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Guerre au Moyen-Orient : Une trêve en sursis, une diplomatie à bout de souffle

Le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, en vigueur depuis le 8 avril, tient par un fil.

Mardi, tous les signaux pointaient vers une reprise des hostilités : coût de la guerre américaine revu à la hausse par le Pentagone, manœuvres militaires des Gardiens de la révolution à Téhéran, incident naval au détroit d’Ormuz, et ultimatum iranien aux négociateurs américains. Pendant ce temps, les prix du pétrole remontaient, et le Qatar tentait de calmer le jeu dans le Golfe.

La guerre coûte plus cher que prévu. Jules Hurst, contrôleur financier du Pentagone, a annoncé mardi devant la commission des crédits de la Chambre des représentants que le coût des opérations militaires américaines en Iran s’établissait désormais à 29 milliards de dollars. Deux semaines plus tôt, le 30 avril, il avançait le chiffre de 25 milliards. L’écart s’explique, selon lui, par la « mise à jour des coûts de réparation et de remplacement du matériel, ainsi que par les frais opérationnels généraux liés au maintien des effectifs sur le théâtre des opérations ». Ce n’est probablement pas le dernier ajustement. Des sources officielles citées par CNN et CBS évoquent un coût réel pouvant atteindre 40 à 50 milliards de dollars. La représentante démocrate Rosa DeLauro a dénoncé mardi « un manque constant de transparence depuis le début de cette guerre ». Pete Hegseth, secrétaire à la défense, était lui aussi auditionné, dans le cadre de la demande budgétaire sans précédent de l’administration Trump : 1 500 milliards de dollars pour la défense en 2027.

Téhéran répond : à prendre ou à laisser

Du côté iranien, la position officielle est ferme. Mohammad Bagher Ghalibaf, principal négociateur de la République islamique, a publié mardi sur X un message sans ambiguïté : il n’existe « pas d’autre choix que d’accepter les droits du peuple iranien, tels qu’établis dans la proposition en 14 points ». Il a averti les négociateurs américains que « plus ils traîneraient les pieds, plus les contribuables américains en paieraient le prix ». Ces déclarations font suite à celles de Donald Trump, qui avait jugé lundi que la proposition iranienne méritait d’aller « à la poubelle », qualifiant le cessez-le-feu de malade n’ayant que « 1 % de chances de vivre ». L’Iran conditionne sa sortie du conflit à plusieurs exigences. Outre un arrêt complet des hostilités dans la région, y compris au Liban où Israël continue à combattre le Hezbollah, Téhéran réclame la levée du blocus naval américain de ses ports et le dégel de ses avoirs à l’étranger, sous sanctions depuis de nombreuses années.

Dans ce contexte, la question nucléaire est revenue au premier plan. Ebrahim Rezaï, porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a écrit mardi sur X que l’enrichissement de l’uranium à 90 % — le seuil requis pour la fabrication d’armes nucléaires — figurait parmi « les options dont disposerait l’Iran en cas de nouvelle attaque ». Il a précisé que le Parlement examinerait cette question. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a rappelé que les stocks d’uranium hautement enrichi iraniens se trouvaient très probablement toujours dans les tunnels du complexe d’Ispahan, malgré les bombardements conduits depuis la fin février, et que les inspecteurs de l’AIEA n’y avaient plus accès depuis le début du conflit. L’Iran dispose de 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, soit un niveau techniquement proche du seuil militaire.

Manœuvres militaires

À Téhéran même, les Gardiens de la révolution ont organisé des exercices militaires impliquant leurs forces et les milices Bassidji qui leur sont affiliées. Le général de brigade Hassan Hassanzadeh, commandant des Gardiens dans la capitale, a indiqué qu’il s’agissait de « répétitions de scénarios de combat sur tous les terrains », dont l’objectif affiché était d’améliorer la « préparation au combat pour faire face à tout mouvement de l’ennemi américano-sioniste ». Ces manœuvres ont été présentées par la télévision publique iranienne comme une démonstration de la capacité de résistance du pays face à une éventuelle reprise des frappes.

La tension n’est pas que rhétorique. Le commandant adjoint de la marine des Gardiens de la révolution a déclaré mardi, cité par l’agence de presse officielle Fars, qu’un navire de guerre américain qui « avait l’intention de transiter par le détroit d’Ormuz » avait reçu des « tirs d’avertissement ciblés » de la marine iranienne, le contraignant à modifier immédiatement sa route. Le responsable ne précisait pas la date exacte de l’incident, évoquant un « incident récent » et des « comportements provocateurs » de la part du bâtiment américain. Le 5 mai, les Gardiens avaient déjà promis une « riposte ferme » à tout navire tentant de franchir le détroit sans emprunter le trajet qu’ils imposent.

Le Qatar a pris la parole mardi pour déconseiller à l’Iran d’utiliser le détroit d’Ormuz comme levier de pression sur les monarchies pétrolières du Golfe.

Le pétrole en hausse et les sanctions s’élargissent

Les marchés réagissent. Vers 11h40 à Paris, le baril de Brent de la mer du Nord progressait de 2,99 % à 107,33 dollars, et le West Texas Intermediate grimpait de 3,44 % à 101,44 dollars. La perspective d’un déblocage du détroit s’éloignant, les opérateurs intègrent un scénario de perturbation prolongée des flux pétroliers. Sur le front des sanctions, Washington a ajouté lundi douze personnes et entités à sa liste noire, accusées de faciliter la vente de pétrole iranien à la Chine. Parmi elles figurent des membres des Gardiens de la révolution, ainsi que des sociétés domiciliées à Dubaï et à Hongkong. Ces sanctions interviennent à quelques jours d’une rencontre prévue entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, ce qui en dit long sur la complexité des équilibres en jeu. Du côté des Émirats arabes unis, Adnoc Gas a confirmé mardi que son principal complexe gazier, endommagé dans le conflit, ne retrouverait sa pleine capacité qu’en 2027. La trêve du 8 avril tient encore. Pour combien de temps, personne ne le sait vraiment.

Lyes Saïdi

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