Culture

Archéologie : Une tombe vieille de 4 400 ans révèle ses couleurs intactes à Saqqara

Une équipe archéologique hispano-égyptienne vient de mettre au jour, dans la nécropole de Saqqara, au sud-ouest du Caire, une sépulture datant de la fin de la Ve dynastie de l’Ancien Empire, soit une période remontant à près de vingt-cinq siècles avant notre ère. Les travaux, menés durant l’été par l’Universitat Autònoma de Barcelona en partenariat avec le Conseil suprême des antiquités d’Égypte, ont livré une découverte que les responsables du projet qualifient eux-mêmes de rare et de particulièrement soignée sur le plan artistique. La sépulture se présente sous la forme d’une mastaba abritant deux chapelles funéraires distinctes. Elle avait été commandée par Yunmen, un haut dignitaire au service du pharaon Djedkare Isesi, qui choisit d’y faire reposer également son père Iti, fonctionnaire d’un rang moins élevé que le sien. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a précisé que le monument se trouve dans le secteur connu sous le nom de nécropole de Mariette, au nord du site de Saqqara, et qu’il réunit ainsi deux générations d’une même famille de serviteurs de l’État pharaonique. Josep Cervelló, l’égyptologue espagnol à la tête de la mission, dirige un chantier qui a permis d’exhumer des éléments jugés d’un grand intérêt tant sur le plan historique que social et culturel. Ce qui a le plus surpris l’équipe scientifique tient à la qualité exceptionnelle de conservation des décors. Les reliefs sculptés dans la pierre représentent des scènes tirées du quotidien de l’époque, notamment des travaux agricoles et des cortèges d’offrandes destinés au défunt, et une grande partie de ces compositions ont gardé jusqu’à aujourd’hui leurs teintes d’origine, un phénomène peu fréquent pour des vestiges aussi anciens.

Parmi les pièces les plus remarquables du site figure une architrave d’une facture particulièrement raffinée, accompagnée d’inscriptions funéraires conçues spécifiquement en fonction du statut et des fonctions occupées par le propriétaire du tombeau. Le décor comprend également des figures animalières, dont des représentations d’ânes, qui viennent enrichir la lecture de la vie économique et rurale de cette période de l’histoire égyptienne. Selon les autorités du Caire, cette découverte apporte des informations inédites sur l’architecture funéraire, les pratiques artistiques et le fonctionnement administratif de l’Égypte à la fin de la Ve dynastie.

Au delà de sa portée scientifique, les chercheurs avancent une hypothèse quant à la signification de cette double sépulture. Ils y voient le reflet d’une trajectoire sociale ascendante, celle d’un fils de fonctionnaire de province parvenu à intégrer les hautes sphères de l’administration centrale, et qui aurait voulu associer son père à son propre destin dans l’au-delà en les réunissant sous un même toit funéraire.

Le secteur fouillé n’était pourtant pas totalement inconnu des spécialistes. Il avait déjà été repéré au XIXe siècle lors des explorations conduites par l’archéologue français Auguste Mariette, mais il n’avait jamais fait l’objet d’une étude approfondie ni d’une documentation systématique jusqu’à ce jour. Le programme de recherche actuel vise précisément à combler cette lacune en reconstituant la topographie générale de Saqqara, afin de mieux comprendre la nécropole non pas comme un simple ensemble de tombes figées, mais comme un espace qui restait vivant, fréquenté par les anciens Égyptiens venus y déposer des offrandes tout en poursuivant sans relâche la construction de nouveaux monuments funéraires. L’équipe scientifique espère ainsi cartographier avec précision l’organisation du site, ses voies de circulation, ses places et les rituels qui s’y déroulaient. C’est en travaillant sur ces reconstitutions que les chercheurs sont tombés sur cette mastaba jusque là ignorée, et qu’ils ont repéré les indices de l’existence de deux autres tombes situées à proximité immédiate, dont l’exploration est envisagée lors de prochaines campagnes de fouilles.

R.C.

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