Législatives 2026 : Le FLN résiste, le RND réalise une percée spectaculaire
Le Front de libération nationale (FLN) a conservé, à l’issue des élections législatives du 2 juillet, sa place de première force politique représentée à l’Assemblée populaire nationale, avec 84 sièges selon des résultats provisoires non officiels, tandis que le Rassemblement national démocratique (RND) opère une remontée spectaculaire en doublant quasiment son nombre de mandats, dans un scrutin marqué par une abstention record et une recomposition en profondeur du champ politique national, à l’exception du sommet de la hiérarchie parlementaire. C’est du moins ce que révèlent les premiers résultats du scrutin tenu jeudi, en attendant les recours et la validation des résultats par la Cour constitutionnelle.
Trois jours après la clôture du vote, l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) n’a toujours pas rendu publics les résultats définitifs. Seul le taux de participation a été communiqué dès la fermeture des bureaux soit 20,79 % à l’intérieur du pays et 10,67 % dans les circonscriptions de la communauté algérienne établie à l’étranger, un niveau d’abstention qui n’a toutefois pas suffi à bouleverser les grands équilibres hérités de la précédente législature.
Le FLN recule mais résiste
Si l’ex-parti unique conserve son fauteuil de premier groupe parlementaire, il enregistre un net repli par rapport à 2021, perdant une dizaine de sièges pour s’établir à 84 mandats. Ce score, en attendant la validation définitive par la Cour constitutionnelle dans les prochaines semaines, devrait néanmoins permettre au FLN de peser lourdement sur la composition des instances dirigeantes de l’Assemblée, y compris sur sa présidence, qu’il avait perdue depuis 2019.
C’est du côté du RND que la surprise du scrutin se dessine. Le parti, crédité d’environ 70 sièges sur les 407 que compte l’Assemblée populaire nationale, bondit de la quatrième à la deuxième position, alors qu’il ne disposait que de 58 mandats dans le Parlement sortant, où il devançait à peine la coalition des Indépendants, laquelle a purement et simplement disparu du paysage lors de ce scrutin, et le Mouvement de la société pour la paix (MSP).
Le Front El Moustakbal s’installe pour sa part à la troisième place, ravissant ce rang au Mouvement de la société pour la paix, qui accuse un net recul en nombre de sièges. Ce repli du parti islamiste ne devrait cependant pas l’empêcher de conserver une présence significative au sein de l’hémicycle et, le cas échéant, son droit d’interpellation du gouvernement s’il choisit de ne pas rejoindre une éventuelle coalition majoritaire. Le Mouvement El Bina, quant à lui, voit son score se contracter, faute d’avoir pu présenter des listes dans la capitale, circonscription qui lui avait pourtant offert huit sièges en 2021.
Une bataille serrée oppose par ailleurs Sawt Al Chaab et le Front des forces socialistes (FFS) pour la sixième place, les deux formations étant proches du seuil des quinze sièges nécessaire à la constitution d’un groupe parlementaire, un statut qui ouvre droit à des prérogatives spécifiques, dont la possibilité d’interpeller l’Exécutif à condition de se positionner dans l’opposition. Des sources proches du FFS affirment que le parti a d’ores et déjà atteint cet objectif.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) fait quant à lui son grand retour au Parlement, ses candidats ayant remporté au moins quatre sièges répartis entre les wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa. Le Front de la justice et du développement (FJD) décroche également quatre sièges, dont trois dans la capitale, une progression que ses responsables présentent comme le signe d’un ancrage renforcé, en dépit de pertes enregistrées à Constantine et à El Tarf.
De son côté, le parti Jil Jadid a remporté deux sièges, un résultat salué par son président Lakhdar Amghar comme un signal politique fort, dans la mesure où sa formation n’avait présenté des listes que dans onze circonscriptions. Le dirigeant y voit la preuve d’une confiance renouvelée des électeurs et appelle d’ores et déjà à préparer les prochaines élections locales, qu’il considère comme une étape clé pour consolider l’assise populaire du parti. Le Parti des travailleurs obtient trois sièges, tandis que le Mouvement Ennahda retrouve le chemin de l’Assemblée avec deux mandats. Fait notable, le parti Union nationale et développement, dirigé par Mohamed Dhaif, remporte ses deux seuls sièges dans la wilaya de Djelfa, unique circonscription où il présentait des candidats.
Des résultats suspendus aux recours
Comme le veut la procédure électorale, ces tendances demeurent provisoires. Les procès-verbaux de dépouillement transmis par les commissions électorales de wilaya continuent d’affluer au greffe de la Cour constitutionnelle, qui en poursuivait la réception samedi, conformément aux articles 271 et 275 de la loi organique relative au régime électoral. Un communiqué de l’Autorité nationale indépendante des élections précisait samedi de son côté que « l’opération de réception des procès-verbaux de recensement, de dépouillement et de centralisation relatifs à l’élection des membres de l’APN du 2 juillet se poursuit au siège de l’Anie depuis vendredi 3 juillet 2026 jusqu’à ce samedi, à travers soixante-neuf wilayas ».
Une fois les résultats provisoires proclamés par l’Anie, tout candidat ou parti disposera d’un délai de 48 heures pour introduire un recours auprès de la Cour constitutionnelle, laquelle statuera dans les trois jours suivant l’expiration des délais de réponse. Les résultats définitifs devront être arrêtés dans un délai maximal de dix jours, avec une possible prorogation de 48 heures. L’expérience du scrutin de 2021, où le FLN avait perdu plusieurs sièges après révision, laisse planer l’hypothèse de nouveaux ajustements avant la proclamation officielle.
Sur le plan institutionnel, cette configuration électorale s’oriente vers une forme de continuité au niveau de l’Exécutif. La Constitution prévoit en effet que le président de la République nomme un Premier ministre lorsqu’une majorité présidentielle se dégage à l’Assemblée, ou à défaut un chef de gouvernement chargé de composer avec la configuration parlementaire issue des urnes. À la lumière des tendances actuelles, dominées par les mêmes formations que sous la législature sortante, aucun bouleversement majeur de l’équation gouvernementale ne semble se profiler à ce stade, sous réserve des résultats définitifs qui seront proclamés par la Cour constitutionnelle dans les prochains jours.
Hocine Fadheli

