Nouvelle gifle pour le Makhzen

Washington pour un règlement de la question sahraouie par l’ONU

Nouveau revers pour le Makhzen. L’administration Biden rompt clairement avec la position de Donald Trump à propos de la question sahraouie, affiche son soutien à un règlement du conflit dans le cadre du processus dirigé par l’ONU et souhaite la désignation, au plus vite, d’un nouvel émissaire onusien. Mieux encore, le département d’État US considère que c’est la seule voie pour préserver la stabilité dans la région. Le secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires du Proche-Orient, Joey Hood, a appelé, hier, à l’occasion d’une visite de travail de deux jours, les 25 et 26 juillet, qu’il a effectué en Algérie, à accélérer la désignation d’un nouvel émissaire onusien pour le Sahara occidental. Dans un entretien à l’APS, Joey Hood a tenu à clarifier une bonne fois pour toutes, la position de l’administration américaine en ce qui concerne le dossier du Sahara occidental. « Notre position claire est : Nous voulons voir un processus dirigé par l’ONU qui aboutit à un accord acceptable par toutes les parties et qui mène à la paix et à la stabilité, c’est ce qu’il y a de mieux pour la région et c’est (l’approche) à laquelle nous allons consacrer notre temps, notre énergie et nos efforts », a déclaré Joey Hood.  « Nous voulons voir le nom de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies dès que possible  et  aider (l’émissaire) à se mettre au travail le plus rapidement possible avec notre soutien ainsi que celui de nos partenaires et alliés, dont l’Algérie », a ajouté le diplomate. Les propos du représentant du département d’État US met un point final aux supputations alimentées par le Makhzen quant à la position de l’administration Biden et clarifie le point de vue US en ce qui concerne le règlement du conflit au Sahara occidental qui doit se conformer au droit international. Il est vrai qu’au mois de juin dernier le département d’Etat américain avait évoqué un changement d’approche de la part de l’administration Biden concernant la question sahraouie. « Je n’ai rien à annoncer pour le moment, mais je pense que si vous regardez le Sahara occidental dans le cadre de l’approche plus large de la région adoptée par l’administration précédente dans le contexte des accords d’Abraham, c’est là que l’on constate une certaine différence d’approche », avait alors déclaré le porte-parole du département d’Etat, Ned Price en référence à la reconnaissance par l’ancien président Trump de la prétendue souveraineté du Maroc sur ce territoire occupé. En mars, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, avait également exhorté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à accélérer la nomination d’un envoyé personnel au Sahara occidental, soulignant le soutien des Etats-Unis au processus des négociations politiques entre les deux parties (Maroc et Front Polisario ), parrainé par l’ONU. Néanmoins, le Makhzen n’a eu de cesse de faire dans la désinformation pour faire croire à une adhésion de l’administration Biden à la décision unilatérale et personnelle de Trump en ce qui concerne une reconnaissance d’une prétendue « souveraineté » du Maroc sur le Sahara occidental. La dernière tentative en date concerne une fake news relayée par la machine de propagande du Makhzen selon laquelle les pays de l’Otan auraient participé à des manœuvres dans les territoires occupés du Sahara occidental. Une intox démentie à plusieurs reprises par le commandement de l’Africom et le département d’État US et qui a d’ailleurs eu le don d’agacer Washington.

Notons que la position affichée aujourd’hui par le département d’État américain est l’ultime gifle pour le Makhzen qui collectionne les revers sur le plan diplomatique. Rappelons aussi que le régime marocain est en mauvaise posture vis-à-vis de ses soutiens traditionnels, l’Espagne et la France, notamment après avoir essuyé les contrecoups de deux scandales successifs, celui relatif à la crise migratoire à Ceuta et Melilla et la tempête induite par l’affaire d’espionnage médiatique, Pegasus, et dans laquelle le régime marocain est le plus impliqué.

Convergence de vues entre l’Algérie et les États-Unis

Notons que le secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires du Proche-Orient, Joey Hood, a évoqué, au cours de sa visite, avec les responsables algériens plusieurs dossiers relatifs aux voies et moyens de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région. À ce propos, Joey Hood a indiqué que le président Biden est « très sérieux » et souhaite travailler avec l’Algérie sur « des objectifs communs en ce qui concerne la Libye, par exemple, où les deux pays cherchent le départ des forces étrangères et le retour de la souveraineté au peuple libyen afin que (les libyens) puissent déterminer leur propre avenir ».

« L’Algérie a la même perspective que le gouvernement américain concernant la situation en Libye » a déclaré Joey Hood dans un entretien à l’APS. « Nous sommes donc déterminés à travailler ensemble sur cet objectif commun qui consiste à discuter avec nos alliés et nos partenaires de la manière exacte dont nous pouvons promouvoir les conditions nécessaires au retrait des forces étrangères le plus rapidement possible et à la tenue d’élections générales le 24 décembre afin que la souveraineté puisse être rendue au peuple libyen le plus rapidement possible », a-t-il indiqué au terme de sa première visite en Algérie.

Et d’ajouter « l’Algérie à travers son compétent ministre des Affaires étrangères, M. Ramtane Lamamra a une voix très importante sur cette question et qu’elle sera écoutée dans la région et au-delà », assurant que les Etats-Unis « attendaient avec intérêt (de travailler) avec le gouvernement algérien sur ce sujet important ».  Joey Hood a indiqué que son pays discutait de ce dossier avec plusieurs de ses alliées à l’instar de la Turquie et des pays européens ainsi qu’avec la Russie, et spécialement les libyens affirmant  que « le retrait de toutes les forces étrangères et la cessation de toutes les interventions militaires étrangères est une priorité absolue » pour l’administration américaine. « C’est au gouvernement qui sera élu en décembre de décider de son propre chef des relations qu’il veut entretenir avec d’autres pays sans ce type de pression représentée par des forces militaires sur son propre territoire », a-t-il dit. Concernant le rôle que pourraient avoir certains acteurs militaires en Libye après la période de transition, le secrétaire d’Etat adjoint américain a répondu qu’il s’agissait d’ « une décision qui appartient aux Libyens et au peuple libyen uniquement ». Hood a loué, par ailleurs, le rôle de l’Algérie au Mali qui s’est soldé, en 2015, par la conclusion d’un accord de paix et de réconciliation, affirmant que les Etats-Unis attendaient avec intérêt « de travailler avec le gouvernement algérien pour essayer de faire avancer les objectifs de cet accord ». « Les perspectives de promotion de solutions politiques et pacifiques aux différentes crises minant la paix et la sécurité dans les régions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont été au centre de l’entretien du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, avec le Secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires du Proche-Orient », a indiqué le ministère des Affaires Etrangères dans un communiqué. « Ces consultations reflètent la politiques de haut niveau des relations distinguées entre l’Algérie et les Etats-Unis d’Amérique, ainsi que la volonté commune d’œuvrer à la promotion de la paix et de la sécurité aux niveaux régional et international », a ajouté le communiqué des AE.

Chokri Hafed

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