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Middle East Eye souligne le rôle d’Abu Dhabi comme acteur du chaos : L’ombre discrète derrière les conflits du monde

Un média britannique dresse le portrait d’un petit pays du Golfe devenu l’un des principaux artisans de l’instabilité régionale, entre soutien financier occulte et interventions indirectes du Yémen au Soudan.

Le média britannique Middle East Eye affirme, dans une tribune publiée par l’analyste David Hearst, que les Emirats arabes unis sont devenus le véritable chef d’orchestre de plusieurs conflits régionaux et africains, en misant sur des interventions indirectes et un soutien financier discret à des acteurs et réseaux locaux influents plutôt que sur une présence militaire classique. Selon l’auteur, Abou Dhabi normalise progressivement un état de guerre permanent au Moyen-Orient, agissant en véritable acteur du chaos qui préfère renforcer son influence par des moyens plus discrets. La tribune identifie trois leviers principaux utilisés par les dirigeants émiratis, à commencer par le soutien logistique aérien, suivi de la fourniture d’équipements militaires à des groupes alliés, et enfin le recours à des acteurs non étatiques comme prolongement direct de la politique étrangère du pays.

L’auteur précise toutefois que la stratégie émiratie ne se limite pas au terrain militaire. Elle s’accompagne d’une véritable offensive d’influence internationale, appuyée sur la puissance financière du pays et sa présence croissante dans les secteurs économiques, sportifs et culturels. Parmi les exemples cités figurent le Yémen et le Soudan, deux terrains où la main d’Abou Dhabi aurait contribué à alimenter et prolonger des conflits sanglants.

Cette combinaison entre puissance financière, manœuvres diplomatiques et interventions indirectes permettrait ainsi aux Emirats de peser bien au-delà de ce que suggère la taille modeste du pays. David Hearst va plus loin en accusant Abou Dhabi de complicité dans des crimes de guerre du fait de son alliance avec l’entité sioniste, alors qu’un génocide se poursuit à Ghaza et en Cisjordanie occupée.

Cette analyse rejoint des constats déjà publiés cette année par la presse internationale. Le Financial Times avait en effet consacré, au mois d’août dernier, une enquête fouillée sur la manière dont Abou Dhabi a patiemment reconstruit son influence à Washington, à coups d’investissements souverains, de lobbying et de partenariats militaires. Le quotidien britannique a surtout mis en avant le rôle actif de l’émirat du Golfe dans la déstabilisation de l’Afrique et du Sahel. Le journal documente pour la première fois l’existence d’un réseau régional de recrutement, de transport et d’entraînement de mercenaires, qui s’étend de la Colombie aux Emirats, puis à Bosaso en Somalie, Al-Kufra en Libye, ainsi que Nyala et El Fasher au Soudan. Selon le Financial Times, sous l’autorité de son dirigeant Mohammed ben Zayed Al Nahyan, dit MBZ, le micro-Etat pétrolier a multiplié à un rythme soutenu ses investissements, son influence politique et ses livraisons d’équipements militaires dans plusieurs régions d’Afrique, dans l’optique de sécuriser des ressources et des débouchés commerciaux pour l’après-pétrole. L’enquête souligne que de nombreux responsables politiques africains ayant eu affaire à Abu Dhabi préfèrent aujourd’hui la prudence.

Lyes Saïdi

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