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Algeria Bid Round 2026 : Alnaft ouvre ses data rooms numériques 

L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) a franchi lundi une étape dans le processus de promotion du domaine minier national en ouvrant officiellement les virtual data rooms (VDR) du Bid Round 2026. Pour la première fois dans l’histoire des appels à concurrence algériens, les données techniques relatives aux périmètres proposés sont accessibles via une plateforme numérique sécurisée. Le moment n’est pas anodin : l’Algérie s’y engage alors qu’elle est plus que jamais scrutée comme fournisseur stratégique de gaz pour l’Europe.

L’ouverture des VDR représente selon Alnaft «une nouvelle étape dans le processus de promotion du domaine minier national auprès des investisseurs nationaux et internationaux». En pratique, elle permet aux compagnies intéressées d’effectuer une analyse approfondie des sept périmètres proposés — El Borma II et El M’Zaid Nord dans la wilaya d’Ouargla, Illizi Centre I et Est Bordj Omar Driss I dans la wilaya d’Illizi, El Hadjira III dans la région de Touggourt, ainsi que Touggourt Sud et El Benoud Est dans la wilaya d’El Bayadh — sans se déplacer à Alger, depuis n’importe quel fuseau horaire. L’agence revendique dans ce dispositif sa «volonté de moderniser ses processus, d’améliorer l’expérience des investisseurs et de faciliter l’accès à l’information stratégique, quel que soit leur lieu d’implantation». La suite du calendrier est fixée : soumission des offres, ouverture des plis et attribution des périmètres sont prévues pour novembre 2026, la signature des contrats étant programmée en janvier 2027.

Ce deuxième cycle s’appuie sur les acquis d’un premier appel à concurrence qui a largement validé la mécanique. Lancé en octobre 2024 à l’occasion du NAPEC à Oran, l’Algeria Bid Round 2024 était le premier du genre depuis 2014. Son résultat a dépassé les attentes initiales. Cinq permis d’exploration ont été attribués à huit compagnies pétrolières internationales, dont TotalEnergies, Eni et Sinopec, sur cinq des six zones proposées. Les contrats correspondants, signés entre Sonatrach et ses nouveaux partenaires étrangers, représentent un engagement d’investissement initial estimé à 600 millions de dollars, dédiés à l’exploration. Le président d’Alnaft avait alors souligné que tous les périmètres, à l’exception d’Ahara, incluent une phase de développement post-exploration obligatoire impliquant des investissements de plusieurs milliards de dollars supplémentaires. L’objectif affiché est de lancer des appels d’offres internationaux de manière annuelle, pour alléger la charge sur Sonatrach et renforcer les partenariats.

Une conjoncture gazière qui change tout

Le Bid Round 2026 ne s’ouvre pas dans un vide. Il arrive dans un contexte où la demande européenne en gaz algérien a rarement été aussi soutenue. En 2025, l’Algérie s’est imposée comme premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, devançant les États-Unis et la Russie. Au premier trimestre 2025, l’Algérie assurait près de 19,4 % du gaz naturel importé par l’Union européenne sous forme gazeuse, se classant juste derrière la Norvège. Côté GNL, 47 cargaisons algériennes ont été déchargées dans les ports italiens en 2025, contre 31 en 2024, soit une progression de plus de 50 % en un an.

La pression s’est encore accentuée en 2026. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les importations européennes de GNL devraient atteindre un niveau record cette année, avec un volume estimé à plus de 185 milliards de mètres cubes, dans un contexte de réduction continue des approvisionnements par gazoducs russes. Les tensions géopolitiques autour de l’Iran depuis fin février 2026 ont redéfini les flux mondiaux, et les exportations algériennes de GNL ont progressé de 74 % entre les deux premières semaines de février et les deux premières semaines de mars. Fin mai 2026, les livraisons par gazoducs vers l’UE maintenaient leur tendance haussière, avec des importations européennes ayant atteint 12,2 milliards de mètres cubes en avril.

C’est précisément ce gap entre la demande qui s’emballe et une capacité de production qui ne s’ajuste pas du jour au lendemain qui donne son sens au Bid Round 2026. Les capacités de liquéfaction algériennes restent modestes comparées à celles des géants du secteur, et les périmètres explorés aujourd’hui ne produiront qu’à l’horizon de la prochaine décennie. Mais c’est aujourd’hui que les décisions d’investissement se prennent.

Alnaft en est consciente. En digitalisant l’accès aux données, l’agence ne fait pas que moderniser un processus administratif : elle envoie un signal à des compagnies qui arbitrent en permanence entre de multiples juridictions. «Cette nouvelle étape s’inscrit dans la continuité des actions de promotion menées depuis le lancement du Bid Round et témoigne de l’engagement d’Alnaft en faveur de la transparence, de l’efficacité et de l’attractivité du secteur amont des hydrocarbures en Algérie», affirme l’agence dans son communiqué. La formulation est officielle. L’enjeu, lui, ne l’est pas moins.

Samira Ghrib

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