Journée mondiale du théâtre : Le TNA célèbre ses icônes et rouvre le dialogue avec son public
Le Théâtre National Algérien Mahieddine-Bachtarzi a marqué vendredi la Journée mondiale du théâtre par une soirée dense mêlant hommages, création contemporaine et animation de rue, réunissant artistes, intellectuels et amateurs du « quatrième art » dans un élan collectif autour de la scène algérienne.
C’est dans une salle comble et sous le signe de la mémoire autant que de l’avenir que le TNA a choisi de fêter cette date symbolique. Représentant du ministère de la Culture et des Arts, Abderrazak Baba, avait fait le déplacement aux côtés du directeur général de l’établissement, Mohamed Yahiaoui, témoignant de l’attention institutionnelle portée à cet événement annuel. La soirée a débuté bien avant le lever de rideau, dans la ferveur de la place Mohamed-Toury, jouxtant le théâtre, où des troupes ont investi l’espace public avec des numéros acrobatiques qui ont ravi les enfants présents, rappelant que le théâtre n’est pas seulement affaire de salle obscure mais aussi de rue et de spontanéité partagée.
En marge des festivités, l’exposition « Répertoire du théâtre algérien 1963–1972 » a été inaugurée, offrant une plongée documentaire dans les premières décennies de la scène nationale indépendante. Une façon de rappeler que toute célébration du présent passe par l’ancrage dans une histoire fondatrice. La soirée a également accueilli une séance de dédicaces pour le roman Mandarin de Khaled Belhadj, dramaturge et metteur en scène de Constantine, signe que le théâtre algérien déborde volontiers vers la littérature.
Temps fort de la cérémonie, la séquence des distinctions honorifiques a constitué le cœur émotionnel de l’événement. Cinq noms ont été mis à l’honneur pour l’ensemble de leur contribution à l’art dramatique national : la comédienne et metteuse en scène Lynda Sellam, l’auteur dramatique Moustafa Ayyad, le spécialiste des arts dramatiques Habib Boukhelifa, le comédien burlesque Ahmed Kadri, alias Krikeche figure populaire bien connue du public algérien, et l’artiste Zohir Bouzrar. Ces distinctions ont été saluées comme une reconnaissance tardive mais juste de trajectoires consacrées à la scène algérienne dans ce qu’elle a de plus vivant et de plus inventif.
Autre moment attendu de la soirée, la lecture de la lettre annuelle de l’Institut International du Théâtre, cette année rédigée par l’acteur américain Willem Dafoe. Lue sur scène par de jeunes comédiens, le texte a résonné comme un manifeste discret mais ferme pour la défense du théâtre face aux mutations du monde contemporain. Dans cette lettre, Dafoe insiste sur le rôle irremplaçable de la scène : le théâtre, selon lui, est « un miroir de la vie » à l’heure où les technologies modernes imposent un isolement croissant. L’acteur y souligne également « le recul des relations humaines sous l’effet des réseaux sociaux », plaidant pour que la salle de spectacle demeure un espace de rapprochement et de communication authentique entre les êtres. Des mots qui, dans le contexte algérien comme ailleurs, prennent une résonance particulière.
En clôture, le public a assisté à la représentation de Moufaraqa (« Paradoxe »), production du Théâtre Régional de l’Aïn El Hammam, écrite et mise en scène par Halim Zadam. Pendant une heure, la pièce a conduit les spectateurs sur les traces de « Didi », qui pousse le fauteuil roulant de son épouse paralysée « Louiza » à la recherche d’un traitement. Au fil de ce périple semé d’embûches, le couple croise quatre autres personnages, chacun portant ses propres aspirations et ses propres contradictions. À travers des tableaux mêlant expression dramatique et gestuelle corporelle saisissante, les comédiens ont restitué avec finesse les paradoxes de l’existence contemporaine, révélant combien les chemins qui semblent partagés restent, au fond, solitaires et divergents. Une métaphore théâtrale sobre et efficace pour une journée placée sous le signe du vivre-ensemble et du dialogue entre les hommes.
Mohand Seghir

