Tebboune préside une réunion consacrée à l’aval pétrolier et minier : L’Algérie accélère sa mue industrielle
Le président de la République a tenu, lundi, une réunion de travail consacrée aux grands projets structurants du secteur des hydrocarbures et au secteur minier. Engrais phosphatés, complexes intégrés, ligne ferroviaire saharienne : autant de chantiers qui dessinent, pierre après pierre, le visage d’une Algérie résolument tournée vers la diversification et la création de richesse hors rente.
Il n’est pas courant qu’un chef d’État s’installe lui-même en bout de table pour éplucher les détails techniques d’un projet industriel. Abdelmadjid Tebboune le fait. Le président de la République a présidé en personne une réunion de travail dédiée aux projets structurants du secteur des hydrocarbures et du secteur minier, donnant ainsi le signal le plus clair de son implication directe dans le suivi de la transformation économique du pays. Le message est sans équivoque : l’heure n’est plus aux annonces, mais à l’exécution.
La réunion, qui s’est tenue dans un format resserré autour des ministres et responsables directement concernés, a passé en revue plusieurs dossiers d’envergure nationale. Le premier, et non des moindres, concerne le projet de complexe intégré de production d’engrais phosphatés, associant dans une même chaîne de valeur la fabrication d’engrais phosphatés, la production des matières premières que sont l’ammoniac et l’urée, et la fabrication d’engrais azotés. Ce projet, qui s’inscrit dans la valorisation des immenses réserves phosphatières algériennes — parmi les plus importantes du continent africain — représente un tournant dans la stratégie de montée en gamme industrielle portée par Alger.
Le PPI opérationnel au premier semestre 2027
Dans ce cadre, il a été acté que le complexe d’engrais phosphatés intégrés entrera en phase de production au cours du premier trimestre 2027, simultanément à la finalisation d’un port d’exportation élargi à Annaba destiné à acheminer les premières cargaisons de phosphates vers les marchés internationaux au cours de la même période. L’Algérie entend ainsi se positionner comme un acteur incontournable sur un marché mondial des engrais sous tension depuis la crise des approvisionnements de 2022 puis plus récemment la crise au Moyen-Orient, une conjoncture qui perdure et qui offre à Alger une fenêtre d’opportunité exceptionnelle.
La réunion a également abordé le dossier du financement du projet de ligne de chemin de fer Algérie – Tamanrasset, axe stratégique qui doit désenclaver le Grand Sud et relier les bassins miniers et énergétiques aux zones de transformation et aux ports.
Ligne Alger-Tam : lancement formel en septembre
Il a été décidé que le lancement formel du projet sera précédé, dès le mois de septembre prochain, de trois ateliers techniques de grande envergure, organisés selon un séquençage géographique précis : le premier à Ouargla, en liaison avec Aïn Salah ; le second à Aïn Salah, en direction de Tamanrasset ; le troisième entre Tamanrasset et Aïn Salah, pour boucler le tracé dans sa totalité. Ces ateliers doivent permettre de finaliser les études techniques, d’affiner les estimations de coûts et de mobiliser les expertises nécessaires avant l’entrée en phase active des travaux.
Autour de la table présidentielle, la composition de l’assemblée témoignait de la transversalité du dossier. On notait la présence du Premier ministre Sifi Ghribi, du ministre d’État chargé de l’Inspection générale des services de l’État et des collectivités locale
; Brahim Merad, du ministre des Finances, Abdelkrim Bouzerd, du ministre des Hydrocarbures ; Mohamed Arkab, du Gouverneur de la Banque Algérie, Mohamed Lamine Lebbou et du PDG de la Sonatrach Noureddine Daoudi.
Cette mobilisation au plus haut niveau intervient dans un contexte de montée en puissance accélérée de la stratégie de diversification économique algérienne. L’objectif affiché par les autorités est d’atteindre un produit intérieur brut de 400 milliards de dollars d’ici à 2027, seuil symbolique qui permettrait à l’Algérie de rejoindre le cercle des économies émergentes et de s’affranchir structurellement de sa dépendance aux seuls revenus des hydrocarbures bruts. Les projets évoqués lors de cette réunion s’inscrivent précisément dans cette logique : il ne s’agit plus seulement d’extraire et d’exporter des matières premières, mais de les transformer sur le territoire national, de créer de la valeur ajoutée, des emplois qualifiés et des recettes d’exportation diversifiées.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le marché mondial des engrais phosphatés représente plusieurs dizaines de milliards de dollars annuels, et l’Algérie, avec ses gisements du Tébessa et de Djebel Onk, dispose d’un avantage comparatif considérable qu’elle n’a, jusqu’ici, que partiellement exploité. L’entrée en production du complexe intégré en 2027 viendrait combler ce retard et placer le pays en position de concurrent sérieux face aux grands exportateurs mondiaux. De même, la ligne ferroviaire saharienne, longtemps reléguée au rang de projet d’avenir, prend désormais la consistance d’un engagement présidentiel daté et chiffré. En présidant lui-même cette réunion, Tebboune a rappelé une méthode de gouvernance qui lui est chère : le suivi personnel, la responsabilisation directe des acteurs, et l’imposition de calendriers non négociables. Une façon, aussi, d’envoyer un signal aux investisseurs étrangers qui scrutent avec attention les signaux algériens, dans un contexte régional et mondial où la compétition pour attirer les capitaux industriels n’a jamais été aussi vive.
Amar Malki

