Opéra d’Alger : Alger ouvre en grand les portes de sa 15e symphonie
Vingt et un pays, deux orchestres, une seule langue. Celle de la musique. L’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh a levé jeudi soir le rideau sur la 15e édition du Festival culturel international de musique symphonique, en présence de la ministre de la Culture et des Arts Malika Bendouda, dans une cérémonie d’ouverture qui a réuni sur une même scène l’Orchestre symphonique algérien et la République tchèque, invitée d’honneur de cette édition.
Pendant deux heures, le public algérois — mélomanes aguerris et curieux du classique mêlés — a assisté à un programme soigneusement construit pour ménager les deux rives de la Méditerranée musicale. D’un côté, la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák, ce monument du répertoire romantique tchèque que le maestro Jan Talich, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Bohême du Sud, a dirigé avec une autorité tranquille. De l’autre, des arrangements de chansons algériennes — Ya Rayah, Goumari, Echtah Echtah Ya Taous, Ya Zina Diri Latay — portés par l’Orchestre symphonique de l’Opéra d’Alger sous la baguette de Lotfi Saidi, dans une version orchestrale qui a visiblement touché une salle déjà acquise.
La soirée portait aussi le poids d’une absence. Un hommage appuyé a été rendu au compositeur Noubli Fadel, disparu en 2025 à l’âge de 74 ans. Auteur prolifique, il avait signé des dizaines de compositions en collaboration avec des artistes algériens et arabes, et laissé à la mémoire collective les musiques de films comme Les Portes du silence et Fleur de Lotus. Le commissaire du festival, Abdelkader Bouazara, a confirmé que cette édition lui était en partie consacrée, soulignant que l’événement célèbre «sa 15e édition, à laquelle 21 pays prennent part, parlant une même langue, celle de la musique», avant d’ajouter qu’«un hommage sera rendu à l’occasion à l’artiste algérien Noubli Fadel». Autour de lui, la tribune officielle réunissait également le ministre de la Communication Zoheir Bouamama, l’ambassadeur tchèque Jan Czerny et un parterre de personnalités culturelles — présences qui disent, sans le formuler, l’importance accordée par les pouvoirs publics à cette vitrine internationale.
Concerts à Oran et Constantine
Le festival ne s’arrête pas aux portes de la capitale. Dans une démarche pensée pour déplacer la musique vers ses publics plutôt que l’inverse, les organisateurs ont programmé des concerts à Oran et à Constantine, où le Théâtre régional Mohamed-Tahar-Fergani a déjà accueilli, dès le lendemain de l’ouverture, une soirée de haute tenue. Le duo allemand formé par la soprano Ulrike Mayer et le pianiste Peter Kreutz y a interprété des œuvres de Schumann et de Mozart, promenant Constantine dans un répertoire européen dont la salle a pris la mesure avec une réceptivité qui a visiblement touché les deux artistes. Interrogée en marge du concert, Ulrike Mayer n’a pas dissimulé son émotion devant «l’accueil chaleureux et l’interaction remarquable du public constantinois», qu’elle a décrit comme «mélomane et amateur de musique universelle». Elle a tenu à formuler ce que beaucoup dans la salle ressentaient sans pouvoir l’exprimer : «La musique symphonique est un langage universel qui transcende les frontières géographiques pour rapprocher les peuples.»
La programmation qui s’étire jusqu’au 7 mai est dense. La Russie, le Mexique, la Tunisie — avec l’Orchestre symphonique de Carthage attendu à Constantine dimanche — figurent parmi les vingt pays qui défileront sur les scènes algériennes. Chaque soir apporte son cortège de répertoires, ses chefs et ses solistes, dans une logique de festival qui assume pleinement sa vocation internationale sans renoncer à ancrer chaque concert dans son contexte local. En marge des concerts, le festival ouvre aussi des espaces de formation. Des ateliers d’interprétation orchestrale, encadrés par des enseignants algériens et étrangers, accueilleront de jeunes musiciens et des étudiants pour qui la rencontre avec des praticiens de haut niveau compte parfois autant que les concerts eux-mêmes. À l’Opéra d’Alger, une exposition consacrée au plasticien Ahmed Nacef prolonge l’événement dans les arts visuels, rappelant que la fête n’est pas seulement sonore.
Mohand Seghir

