Économie

Après la Chine et la Russie, le Brésil rejoint le mouvement : La fronde anti-dollars s’élargit

Moscou est à la pointe du mouvement de contestation de l’hégémonie mondiale du billet vert. Le président Vladimir Poutine a ordonné ces derniers mois à son ministre des Finances d’accélérer la dédollarisation du commerce extérieur.

Le dollar, pierre angulaire de l’Empire américain, est décrié de toutes parts. Il existe actuellement une lame de fond ayant pour logique une dédollarisation de l’économie mondiale. C’est le cas surtout en Asie où plusieurs pays ont déjà commencé à adopter leurs monnaies nationales dans leurs échanges économiques. Cette lame de fond touche désormais l’Amérique Latine. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a, la semaine dernière, lors de sa visite officielle en Chine,  remis en cause l’utilisation du dollar américain pour les échanges commerciaux. 

Le chef de l’État de la première économie d’Amérique Latine a déploré notamment que le dollar américain soit encore utilisé pour la plupart des échanges internationaux. « Pourquoi tous les pays seraient-ils obligés de faire leurs échanges en se basant sur le dollar ? Qui a décidé que le dollar serait la monnaie (de référence) ? », a lancé le président brésilien. « Aujourd’hui, un pays doit se procurer des dollars pour exporter alors qu’il pourrait le faire dans sa propre monnaie », a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’ « aucun dirigeant ne peut travailler avec le couteau sous la gorge parce qu’il est endetté ».

Le président Lula a par ailleurs fortement critiqué le Fonds monétaire international (FMI). Il a accusé l’institution d’ « asphyxier les économies de pays comme l’Argentine », voisin du Brésil avec lequel il entretient de bonnes relations avec son homologue de gauche Alberto Fernandez. Lula, 77 ans, a tenu ces propos lors de l’intronisation de l’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff (2011-2016) à la tête de la banque des BRICS, dont le siège est à Shanghai. Ce groupe de pays émergents qui réunit le Brésil, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Afrique du Sud a été fondé en 2006, lors du premier passage de Lula à la présidence (2003-2010).

Comme le Brésil, la Chine milite également pour une « dédollarisation » de l’économie mondiale. Fin mars, lors d’un forum économique regroupant plusieurs dizaines de patrons brésiliens en Chine, les deux pays ont d’ailleurs noué un accord prévoyant que leurs échanges pourront être effectués dans leur propre monnaie, sans utiliser le dollar. Deux banques – une de chaque pays – ont été désignées pour réaliser les opérations de change qui permettront à l’exportateur de recevoir dans sa monnaie un paiement fait par l’importateur dans sa devise d’origine. Le président Lula a aussi affirmé que le Brésil était “de retour” sur la scène internationale, après l’isolement sous la présidence de son prédécesseur d’extrême droite Jair Bolsonaro. « L’époque où le Brésil était absent des grandes décisions mondiales est révolue. Nous sommes de retour sur la scène internationale après une absence inexplicable », a-t-il insisté.

Il est à rappeler que Moscou est à la pointe du mouvement de contestation de l’hégémonie mondiale du billet vert. Le président Vladimir Poutine a ordonné ces derniers mois à son ministre des finances d’accélérer la dédollarisation du commerce extérieur. A l’internationale, le chef du Kremlin a déjà persuadé certains de ses grands principaux partenaires commerciaux comme l’Inde, l’Iran et la Chine d’intensifier l’utilisation des monnaies nationales dans les règlements mutuels. Même l’Arabie Saoudite, fidèle allié de Washington au Proche-Orient et premier exportateur mondial de brut, n’écarte plus l’éventualité de régler des échanges de pétrole dans des monnaies autres que le dollar américain. «Il n’y a aucun problème à discuter de la manière dont nous réglons nos accords commerciaux, que ce soit en dollar américain, en euro ou en riyal saoudien», a déclaré dernièrement le ministre saoudien des finances, Mohammed Al-Jadaan, du Forum économique mondial de Davos.  Il est à parier que si Riyad délaisse le dollar, d’autres pays membres du Conseil de coopération du Golfe et de l’OPEP devraient lui emboîter le pas. Les déclarations de M. Al-Jadaan sont d’autant plus lourdes de sens que Xi Jinping a clairement demandé aux Saoudiens d’accepter le Yuan, lors de sa visite en décembre dernier.

Lors du sommet Chine-Arabie Saoudite à Riyad, le président chinois avait proposé que les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) utilisent pleinement les marchés financiers de Shanghai pour régler leurs échanges commerciaux en yuan. La Turquie, autre grand allié des Etats-Unis, a également suivi le mouvement et paie une partie substantielle de ses importations d’énergie russe dans d’autres monnaies que le dollar. Dans l’espace arabe, l’Égypte a commencé aussi en août dernier à émettre des obligations libellées en yuan. La levée de bouclier contre le billet vert devrait bientôt s’élargir à l’Afrique. Dans le cadre de la préparation du second sommet Russie-Afrique dont les travaux sont prévus de se tenir en juillet prochain à Moscou, les autorités russes ont entrepris un intense travail de lobbying pour convaincre leurs partenaires africains de tourner la page du dollar dans leurs échanges économiques.

Khider Larbi

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