Alger et Berlin scellent un partenariat stratégique
La visite doit se conclure par la signature d’une trentaine d’accords couvrant des secteurs aussi variés que les hydrocarbures, les énergies renouvelables ou l’industrie pharmaceutique.
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, est arrivé mercredi après-midi à Berlin pour une visite officielle de deux jours en République fédérale d’Allemagne, à l’invitation de son homologue allemand, M. Frank-Walter Steinmeier. Ce déplacement, qui doit se conclure par la signature d’une trentaine d’accords couvrant des secteurs aussi variés que les hydrocarbures, les énergies renouvelables ou l’industrie pharmaceutique, marque une étape décisive dans la relation bilatérale et traduit la volonté commune des deux chefs d’Etat d’élargir leur coopération à des horizons plus vastes.
L’arrivée du président de la République dans la capitale allemande ouvre un séjour dense, construit autour d’entretiens avec le président Steinmeier ainsi qu’avec le chancelier fédéral, M. Friedrich Merz. Ces échanges doivent porter sur le renforcement des liens historiques unissant les deux pays et sur l’exploration de nouvelles voies de coopération, à travers la relance des mécanismes bilatéraux existants et leur inscription dans une perspective stratégique élargie. Cette visite s’inscrit dans la continuité d’une relation que les deux dirigeants ont, ces dernières années, régulièrement entretenue par des contacts directs. Dans un message adressé à son homologue allemand en février 2022, à l’occasion de sa réélection à la présidence de son pays, le Président Tebboune avait réaffirmé sa détermination à poursuivre la coordination et la concertation entre les deux nations, et sa disposition à promouvoir les relations bilatérales dans toutes leurs dimensions. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Der Spiegel, le chef de l’Etat était allé plus loin, qualifiant l’Allemagne de modèle à bien des égards et saluant un dialogue politique dénué de tout désaccord de fond.
Cette estime est réciproque. A l’occasion de la réélection du président de la République pour un second mandat en septembre 2024, M. Steinmeier avait souligné la détermination de son pays à intensifier les relations bilatérales, en particulier dans les énergies renouvelables et autour du projet SoutH2 Corridor dédié à l’hydrogène. Plus récemment, dans un message adressé pour le 71e anniversaire du déclenchement de la Révolution de libération, le président allemand avait insisté sur la solidité des liens unissant les deux pays, présentant l’Algérie comme un partenaire fiable aux côtés duquel l’Allemagne entend demeurer.
Au-delà de sa dimension bilatérale, la visite du président Tebboune constitue une occasion d’engager un dialogue politique de haut niveau. Les deux présidents doivent échanger leurs points de vue sur les principales questions internationales et régionales, dans un contexte marqué par une convergence sensible des positions sur plusieurs dossiers. Berlin appuie ainsi le rôle pivot que joue Alger dans la recherche de la paix et de la stabilité, tant dans la région qu’à l’échelle internationale.
Ce volet politique confirme la maturité atteinte par la relation algéro-allemande, qui ne se limite plus aux seuls échanges économiques mais s’étend désormais à une véritable concertation stratégique, nourrie par des contacts réguliers entre les deux chefs d’Etat.
Un forum économique
Le volet économique occupe une place centrale dans ce séjour. Un forum économique algéro-allemand se tiendra en marge de la visite, réunissant hauts responsables, hommes d’affaires et investisseurs des deux pays. Ses travaux doivent déboucher sur l’annonce d’un partenariat stratégique et sur la signature de plus de trente accords touchant notamment les hydrocarbures, les énergies renouvelables, la transition énergétique, l’industrie pharmaceutique, l’industrie manufacturière et les technologies de pointe. Cette séquence illustre la volonté des deux capitales de traduire en projets concrets un dialogue politique déjà bien établi, en misant sur la complémentarité de leurs économies et sur les importantes potentialités dont disposent l’Algérie et l’Allemagne dans plusieurs secteurs porteurs.
Cette dynamique ne part pas de rien. Ces dernières années ont été marquées par de nombreux échanges de visites entre responsables sectoriels des deux pays, ainsi que par une consolidation progressive de la coopération économique autour de projets structurants, mais aussi une nouvelle orientation de la coopération énergétique. Dans un contexte marqué par une reconfiguration de la carte énergétique européenne, l’Algérie s’impose comme l’un des piliers les plus fiables de la sécurité énergétique de l’Allemagne qui se tourne vers le gaz algérien.
Le gaz s’invite dans la relation bilatérale
Le 17 juin dernier, Sonatrach a signé au siège de sa direction générale à Alger un mémorandum d’entente avec le groupe allemand VNG AG, l’un des principaux distributeurs de gaz naturel outre-Rhin. Paraphé par le P-DG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, et le président du directoire de VNG, Ulf Heitmüller, cet accord vise à explorer de nouvelles synergies à travers des actions concrètes, notamment dans le développement de projets d’hydrogène vert et d’ammoniac, ainsi que la coopération en matière de réduction des émissions de méthane. Ce texte s’inscrit dans la continuité d’un premier protocole d’accord signé entre les deux groupes en décembre 2022. Ce rapprochement institutionnel a rapidement trouvé une traduction opérationnelle. Le 2 juillet 2026, Sonatrach a procédé à sa toute première livraison de gaz naturel liquéfié vers l’Allemagne. La cargaison a été chargée au complexe de liquéfaction GL2Z de Bethioua, dans la wilaya d’Oran, avant d’être acheminée par le méthanier Tessala, propriété de Sonatrach, jusqu’au terminal flottant de regazéification de Wilhelmshaven 1, sur la côte nord de l’Allemagne.
Cette première expédition maritime vient s’ajouter à un courant d’échanges gaziers déjà établi par gazoduc. Selon le patron de VNG cité par la presse spécialisée allemande, l’Algérie s’est imposée, depuis l’intégration officielle du marché allemand au portefeuille clients de Sonatrach fin 2024, parmi les principaux fournisseurs de gaz du groupe allemand, aux côtés de la Norvège, le gaz algérien transitant notamment par le gazoduc Transmed reliant l’Algérie à l’Italie avant d’alimenter les réseaux d’Europe centrale.
Au-delà des hydrocarbures classiques, Sonatrach et VNG affichent l’ambition de bâtir un partenariat de long terme autour de l’hydrogène vert, dans le cadre du projet SoutH2 Corridor destiné à acheminer de l’hydrogène renouvelable algérien vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. De son côté, le groupe allemand a annoncé un programme d’investissement pouvant atteindre 5 milliards d’euros d’ici 2035 pour développer ses activités liées à l’hydrogène et au biogaz, une partie de cette manne devant profiter à l’Algérie en tant que partenaire de production. A ce projet énergétique s’ajoutent des coopérations dans l’agriculture, l’industrie pharmaceutique, les industries mécaniques et l’énergie au sens large.
L’automobile aussi
L’intérêt allemand pour le marché algérien se manifeste aussi dans l’industrie automobile, où six entreprises allemandes spécialisées ont fait connaître leur intention d’investir. Plus largement, plus de cinquante entreprises allemandes sont d’ores et déjà présentes en Algérie, dans plusieurs secteurs d’activité, une implantation favorisée par les réformes engagées par le président Tebboune en matière d’investissement.
Cette volonté de structurer davantage la coopération économique s’est traduite récemment par le lancement d’un programme de jumelage institutionnel entre l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et le ministère fédéral allemand des Affaires économiques et de l’Energie. Ce partenariat vise l’échange d’expertises afin de soutenir l’attraction d’investissements qualitatifs et d’accompagner le développement de l’économie nationale.
Le programme de la visite prévoit également une rencontre entre le président de la République et les membres de la communauté nationale établie en Allemagne. Ce rendez-vous doit permettre au chef de l’Etat d’écouter directement leurs préoccupations et leurs aspirations, dans la continuité de l’attention portée par la diplomatie algérienne à ses ressortissants à l’étranger.
Salim Amokrane

