Culture

Ministère de la Culture et des Arts: Un ambitieux programme de réformes pour dynamiser le secteur

Le ministre de la Culture et des Arts, Zouhir Ballalou, a dévoilé lundi, lors d’une audition devant la Commission de la culture, de la communication et du tourisme de l’Assemblée populaire nationale (APN), une vision stratégique complète pour transformer le paysage culturel. Une présentation qui révèle un changement de paradigme dans l’approche du secteur culturel, désormais envisagé comme un véritable levier économique et un pilier de l’identité nationale.

Dans un contexte de diversification économique et de valorisation du patrimoine national, le ministre a d’emblée souligné l’importance stratégique accordée à la culture dans le projet présidentiel. « Le pari de l’État sur la culture revêt, depuis quelques temps, et plus précisément depuis l’élection du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, à la magistrature suprême du pays, une nouvelle approche basée essentiellement sur la transition vers un secteur productif et efficace, avec une orientation économique », a-t-il affirmé devant un parterre de députés et en présence de la ministre des Relations avec le Parlement, Kaouter Krikou, et du président de la Commission, Belkheir Guerzou.

L’ambition affichée est désormais de faire de la culture un vecteur de développement économique tout en renforçant sa dimension souveraine. Abordant la question cruciale du patrimoine culturel, M. Ballalou a mis en lumière les efforts déployés pour sa préservation, le qualifiant de « composante essentielle » de la souveraineté culturelle algérienne. Face aux multiples défis, notamment les tentatives d’appropriation par des tiers, le ministre a détaillé une stratégie nationale articulée autour de trois axes majeurs.

Le premier axe consiste en « l’évaluation de la situation actuelle en identifiant les principales lacunes, avec proposition de mécanismes de protection ». Cette phase diagnostique permettra d’établir un état des lieux précis et d’identifier les priorités d’action. Le deuxième axe concerne la « mise en place de mesures préventives visant à protéger et préserver le patrimoine culturel », tandis que le troisième axe propose des « suggestions pratiques et opérationnelles » pour une protection efficace de ce patrimoine, à travers l’adoption d’une feuille de route proactive. Cette feuille de route comprend plusieurs initiatives concrètes, notamment « la mise en place de cellules de veille permanentes chargées de signaler les tentatives d’appropriation du patrimoine culturel algérien dans toutes ses formes », ainsi que « l’accélération des opérations de recensement national général de ce patrimoine, tout en focalisant sur les biens culturels sujets aux tentatives de vol ». Dans cette même perspective, M. Ballalou a annoncé que son ministère allait mettre en place un mécanisme de labellisation pour toutes les composantes du patrimoine culturel algérien et créer des banques de données sur les biens culturels, garantissant ainsi une protection juridique renforcée.

20 dossiers de classement à l’UNESCO

Sur le plan concret, le ministre a révélé que ses services comptent introduire cette année « 20 dossiers de proposition de classement sur la liste du patrimoine matériel national ». À l’échelle internationale, il a indiqué que son secteur œuvre actuellement à la mise à jour de la liste indicative de l’UNESCO, avec six nouveaux biens culturels qui seront proposés pour y figurer, renforçant ainsi la présence du patrimoine algérien sur la scène mondiale.

Le volet muséographique n’est pas en reste dans cette stratégie globale. Le ministre a annoncé la création prochaine de « neuf nouveaux musées dans certaines wilayas, ainsi que deux centres d’interprétation à caractère muséal dans les wilayas de Djelfa et de Saïda ». Cette expansion du réseau muséal national vise à démocratiser l’accès à la culture et à valoriser les spécificités patrimoniales des différentes régions du pays. Le secteur cinématographique, longtemps considéré comme le parent pauvre de la culture en Algérie malgré son riche passé, fait l’objet d’une attention particulière dans ce plan d’action. S’appuyant sur les récentes assises nationales du cinéma organisées sous le haut patronage du président de la République, M. Ballalou a présenté un programme de revitalisation ambitieux. Parmi les mesures phares figure « la création du Conseil supérieur du cinéma en tant qu’organe consultatif et de référence national chargé d’élaborer une feuille de route pour le développement de l’industrie cinématographique en Algérie ». Cette instance devrait jouer un rôle déterminant dans la définition des orientations stratégiques du secteur. Le ministre a également annoncé « la création du Centre national des archives cinématographiques », une structure essentielle pour la préservation du patrimoine filmique national, ainsi que « la fourniture de subventions pour des projets cinématographiques de haute qualité via le Fonds national pour le développement de l’Art, de la Technique et de l’Industrie cinématographique et de la Promotion des Arts et des Lettres (FDATIC) ». Sur le plan financier, diverses mesures sont envisagées, notamment les prêts bancaires et le soutien de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) au cinéma. Le ministre a également évoqué « la fourniture d’infrastructures pour le développement de l’industrie cinématographique à travers la création de villes cinématographiques et de studios de tournage », une initiative qui pourrait transformer radicalement le paysage de la production audiovisuelle nationale. Sur le volet règlementaire, M. Ballalou a indiqué que « 13 textes règlementaires relatifs à la loi 24-07 sur l’industrie cinématographique seraient promulgués », ajoutant qu’en vertu de la loi de finances 2025, « le compte d’affectation intitulé Fonds national pour le développement de l’industrie cinématographique et de ses techniques avait été rouvert », une décision qui marque la volonté politique de réinvestir dans ce secteur stratégique.

Le théâtre, art vivant par excellence et vecteur historique de la contestation et de l’expression populaire en Algérie, occupe également une place importante dans cette stratégie culturelle. Le ministre a rappelé la vitalité du mouvement théâtral national qui « compte plus de 120 œuvres par an, ainsi que de nombreuses autres présentées par des associations et clubs amateurs ». Il a précisé que « l’État avait accordé 249 aides financières au profit d’associations, de coopératives culturelles et théâtrales et d’artistes », démontrant ainsi le soutien continu aux initiatives théâtrales. Dans une perspective de réforme structurelle, M. Ballalou a annoncé que « la situation des théâtres ferait l’objet d’une révision, avec un projet ambitieux visant à modifier le statut particulier des théâtres et à renforcer leur viabilité économique », une réforme attendue depuis longtemps par les professionnels du secteur. Concernant la distribution de la production culturelle et artistique nationale, le ministre a insisté sur « la nécessité de réfléchir à des alternatives pour une meilleure distribution de ce produit », ajoutant que son secteur était « en cours de révision et d’actualisation du système des festivals afin qu’il soit mieux adapté à la réalité actuelle et en phase avec l’approche économique de la culture ».

Cap sur la promotion de la formation

La formation musicale, fondamentale pour l’émergence de nouveaux talents et la préservation des traditions musicales algériennes dans leur diversité, fait également l’objet d’une attention particulière. Le ministre a annoncé que « lors des mois prochains, il sera procédé à l’ouverture de 19 écoles d’enseignement musical au niveau des maisons de jeunes », précisant que « cette initiative sera généralisée au titre de l’année prochaine à l’ensemble des wilayas », un projet ambitieux qui vise à démocratiser l’accès à l’éducation musicale sur l’ensemble du territoire national. Enfin, conscient des enjeux de la transition numérique dans le secteur culturel, le ministre a évoqué plusieurs projets concrets déjà réalisés, notamment « la création d’une plateforme de services à distance E-services culture, le lancement d’une plateforme de lutte contre le trafic illicite des biens culturels turathi.dz, et la mise en place de visites virtuelles de 360 musées et sites archéologiques en Algérie ». Cette présentation exhaustive devant la Commission parlementaire témoigne d’une volonté politique claire de repositionner le secteur culturel comme un pilier du développement national, alliant préservation du patrimoine, création contemporaine et valorisation économique. Les défis restent nombreux, mais la feuille de route présentée par le ministre Zouhir Ballalou semble offrir des perspectives prometteuses pour l’avenir de la culture algérienne, à condition que les moyens nécessaires à sa mise en œuvre soient effectivement mobilisés.

Mohand Seghir

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