Pezeshkian : « Nous n’avons pas besoin d’un gendarme dans la région ! »
En marge du sommet des BRICS à New Delhi, le président iranien Massoud Pezeshkian a multiplié les prises de parole ce week-end, rejetant tout rôle de puissance tutrice pour les Etats-Unis au Moyen-Orient et appelant le groupe des BRICS à se structurer davantage face aux sanctions unilatérales, tandis que Téhéran conditionne toujours la reprise d’un dialogue avec Washington à la satisfaction préalable de ses exigences.
Le chef de l’Etat iranien a haussé le ton samedi lors d’un entretien avec le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim, organisé en marge du sommet des BRICS en Inde. Selon lui, la stabilité du Moyen-Orient ne saurait dépendre d’une puissance extérieure jouant les arbitres, une allusion transparente au rôle que jouent les Etats-Unis dans la région depuis le déclenchement des hostilités avec l’Iran. Il a fait valoir que seuls les pays de la région et ses principaux acteurs étaient en mesure de garantir son intégrité territoriale et sa sécurité collective. Cette sortie intervient au lendemain d’une autre allocution, tenue vendredi, dans laquelle Massoud Pezeshkian avait estimé que la pression exercée sur son pays avait franchi un seuil qu’il a qualifié de critique, l’attribuant à l’ agression militaire conjointe des Etats-Unis et de l’entité sioniste contre l’Iran. Le dirigeant iranien a également averti que des mesures visant le commerce, l’énergie, les infrastructures ou le système financier d’un pays produisaient des effets qui ne s’arrêtaient pas à ses frontières. C’était le premier déplacement officiel du président iranien en Inde, où il a par ailleurs été reçu par le Premier ministre Narendra Modi pour un entretien bilatéral. Devant les dirigeants réunis à New Delhi, Massoud Pezeshkian a plaidé pour une consolidation institutionnelle des BRICS, suggérant la mise en place d’un secrétariat permanent destiné à accélérer l’application des décisions du groupe et à renforcer sa capacité collective à résister aux sanctions unilatérales. Il a détaillé trois axes prioritaires pour l’Iran au sein de cette alliance, une coordination politique arrimée à la Charte des Nations unies et au respect des souverainetés nationales, un approfondissement des échanges économiques et financiers affranchis des mécanismes qu’il a qualifiés de monopolistiques, ainsi qu’un élargissement de la coopération scientifique, technologique, énergétique et alimentaire au bénéfice des pays du Sud.
Sur le dossier régional, la diplomatie iranienne a par ailleurs annoncé la tenue, lundi à Oman, de discussions avec plusieurs pays du Golfe consacrées au détroit d’Ormuz, verrouillé par Téhéran depuis le début du conflit avec les Etats-Unis et Israël en février dernier. Le ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué que cette rencontre, à laquelle prendront part l’Irak et d’autres Etats riverains, devait favoriser une meilleure compréhension mutuelle et renforcer la sécurité commune de la région.
Sur le plan des négociations avec Washington, le président de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, Ibrahim Azizi, a exclu toute reprise du dialogue tant que la partie américaine n’aurait pas accepté l’ensemble des conditions posées par Téhéran, à savoir la levée du blocus économique, le dégel des avoirs iraniens et l’arrêt des opérations israéliennes au Liban et à Gaza.
De son côté, le président américain Donald Trump a affirmé que la guerre pourrait s’achever prochainement, évoquant une issue possible après les élections américaines tout en accusant l’Iran de chercher à prolonger le conflit à des fins électorales.
Lyes S.

