Cinéma : Le Festival d’Imedghassen couronne ses lauréats
C’est au pied du mausolée vieux de 23 siècles dont il porte le nom que le Festival d’Imedghassen a rendu son verdict. Lundi soir, dans la commune de Boumia, à quelques encablures du tombeau royal numide d’Imedghassen, la sixième édition du Festival international du film éponyme s’est refermée sur une cérémonie en plein air, devant un public de cinéphiles et en présence d’artistes venus de plusieurs continents. Le « Bouclier de Dihya » — prix suprême de la compétition — a été décerné aux meilleures productions d’une sélection qui aura réuni, du 5 au 11 mai 2026, 50 films issus de 26 pays.
Le palmarès de cette édition reflète une géographie large et des préoccupations communes. En courts métrages de fiction, c’est la co-production palestino-jordanienne Coyotes — Mouhaddad bil’inkiradh en arabe — qui a emporté le prix du meilleur film. Le prix de la meilleure réalisation dans la même catégorie est allé au Sud-Africain Dian Weys pour Vultures. L’Algérienne Sonia Faidi a été distinguée comme meilleure actrice pour son rôle dans Gardiennes de nuit, tandis que le Portugais Igor Regalla a décroché le prix du meilleur acteur pour Prayer. Le long métrage turc Quand la noix devient jaune, signé Mehmet Ali Konar, a raflé le prix de la meilleure fiction longue. Le meilleur documentaire court est revenu à Rêves de filles de l’Égyptienne Marwa Ali Elsharkawy, et le prix de l’animation à Zoo, co-production germano-jordanienne réalisée par Tariq Rimawi. La « Semaine des critiques » a, elle, distingué Prayer côté documentaire et Poupiya de l’Algérien Yacine Bouaziz côté long métrage.
La soirée de clôture, supervisée par le secrétaire général de la wilaya de Batna, Rachid Zouad, a accueilli notamment Andrea Guadagnini, directeur adjoint de l’Institut culturel italien en Algérie — l’Italie étant l’invitée d’honneur de cette édition. Le message de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, lu par la directrice de la culture de la wilaya Amira Deliou, a donné le ton. Tenir la cérémonie de clôture au voisinage immédiat du mausolée numide, a-t-elle dit, « confère à cette édition une dimension symbolique particulière ». Elle a développé l’idée : en ce lieu, « le cinéma ne semble guère éloigné de l’histoire, et l’histoire n’est pas une page fermée du passé, dès lors que tous deux ont pris la dimension d’un espace de réflexion, de dialogue et de renouvellement du lien avec la mémoire et le monde ». Et d’ajouter que la valeur du festival « réside également dans le message clair qu’il délivre, à savoir que la culture, lorsqu’elle est liée à un lieu, aux gens et à l’histoire, n’en est que plus authentique et est plus à même d’atteindre les cœurs et les esprits ».
Ce n’est pas anodin. Imedghassen n’est pas une salle de cinéma comme une autre, ni même un festival comme les autres. L’ancrer sur un site archéologique classé, en pleine Aurès, c’est un choix assumé — et la ministre l’a dit sans détour : un festival « ne s’achève pas avec la fin des projections, mais vaut surtout par l’impact qu’il laisse sur la ville, le public et les jeunes qui découvrent à travers lui que le cinéma peut représenter, pour eux, un horizon ».
Les participants rencontrés par l’APS en marge de l’événement ont abondé dans ce sens. Le réalisateur saoudien Mohsen Ahmed, venu présenter son court-métrage Une simple rencontre, et l’Égyptienne Marwa Ali Elsharkawy ont tous deux salué « la richesse du Festival international du film d’Imedghassen », qu’ils ont décrit comme « un espace pour les cinéastes, en particulier les jeunes, qui ont pu présenter leurs œuvres et affiner leurs expériences ». Au-delà de la compétition, le festival a proposé un programme dense : masterclasses à la salle Aurès sur le jeu d’acteur avec le Syrien Fayez Kazak, sur la réalisation avec l’Algérien Hadj Ali Menad, sur le documentaire avec la Nigérienne Aïcha Macki, et sur le cinéma comme « média pédagogique et moyen d’intégration » avec le Tunisien Khaled Bouzid. Soixante jeunes venus de plusieurs wilayas ont suivi des ateliers à la Maison de la culture Mohamed-Laïd Al-Khalifa, autour du jeu d’acteur, de la réalisation, du documentaire, du film produit par intelligence artificielle et du développement de scénario en format court — le tout encadré par des professionnels. Une journée d’étude scientifique sur le mausolée d’Imedghassen lui-même, datant de la fin du IVe siècle avant notre ère, a complété ce volet patrimonial, aux côtés de visites de sites archéologiques de la région, dont l’antique Thamugadi.
Le commissaire du festival, Issam Taachit, a résumé l’ambition de la manifestation en quelques mots : « encourager la créativité cinématographique, en particulier celle des jeunes », et construire des « passerelles de communication entre des créatifs d’Algérie et d’ailleurs, tout en promouvant le riche patrimoine culturel et touristique de notre pays ».
Mohand S.

