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Le Maroc au cœur d’une pollution industrielle de grande ampleur : Les rejets d’Oujda empoisonnent les eaux de l’ouest algérien

Quatre cents entreprises de la ville marocaine d’Oujda déversent des tonnes de déchets dans l’oued Mouilah, dont les eaux finissent dans les barrages et sur les terres agricoles de l’ouest algérien.

Quatre cents entreprises de la ville marocaine d’Oujda, dans l’est du royaume chérifien, rejettent des tonnes de déchets dans le lit d’un oued dont les eaux aboutissent en territoire algérien, jusque dans les barrages et sur les terres agricoles. Le constat a été dressé à Tlemcen, où la Conférence internationale sur la protection des cours d’eau transfrontaliers et la prévention de la pollution environnementale (IC-TWEP 2026) a entamé mardi sa deuxième journée. Organisée par l’Université Abou Bekr-Belkaïd et la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique, la rencontre réunit universitaires, chercheurs et experts de 35 pays. Elle se poursuit jusqu’à jeudi et doit déboucher sur des recommandations pour protéger les ressources en eau, réduire la pollution et poser les bases d’un développement durable plus sûr et plus juste pour les générations actuelles et futures.

Dès la première journée, les participants ont évoqué les défis liés à la gestion des eaux frontalières notamment lorsque le contexte régional est hostile. Le cas de l’oued Mouilah, qui prend sa source à Oujda est dans ce sens tout à fait édifiant. Selon les résultats d’analyses de laboratoire, son lit naturel transporte différents types de déchets en provenance vers le territoire algérien. Les taux de pollution sont 10 fois supérieurs à la norme et l’oued est asphyxié par les métaux lourds. Ils ont aussi dénoncé la pollution des barrages situés sur la frontière, celui de Boughrara en particulier, ainsi que l’assèchement des eaux dans la région de Béchar. De telles pratiques, ont-ils soutenu, constituent une « guerre hybride portant atteinte à la sécurité des Etats ».

Le directeur du barrage de Hammam Boughrara, Amar Sofiane, a décrit un ouvrage confronté depuis de nombreuses années aux eaux contaminées venues de la frontière ouest. Cette pollution a provoqué à deux reprises la mort de poissons, en septembre puis en octobre 2024. 45 tonnes de poissons morts ont dû être retirées pour préserver les réserves d’eau et la santé des populations. L’État algérien a, souligne-t-il, « déployé des efforts considérables », et plusieurs organismes et commissions analysent l’eau pour garantir l’alimentation en eau potable de Hammam Boughrara et de Maghnia, jusqu’à la frontière. Le personnel du barrage prélève lui-même des échantillons en continu.

Du côté des solutions, Abderrahim Bedraoui, de l’Agence nationale de gestion intégrée des ressources en eau, a plaidé pour des « solutions techniques reposant sur les nouvelles technologies et sur des modèles destinés à surveiller la qualité de l’eau, ainsi qu’à élaborer des bases de données permettant de comprendre la propagation de la pollution ». Il a ajouté qu’un volet institutionnel s’imposait, avec une coopération internationale renforcée pour protéger les écosystèmes partagés. Il a rappelé que la station d’épuration de l’oued Mouilah répond aux normes internationales.

L’expert égyptien Hani Abdelaziz Al-Chimi estime que « le recours aux nouvelles technologies est devenu indispensable pour lutter contre la pollution des cours d’eau transfrontaliers », l’intelligence artificielle permettant de gagner du temps et de réduire les coûts. La chercheuse tunisienne Faten Atik Bahr a pour sa part insisté sur la coordination régionale et cité l’exemple de la coopération entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye sur les eaux souterraines.

Salim Amokrane

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