Économie

Le gaz européen au plus haut depuis janvier 2023

Le contrat néerlandais TTF, référence du marché gazier européen, a franchi lundi la barre des 70 euros le mégawattheure, son niveau le plus élevé depuis janvier 2023, sous l’effet des craintes entourant l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié depuis le Golfe. Le contrat portant sur la livraison du mois prochain progressait de plus de 5 % en milieu de journée, une flambée directement liée à l’escalade militaire entre Washington et Téhéran.

Dimanche, l’armée américaine a visé des lance-roquettes iraniens à proximité du détroit d’Ormuz, un geste immédiatement suivi de tirs de missiles iraniens contre des positions américaines en Jordanie. Ce point de passage, par lequel s’écoule habituellement près d’un cinquième des échanges mondiaux de GNL, demeure quasiment paralysé, menaçant d’aggraver encore les tensions sur l’offre.

Ce contexte tombe mal pour le continent, en pleine course pour reconstituer ses réserves avant la saison froide. D’après les chiffres de Gas Infrastructure Europe, les capacités de stockage du bloc n’atteignaient que 64,7 % de leur capacité, un niveau inférieur à la moyenne saisonnière habituelle. Le coût élevé du gaz a freiné le rythme de remplissage dans plusieurs pays, au point que l’Allemagne et les Pays-Bas pourraient manquer leurs objectifs respectifs de 70 % et 80 % fixés pour le 1er novembre. L’écart entre les prix d’été et ceux anticipés pour l’hiver s’est en effet trop resserré, parfois même inversé, ce qui prive les fournisseurs de l’incitation financière à stocker.

Un stockage insuffisant n’entraîne pas automatiquement une pénurie, mais il expose davantage les économies européennes aux à-coups des marchés mondiaux. En Allemagne, la première puissance industrielle du continent, l’inquiétude monte. Sebastian Heinermann, qui dirige l’association INES représentant les opérateurs de stockage allemands, a confié à Euronews Business que des réserves trop basses conjuguées à un hiver rigoureux pourraient empêcher le pays de satisfaire pleinement sa demande gazière. Il a averti qu’un dépassement du seuil de tolérance des industriels forcerait ces derniers à réduire leur activité, avec des conséquences économiques potentiellement lourdes.

L’Italie, pourtant dotée de l’un des taux de remplissage les plus confortables d’Europe, n’échappe pas non plus aux risques. Selon Reuters, QatarEnergy a averti jeudi son client Edison que la suspension de ses livraisons de GNL, invoquée au titre de la force majeure liée au conflit américano-iranien, était prolongée jusqu’à début novembre. Ce contrat de long terme couvre normalement environ 10 % de la consommation gazière annuelle italienne. Edison affirme avoir sécurisé des solutions de substitution pour honorer ses engagements.

Si le Moyen-Orient ne pèse que marginalement dans les importations gazières directes de l’UE, le Qatar représentant 3,7 % du total en 2025, toute perturbation dans le Golfe se répercute sur les prix continentaux. Les analystes redoutent une concurrence accrue entre acheteurs européens et asiatiques pour les cargaisons disponibles, un phénomène qui pourrait pousser les cours vers 100 euros le mégawattheure selon Goldman Sachs. Dans une note relayée par Bloomberg, les analystes de la banque Samantha Dart et Laura Cyr estiment que si la normalisation des exportations énergétiques moyen-orientales ne s’opère que graduellement jusqu’en 2027, le contrat TTF de décembre 2026 devrait vraisemblablement dépasser ce seuil.

Les marchés pétroliers n’ont pas été épargnés par cette escalade. Le Brent, référence internationale, a bondi de 3,8 % pour atteindre 91,40 dollars le baril en début de séance lundi, sa plus forte poussée depuis un mois, portée par la même frappe américaine contre les positions iraniennes près d’Ormuz.

Sabrina Aziouez

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