Guerres hybrides : La mémoire nationale bouclier de souveraineté
Dans un monde où les conflits se jouent aussi sur le terrain des récits et des perceptions, l’Algérie assume de traiter sa mémoire comme une ligne de défense. Réunis mardi au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, les participants aux assises nationales sur la mémoire et l’histoire ont qualifié la mémoire nationale de « socle fondamental » pour la protection de la sécurité nationale et la préservation de l’identité du pays. Le professeur Allal Bitour, de l’Université d’Alger 2, a donné le ton en expliquant que la mémoire « ne se limite plus à l’évocation des événements du passé ». Elle constitue désormais, a-t-il dit, « l’une des composantes de la souveraineté nationale, de la sécurité sociétale et de la conscience stratégique ». Il a décrit une « approche intégrée » mise en place par le ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit pour évaluer le dossier, valoriser les acquis, cerner ses insuffisances et identifier les exigences de son développement. L’expert en géopolitique Ahmed Mizab est allé dans le même sens en insistant sur le rôle de la mémoire dans « la protection de la souveraineté narrative de l’Etat algérien », en plus de la cohésion sociale et de l’identité. Pour lui, ces assises sont l’occasion de « faire le point sur les efforts que déploient l’Etat et la société » afin de transmettre la mémoire d’une génération à l’autre et de faire de l’expérience de libération l’un des fondements de la personnalité nationale.
Placées sous le slogan « Mémoire d’une patrie, histoire d’une nation, avenir des générations », les assises ont été ouvertes par le ministre Abdelmalek Tacherift, en présence de membres du gouvernement, de représentants d’institutions et de membres de la famille révolutionnaire. Le ministre a salué l’intérêt personnel du chef de l’Etat pour ce dossier, dont il « mesure pleinement la sensibilité ». Il a rappelé que la rencontre s’inscrit dans les orientations du message présidentiel du 8 mai 2026, à l’occasion de la Journée nationale de la mémoire. Selon lui, la question est restée des années durant « cantonnée aux élites, aux tribunes universitaires et aux conférences conjoncturelles », avant que le président ne la prenne en charge pour en faire « une préoccupation publique fédératrice ». M. Tacherift a énuméré les initiatives lancées par Abdelmadjid Tebboune, parmi lesquelles la Journée nationale de la mémoire, la minute de silence observée à la mémoire des victimes des massacres du 17 octobre 1961 à Paris, la récupération des restes mortuaires de figures de la Résistance et la création de la chaîne de la mémoire. Le rendez-vous coïncide avec le 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er Novembre.
Lahcen Zeghidi, coordinateur de la Commission nationale Histoire et Mémoire, a souligné qu’il était important de parler d’histoire dans un pays dont l’évocation reste « indissociable de celle du pays d’un million et demi de martyrs ». Il a rappelé que la Constitution de novembre 2020 consacre une attention particulière de l’Etat à l’écriture et à la transmission de l’histoire aux jeunes. L’objectif des assises, a-t-il dit, est de mettre en place « un cadre méthodologique, scientifique et académique » avec tous les acteurs de la société, pour formuler des recommandations utiles. Le directeur général des Archives nationales, Mohamed Bounaâma, a plaidé pour l’unification de la terminologie relative à la mémoire nationale. Il a expliqué que les instructions présidentielles et la loi sur la mémoire visent à « fédérer les efforts de tous les secteurs » pour constituer un fonds archivistique couvrant toutes les périodes historiques. De son côté, Bouhania Goui, professeur à l’Université de Ouargla, a défendu l’idée d’« un modèle national de gouvernance de la mémoire et de l’histoire », qui servirait de cadre intellectuel et institutionnel à la collecte et à la transmission de la mémoire collective.
Le programme prévoit des conférences sur les grands défis de la mémoire nationale, des ateliers consacrés au bilan des réalisations et une séance intitulée « L’avenir de la mémoire nationale et de l’histoire en Algérie : du diagnostic à la construction stratégique ».
Hocine Fadheli

