Mali : Les raisons de la flambée terroriste

Vendredi matin, des terroristes affiliés au réseau Al-Qaïda ont mené deux attentats au véhicule piégé contre un site de la Direction du matériel, des hydrocarbures et des transports des armées (DMHTA) près de Bamako. Cette attaque s’est soldée par la mort d’un soldat et de sept terroristes, ainsi que six blessés (cinq militaires et un civil) et huit assaillants interpellés, selon un bilan de l’armée malienne. La veille, trois soldats et sept terroristes avaient été tués dans des attaques perpétrées dans le centre et l’ouest du pays.

Malgré les efforts déployés ces derniers mois par les autorités maliennes pour renforcer leurs capacités en matière de lutte contre le terrorisme, force est de constater qu’il leur reste beaucoup de chemin à parcourir avant d’avoir une maitrise sécuritaire suffisante de leur territoire. Le constat est évidemment valable pour l’essentiel du nord et du centre du pays où l’Etat malien est absent, ce qui fait l’affaire des nombreux groupes terroristes qui y activent. Dans le sud, la situation est beaucoup moins volatile. Du moins jusqu’à vendredi, date de l’attaque terroriste contre la ville garnison de Kati où réside le président malien de transition le colonel Assimi Goïta. Ce qui est justement inquiétant est qu’aujourd’hui les raids terroristes se rapprochent de la capitale malienne.  Bamako ne semble bénéficier que d’une bulle sécuritaire de quelques dizaines de kilomètres.    

Comment expliquer cette progression vers le sud des groupes terroristes ? Il peut y avoir plusieurs réponses à cela. La première réside certainement dans le fait que les autorités maliennes mettront un minimum du temps à combler le vide sécuritaire laissé par le départ du gros des contingents de la force française Barkhane. La situation peut trouver par ailleurs son explication dans la faible implication de la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) dans la lutte contre le terrorisme, son mandat étant extrêmement limité malgré qu’elle soit dotée d’importants moyens humains et matériels. Les effectifs de la Minusma avoisinent en effet les 16.000 hommes. De nombreux observateurs et de gouvernement militent d’ailleurs actuellement en faveur de l’octroi à la Minusma d’un «mandat plus robuste» afin qu’elle épaule plus efficacement le gouvernement malien dans sa lutte contre le terrorisme. Par mandat plus robuste il faut comprendre bien entendu la révision, entre autres, des règles d’engagement.

La nécessaire stabilisation

L’autre facteur pouvant expliquer la flambée de terrorisme que traverse le Mali est en rapport incontestablement avec l’instabilité que vit l’Etat malien lui-même. La lutte contre le terrorisme ne saurait porter ses fruits sans la mise en place d’institutions fortes et sans la construction d’une paix durable dans le pays. Or concernant ces aspects, les autorités maliennes ont failli de bout en bout. La faute incombe avant tout au défunt Ibrahim Boubacar Keita (IBK). L’ancien président malien n’a pas mis à profit la popularité dont il jouissait au sein de la population et le fort soutien de la communauté internationale pour mener les réformes nécessaires pour reconstruire sur des bases solides l’Etat malien. C’est presque le contraire qui s’est produit. Sous son règne la corruption s’est aggravée. Et  cette déliquescence de l’Etat qui est à l’origine de l’instabilité politique que connaît aujourd’hui le Mali. Le pouvoir malien a également traîné les pieds dans l’application sur le terrain de l’accord d’Alger destiné à mettre fin durablement à la crise née du soulèvement des tribus touarègues dans le septentrion malien. Près de 7 années après sa signature, presque aucune des grandes lignes de cet accord qui plaident pour refondation intentionnelle et la mise en place d’une nouvelle gouvernance des différentes régions maliennes n’a été appliquée. Situation dont se plaint d’ailleurs la coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), partie prenante de l’accord.

Certes, les ingérences étrangères ont beaucoup pesé sur le pays. La communauté internationale n’a également pas tenu sa promesse d’apporter les financements nécessaires au redressement économique du Mali, condition sine qua non pour réduire les niveaux de violence dans le pays. Cependant, les autorités maliennes doivent comprendre que le salut du Mali réside avant tout dans la construction d’un état fort et le renforcement du front interne. Un front qui doit inclure tous les maliens.

Khider Larbi

Encadré

L’Algérie exprime sa vive préoccupation face aux attentats qui ont eu lieu à Bamako

L’Algérie a exprimé sa vive préoccupation face aux attentats qui viennent d’avoir lieu dans la capitale malienne Bamako, réaffirmant la nécessité d’une mobilisation accrue de toute la communauté internationale pour la prévention et l’élimination du terrorisme, a indiqué vendredi le ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger dans un communiqué. « L’Algérie, qui condamne le terrorisme en tous lieux et en toutes circonstances, exprime sa vive préoccupation face aux attentats qui viennent d’avoir lieu à Bamako », a affirmé le ministère. Il a ajouté que « ce développement souligne une fois de plus la nécessité d’une mobilisation accrue de toute la communauté internationale pour la prévention et l’élimination du terrorisme ». « L’Algérie tient à mettre en évidence l’importance stratégie de la mise en œuvre effective et diligente de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali issu du processus d’Alger dans toutes ses composantes. Elle appelle les parties signataires à renouveler leur engagement à cet égard et à rester unies pour relever ensemble tous les défis », conclut le communiqué.

APS

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