Détroit d’Ormuz : L’Iran exige le respect par Washington de ses engagements
Téhéran a averti samedi que l’accord conclu avec Oman sur les modalités de passage dans le détroit d’Ormuz ne pourra entrer en vigueur tant que les États-Unis n’auront pas honoré leurs propres obligations, une déclaration qui relance les tensions autour de ce couloir maritime stratégique alors que la guerre entre les deux pays entame son septième mois.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a affirmé que le détroit demeure fermé et que tout passage de navires continue de dépendre d’une coordination préalable avec la République islamique. Selon ses propos rapportés par la télévision publique iranienne, l’exécution de l’entente conclue avec Mascate suppose que la partie adverse, en particulier Washington, tienne des engagements précis. Il a ajouté que Téhéran agira dès que ces engagements seront remplis, tout en précisant que l’Iran ne se presse pas de rouvrir le passage et qu’il poursuivra en parallèle ses dispositifs défensifs face aux menaces qu’il estime persistantes. Le responsable iranien a également indiqué que ce n’est pas à Téhéran de faire le premier pas dans l’application des engagements liés à la réouverture du détroit, rappelant que ce sont les États-Unis qui avaient suspendu les leurs. Il a affirmé que les forces armées iraniennes gardent une supervision complète des mouvements dans cette zone et a mis en doute les informations faisant état de traversées de navires sans coordination préalable avec Téhéran.
Sur le plan diplomatique, Gharibabadi a évoqué les échanges menés avec le Qatar et le Pakistan, deux pays qui jouent un rôle de médiateurs dans les négociations. Ces contacts visaient notamment à examiner la possibilité de revenir à l’application des engagements issus du mémorandum d’Islamabad, signé en juin sous l’égide pakistanaise, qui prévoyait une réouverture du détroit pour une durée de soixante jours avant que Téhéran ne l’interrompe, invoquant des violations américaines.
Cette position iranienne intervient dans un contexte économique particulièrement tendu. Le président Massoud Pezeshkian a lui-même reconnu que les sanctions américaines pèsent lourdement sur l’économie du pays, dans un climat d’inflation à des niveaux inédits. Les autorités pétrolières affirment néanmoins avoir atteint près de 99 % de l’objectif budgétaire fixé pour les recettes pétrolières entre le 21 mars et le 22 juillet, avec un transfert de 7,5 milliards de dollars vers la banque centrale au cours des quatre premiers mois de l’année iranienne, selon l’agence Fars.
Le gouverneur de Téhéran, Mohammad Sadegh Motamedian, a de son côté évoqué des conditions qu’il a qualifiées d’exceptionnelles pour gérer les affaires du pays, citant plus de 1 200 installations électriques touchées par des frappes dans la province de la capitale, ainsi que des dégâts sur les réseaux d’eau, de gaz et de télécommunications, rapidement réparés selon lui.
Pour Washington, la situation reste tout aussi complexe. Le président américain Donald Trump semble privilégier, pour l’instant, la poursuite d’une politique d’isolement économique plutôt qu’une reprise de l’escalade militaire, malgré des menaces répétées. Le New York Times relève qu’il ne dispose d’aucune victoire nette à revendiquer, tandis que le conflit pèse sur l’économie américaine et sur les perspectives du Parti républicain aux élections de mi-mandat prévues en novembre. Un sondage Ipsos cité par la presse américaine indique que 63 % des Américains désapprouvent cette guerre, un niveau d’opposition comparé à celui observé lors des périodes les plus sombres du conflit vietnamien.
Face à cette impasse, des voix iraniennes plaident pour une issue négociée. Pezeshkian a réitéré, la semaine dernière, qu’il vaudrait mieux mettre fin à la guerre en position de force, estimant que le monde entier a reconnu la victoire de son pays. Il a également défendu l’accord de cessez-le-feu conclu en juin, contesté par les courants les plus radicaux qui l’accusent d’avoir trop concédé. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaï, a pour sa part laissé entrouverte la porte à un accord, à condition que Washington change d’approche. Il a demandé au médiateur pakistanais, le général Asim Munir, que les États-Unis prennent des mesures concrètes pour appliquer les termes du cessez-le-feu, notamment le déblocage d’avoirs iraniens gelés évalués en milliards de dollars et une reconnaissance formelle du rôle de Téhéran sur le détroit d’Ormuz.
Lyes Saïdi

