Amsterdam ou d’Anvers ces dernières années sont, pour une large part, attribuables à des guerres de territoire entre factions de cette même mouvance.
Le Maroc, dont le Rif constitue le principal bassin de production du haschich mondial, joue dans ce dispositif un rôle de plaque tournante du narco-trafic mondial. Les réseaux de trafic de Cannabis servent aujourd’hui au trafic de cocaïne dans le cadre d’une alliance entre les réseaux mafieux marocains bénéficiant de l’indulgence, pour ne pas dire le soutien actif du Makhzen et les cartels latino-américains. Les autorités espagnoles nourrissent depuis longtemps des appréhensions quant à la coopération de la justice marocaine dans les dossiers de narcotrafic transnational, plusieurs affaires précédentes ayant achoppé sur l’absence de réponses satisfaisantes de Rabat, que ce soit avec l’Espagne ou d’autres partenaires européens. C’est précisément cette méfiance structurelle qui aurait conduit les magistrats espagnols à saisir directement la Cour suprême, court-circuitant toute procédure d’entraide judiciaire internationale susceptible de s’enliser.
Malik Meziane

