Le réchauffement climatique, un multiplicateur de menaces pour la sécurité mondiale
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international, docteur d’État (1974) en management stratégique, membre du Forum mondial du développement durable, président de la commission Transition énergétique du 5+5+Allemagne (2019-2021).
Le réchauffement climatique agit comme un multiplicateur de menaces pour la sécurité mondiale, en aggravant les conflits, la faim due à la crise alimentaire, et les déplacements de populations.
Les impacts du réchauffement climatique s’aggravent à travers le monde, avec des drames humains dont le plus grave est la crue dévastatrice survenue à la frontière du Népal et de la Chine, qui a fait, selon un bilan provisoire du 28 août 2026, au moins 700 morts, près de 3000 disparus et des milliers de blessés, avec des maisons, immeubles et écoles engloutis par des torrents de boue. À l’origine, une vague causée par l’effondrement d’une partie d’un glacier, d’une telle violence qu’elle a été enregistrée comme un séisme de magnitude 5,2. Dans d’autres contrées du monde, des pays font face à des incendies de grande ampleur, inégalés, favorisés par la sécheresse qui sévit depuis quelque temps. Nous assistons, impuissants, à l’intensification des vagues de chaleur et au retour marqué du phénomène El Niño, aggravant les conflits, la faim et les déplacements de populations. Ce nuage catastrophique fut quasiment ubiquitaire en cette année 2026, avec des inondations et des incendies d’une violence inouïe touchant l’ensemble du bassin méditerranéen, l’Europe, l’Amérique, l’Asie, l’Afrique, le Moyen-Orient et les contrées du Pacifique. Le réchauffement climatique agit comme un multiplicateur de menaces pour la sécurité mondiale, en aggravant les conflits, la faim due à la crise alimentaire, et les déplacements de populations. Fondamentalement, si les gouvernants échouent à faire passer le monde à un modèle à faible émission de carbone, c’est l’intégrité globale de l’économie mondiale qui sera menacée, car le climat mondial est un vaste système interconnecté. Le coût financier de l’inaction face au réchauffement climatique est estimé à environ 19 % du PIB mondial par an d’ici 2050, soit plus de 43 000 milliards de dollars sur un PIB mondial estimé à 228 000 milliards de dollars, et pourrait atteindre, selon les experts du climat, environ 50 % d’ici 2100, d’où l’urgence d’un nouveau modèle de production et de consommation mondial.
La nécessité d’une gouvernance mondiale
Entre 2023 et 2026, dans plusieurs contributions internationales, j’ai mis en relief qu’avec les différents conflits pouvant conduire à des guerres pour l’eau dans différentes contrées du monde, les impacts principaux du changement climatique se traduisent par une pénurie des ressources hydriques, la dégradation de la qualité de l’eau, l’intrusion des eaux marines au niveau des nappes aquifères et la détérioration des infrastructures, causée principalement par les inondations et les incendies. Depuis 1850, notre planète s’est réchauffée en moyenne de 1,1 °C et, selon le rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement planétaire en cours pourrait atteindre 1,5 °C à 4,4 °C d’ici 2100. Les experts du GIEC indiquent que le réchauffement climatique devrait être contenu à 1,5 °C au maximum d’ici 2100 pour éviter que notre climat ne s’emballe. Cette limitation sera hors de portée à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. La lutte contre le réchauffement climatique est donc une question de sécurité mondiale, car si l’Afrique et l’Asie, dont la Chine et l’Inde, qui abritent plus de 4 milliards d’habitants sur les 8 milliards que compte notre planète depuis janvier 2023, avaient le même modèle de consommation énergétique que l’Europe et les États-Unis (moins d’un milliard d’habitants pour un PIB mondial dépassant les 40 % en 2025), il faudrait, selon les experts, trois à quatre fois la planète Terre pour couvrir les besoins. Le monde connaît un bouleversement inégalé depuis des siècles, d’un côté des pluies diluviennes et des inondations, de l’autre des sécheresses et des incendies. Pour réduire les coûts, impossibles à supporter par un seul État, il s’agira d’accélérer la coopération internationale et la transition énergétique, de revoir notre modèle de consommation et de penser à une économie de l’eau.
Les gouvernants du monde, sachant qu’il est impossible pour un seul pays de réguler le phénomène, doivent prendre conscience que les impacts du réchauffement climatique, outre le coût financier qui se chiffre à des centaines de milliards de dollars par an en dégâts immédiats, sont considérables. Sans compter les impacts des pluies diluviennes, en raison d’une sécheresse historique et prolongée qui touche plusieurs pays, dont ceux d’Asie, les feux de forêt ont ravagé plus de 200 000 hectares en Indonésie, environ 3,73 millions d’hectares en Inde en moyenne chaque année, selon les évaluations du Forest Survey of India (FSI), et pour la Chine, selon Global Forest Watch, une perte d’environ un million d’hectares de couverture arborée à cause des incendies sur une période de 24 ans, ce qui montre une relative maîtrise par rapport à ce qui se passe dans le monde. En 2026, le Canada a perdu de 3,7 à 3,8 millions d’hectares consumés par les flammes en raison d’une intense vague de chaleur, notamment en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique, et les États-Unis plus de 1,85 million d’hectares. Des foyers majeurs ont touché l’État de Washington, avec plus de 80 000 hectares détruits près de Spokane au mois d’août, ainsi que le Nevada, où un incendie récent près de Reno a parcouru plus de 6 000 hectares et entraîné l’évacuation de dizaines de milliers de personnes. Sur le pourtour méditerranéen et en Europe, plus de 450 000 hectares ont été détruits par les incendies entre janvier et août 2026, dont 295 000 hectares en Espagne, plus de 120 000 hectares en France, 80 000 hectares en Italie et environ 56 500 hectares au Portugal, sans compter les pertes humaines, la destruction des habitations et les déplacements de populations qui en résultent.
L’Afrique particulièrement affectée
L’Afrique concentre entre 50 % et 64 % des surfaces brûlées de la planète, avec des millions d’hectares chaque année, la grande majorité de ces surfaces provenant de feux de savane ou de pratiques agricoles (comme la culture sur brûlis), en plus des incendies provoqués par la sécheresse ou par des actes humains destructeurs. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, les chocs climatiques en Afrique provoquent des millions de déplacements, s’ajoutant aux crises de conflit, les populations quittant les campagnes pour rejoindre les villes ou les régions mieux arrosées, ce qui modifie durablement la répartition de la population. Parmi les pays les plus touchés figurent la République démocratique du Congo (RDC), avec environ 13,6 millions d’hectares de végétation disparus, l’Angola, le Soudan du Sud et la République centrafricaine, entre 6 et 7,5 millions d’hectares par pays, la Guinée (3,3 millions d’hectares), la Zambie (3,2 millions d’hectares) et le Nigeria (2,8 millions d’hectares), l’Algérie avec plus de 17 000 à 23 000 hectares, avec une intensité accrue en 2026 (le président algérien a décrété un deuil national de trois jours), le Maroc avec 4 100 hectares et la Tunisie avec 4 000 hectares. Selon la Banque mondiale, l’Afrique n’est responsable que de 3,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans le monde et, pourtant, les pays africains subissent de plein fouet les effets dévastateurs de sécheresses et d’inondations de plus en plus sévères, avec des conséquences dramatiques en termes de pertes humaines, sur l’agriculture et sur l’eau douce qui en constitue le fondement. L’Afrique a besoin d’environ 2 500 milliards de dollars d’ici 2030 pour financer sa lutte contre le réchauffement climatique, selon les estimations de l’ONU, et, pour la seule Afrique de l’Ouest, l’OUA évalue ses besoins à 294 milliards de dollars.
Les sept impacts du réchauffement climatique
Premièrement, la hausse du niveau des mers. La hausse moyenne des températures provoque une fonte des glaces continentales (glaciers, icebergs, etc.). Le volume de glace fondue vient s’ajouter à celui de l’océan, ce qui entraîne une élévation du niveau des mers. Près de 30 % de cette élévation est due à la dilatation causée par l’augmentation de la température de l’eau. Le taux moyen d’élévation du niveau marin s’accélère. Il était de près d’1,3 mm par an entre 1901 et 1971, d’environ 1,9 mm par an entre 1971 et 2006, et il atteint près de 3,7 mm par an entre 2006 et 2020, le GIEC estimant que le niveau des mers pourrait augmenter de 1,1 m d’ici 2100. Comme impact, les zones côtières seront confrontées à des inondations plus fréquentes et plus violentes dans les zones de faible altitude, ainsi qu’à une augmentation de l’érosion du littoral.
Deuxièmement, la modification des océans, qui absorbent naturellement le gaz carbonique. En excès dans les océans, le gaz carbonique acidifie le milieu sous-marin, ce qui provoque la disparition de certaines espèces, notamment des végétaux et des animaux tels que les huîtres ou les coraux. En plus de son acidification, la modification des océans entraîne une baisse de leur teneur en oxygène, un réchauffement et une augmentation de la fréquence des vagues de chaleur, affectant les écosystèmes marins et les populations qui en dépendent.
Troisièmement, l’amplification des phénomènes météorologiques extrêmes. Cela provoque l’évaporation de l’eau, ce qui modifie le régime des pluies, plus intenses, avec les inondations qui les accompagnent dans certaines régions, et des sécheresses plus intenses et plus fréquentes dans de nombreuses autres régions. En effet, lors de pluies violentes, les sols ne peuvent pas fixer l’eau, qui s’écoule alors directement vers les cours d’eau plutôt que de s’infiltrer, si bien que les nappes d’eau souterraines ne peuvent se reconstituer. Le réchauffement planétaire entraîne le dérèglement des saisons et le déplacement des masses d’air, qui pourraient, à long terme, accroître le nombre d’événements climatiques extrêmes, tempêtes, ouragans, cyclones, inondations, vagues de chaleur, sécheresses, incendies.
Quatrièmement, le réchauffement climatique constitue une menace pour les plantes et les animaux, car les cycles de croissance des végétaux sauvages et cultivés sont modifiés, avec des gelées tardives, des fruits précoces, une chute tardive des feuilles, etc. Beaucoup d’espèces ne supporteront pas les nouvelles conditions climatiques et l’agriculture devra s’adapter en choisissant des espèces précoces. Les comportements de nombreuses espèces animales sont perturbés et devront migrer ou s’adapter sous peine d’extinction.
Cinquièmement, l’impact du réchauffement climatique bouleverse les conditions de vie humaine. Certains de ces effets sont irréversibles. Selon le rapport du GIEC, environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des habitats très vulnérables au changement climatique. Si le niveau des mers augmente d’1,1 m d’ici 2100, près de 100 millions de personnes seront contraintes de changer de lieu d’habitation, et certaines terres côtières ne seront plus cultivables. De plus, le changement climatique accroît les risques sanitaires, avec des vagues de chaleur, des cyclones, des inondations, des sécheresses et une propagation facilitée des maladies.
Sixièmement, les dérèglements climatiques perturbent la distribution des ressources naturelles, leur quantité et leur qualité. De plus, les rendements agricoles et les activités de pêche sont impactés. Les rendements agricoles pourraient baisser d’environ 2 % tous les dix ans tout au long du XXIe siècle, avec des fluctuations chaque année.
Septièmement, les impacts sur les coûts. Ainsi, selon l’AIE, les engagements gouvernementaux actuels ne permettraient d’atteindre que 20 % des réductions d’émissions d’ici 2030, alors qu’il faudrait investir chaque année jusqu’à 4 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, en dirigeant la majorité de ces investissements vers les économies en développement, vers les véhicules électriques, l’hydrogène, le captage et le stockage du carbone, les biocarburants, et vers l’efficacité énergétique, en premier lieu dans le transport de l’énergie, le BTPH et l’industrie, sans compter les coûts liés à la santé, à l’agriculture et aux loisirs, avec un nouveau mode de tourisme, ce qui nécessite une réforme du système financier mondial, les obligations vertes ne représentant aujourd’hui que 2 % de la valeur du marché obligataire mondial.
En conclusion
L’année 2026 se positionne parmi les trois ou quatre années les plus chaudes de l’histoire, et les perspectives pour 2030, 2040 et 2050 iront en s’aggravant si rien n’est fait pour contrer les effets négatifs, avec pour conséquence une recomposition des relations internationales et du pouvoir économique mondial au profit des pays qui investissent dans les industries de l’avenir, dont les industries écologiques, et une marginalisation des pays les plus vulnérables. Aussi devient-il impératif, pour les pays développés et pour l’intérêt de l’humanité, de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation et de substituer à une vision strictement marchande un co-développement pour une richesse partagée, ce qui suppose une large coordination internationale et des partenariats gagnant-gagnant. Car l’incertitude s’installe au cœur du paysage mondial, selon le Global Risks Report 2026 du World Economic Forum (WEF), publié le 14 janvier 2026. Dans cette 21e édition, le WEF alerte sur un monde de plus en plus marqué par la confrontation, la fragmentation et le recul de la coopération internationale. L’enjeu du XXIe siècle est celui d’une véritable politique écologique tenant compte de la protection de l’environnement et du cadre de vie, impliquant une réorientation de la politique agricole, industrielle et énergétique. Le dialogue des civilisations et la tolérance sont des éléments plus que jamais nécessaires à la cohabitation entre les peuples et les nations.

