Actualité

Escalade en mer Rouge !

Malgré les appels à éviter l’escalade, l’armée américaine a mené hier matin de nouvelles frappes au Yémen et particulière la capitale Sanaa.

L’escalade des tensions en mer Rouge, dans le sillage de la poursuite et de l’intensification de l’agression israélienne contre les populations civiles de Ghaza, suscite de réelles craintes d’un embrasement dans la région. Une alliance américano-britannique a décidé de mener des attaques contre les Houthis du Yémen lesquels, rappelons-le, ont décidé de cibler les navires israéliens ou ceux destinés à approvisionner l’entité sioniste tant que l’agression contre la Bande de Ghaza n’est pas arrêtée et que le siège imposé à l’enclave n’est pas levé. Ainsi, sous le couvert de la « protection » du trafic maritime commercial international, Washington se lance dans une nouvelle croisade guerrière qui a en réalité s’inscrit dans une sorte de confrontation à distance avec l’Iran. Une situation qui fait craindre le pire, notamment un embrasement de la région si toutefois, celle-ci conduit à une implication de l’Iran.

Des craintes qui ne font que croitre dans la mesure où le conflit en cours est en escalade. En effet, l’armée américaine a mené hier à l’aube une nouvelle frappe contre des sites des Houthis, après le raid mené vendredi. Tôt samedi, la chaîne des Houthis, al-Masirah, a fait état de frappes sur au moins un site de la capitale Sanaa. « L’ennemi américano-britannique cible la capitale, Sanaa, avec un (certain) nombre de raids », a communiqué al-Masirah sur son compte X (ex-Twitter), citant son correspondant dans la ville. Puis, le Commandement militaire central des Etats-Unis (Centcom) a confirmé une frappe américaine vers 03H45 locales samedi (00H45 GMT) « contre un site radar au Yémen ». Vendredi, des frappes américaines et britanniques de vendredi, « 73 raids », ont visé des sites militaires à Sanaa et dans les gouvernorats de Hodeida (ouest), Taëz (sud), Hajjah (nord-ouest) et Saada (nord), avait indiqué plus tôt le porte-parole militaire des Houthis tandis que l’armée américaine avait évoqué 30 positions militaires ciblées sur un total de plus de 150 frappes. Les Houthis ont menacé de riposter aux frappes en s’en prenant aux intérêts des États-Unis et de la Grande-Bretagne, considérés désormais comme des « cibles légitimes ». Hier les Houthis ont menacé les Etats-Unis d’une « réponse forte et efficace ». « Cette nouvelle frappe entraînera une réponse ferme, forte et efficace », a déclaré Nasruldeen Amer, porte-parole des Houthis, ajoutant qu’il n’y avait eu de blessés ni de « dégâts importants », sur la chaîne de télévision Al Jazeera. Mohammed Abdulsalam, un autre porte-parole des Houthis, a déclaré à Reuters que les frappes, y compris celle ayant touché pendant la nuit une base militaire à Sanaa, la capitale yéménite, n’ont eu aucun impact significatif sur la capacité du groupe à empêcher les navires affiliés à l’entité sioniste de traverser la mer Rouge et la mer d’Oman.

Vendredi, des centaines de milliers Yéménites ont manifesté à Sanaa contre les frappes américaines. La foule a rempli la grande place Sabine du centre de Sanaa sous une forêt de drapeaux yéménites et palestiniens et scandant des slogans hostiles aux Etats-Unis et à l’entité sioniste, selon des correspondants de presse sur place. Or, Washington a menacé de nouvelles frappes au Yémen. Des frappes qui ont été condamnées par plusieurs pays, comme la Russie, la Turquie, l’Irak et la Jordanie, entre autres.  À Moscou, le Kremlin a condamné des frappes occidentales « illégitimes du point de vue du droit international », tout comme le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui dénonce une réponse « disproportionnée ». Et lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le représentant de la Russie, Vassili Nebenzia, a fustigé une « agression flagrante » et une « frappe massive » contre « la population du pays dans son ensemble ».

Traiter les causes du conflit

L’attitude des Etats-Unis et de ses alliés de l’Otan est d’autant plus critiquée qu’elle s’appuie sur une réponse purement militaire au risque d’alimenter l’escalade en mer Rouge, en ignorant la corrélation de la situation dans cette route commerciale stratégique avec l’agression israélienne contre la Bande de Ghaza. Une corrélation que l’Algérie a tenu à souligner, tout en appelant à la cessation des interventions étrangères. Ainsi, un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a souligné que l’Algérie « tient à réaffirmer que la question de la sécurité maritime en mer Rouge ne saurait être résolue en ignorant la corrélation, manifestement visible, entre les attaques des Houthis contre la marine marchande et les massacres perpétrés par l’occupation sioniste dans la bande de Ghaza depuis déjà 3 mois, une provocation éhontée envers les sentiments de tous les Arabes et les Musulmans à travers le monde, du fait des frappes aléatoires sur les civils sans défense ». « L’Algérie réaffirme sa position appelant à la cessation des interventions militaires, au vu de leurs conséquences catastrophiques sur la paix dans le monde et du prix fort payé par les civils innocents. Elle appelle, également, toutes les parties à l’arrêt de cette escalade militaire dangereuse et disproportionnée, pour focaliser sur les causes profondes et réelles de la crise » Le communiqué a également exprimé une  » profonde préoccupation et regrets, suite aux frappes américaines et britanniques ayant ciblé plusieurs villes de la République du Yémen, pays frère, et affirme que cette escalade dangereuse est à même de saper les efforts consentis par les Nations unies et les pays de la région pour parvenir à une solution au conflit au Yémen ».  De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé vendredi à « toutes les parties » d’éviter  » l’escalade de de la situation dans l’intérêt de la paix et de la stabilité en mer Rouge et dans l’ensemble de la région ».

Les prix du pétrole bondissent

Au-delà des risques géopolitiques que les tensions actuelles alimentent, la situation en mer Rouge a des conséquences directes sur l’économie mondiale, que ce soit par l’impact sur le commerce international ou sur les marchés énergétiques.  Les tensions ont poussé de nombreux armateurs à délaisser le couloir de la mer Rouge entre Europe et Asie par lequel passe 12% du commerce mondial et détourner les navires vers le Cap de Bonne Espérance, ce qui implique une hausse des coûts de fret et en temps de transport. La mer Rouge est également une route importante pour le commerce de pétrole, même si elle est moins importante que le détroit d’Ormuz dans le Golfe persique. Or, la situation actuelle et les craintes d’une régionalisation du conflit rendent les marchés pétroliers fébriles et poussent les prix à la hausse en raison des craintes sur l’approvisionnement en pétrole. Vendredi, le Brent avait affiché jusqu’à 4,31% de hausse, à 80,75 dollars, franchissant pour la première fois de l’année le seuil de 80 dollars le baril, avant de redescendre en fin de séance à 78,29 dollars.

Lyes Saïdi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *