Industries créatives et droits d’auteur : Vers un nouveau modèle économique
Un colloque national à Alger dessine les contours d’une économie créative structurée.
L’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA) a ouvert mardi à Alger les travaux d’un colloque national sur les industries créatives et les droits d’auteur, organisé en partenariat avec l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Cette rencontre, qui réunit experts et professionnels algériens et étrangers, ambitionne de poser les jalons d’un système moderne de protection de la création et de définir les priorités d’une économie culturelle performante, dans un contexte de transition numérique accélérée.
L’événement marque une étape charnière dans la politique culturelle, plaçant désormais les industries créatives au cœur du développement économique et social du pays. Il intervient à la veille d’une autre rencontre d’envergure régionale de deux jours ouverte mercredi, Alger accueillant la réunion régionale des offices du droit d’auteur dans la région arabe, coorganisée par l’OMPI et l’ONDA, consolidant ainsi le rôle de l’Algérie comme plateforme de dialogue sur ces questions dans le monde arabe. Pour Samir Thaâlbi, directeur général de l’ONDA, ce colloque organisé sous le thème « Industries créatives et droits d’auteur : un nouveau système » constitue « une étape concrète visant à instaurer un système moderne et efficace, en phase avec les nouvelles réalités et tirant profit des expertises internationales, notamment celles de l’OMPI, dans l’objectif de bâtir un dispositif intégré pour les industries créatives en Algérie ». Le responsable souligne que l’ambition est d’« établir une base de dialogue solide pour définir les priorités, orienter les politiques et accompagner la transition vers une économie créative, structurée et performante ».
Cette volonté s’inscrit dans une nouvelle phase des politiques culturelles. « L’Algérie entame une nouvelle phase dans ses politiques culturelles et créatives, plaçant le créateur au centre des préoccupations et les industries créatives au cœur du développement économique et social », a déclaré Samir Thaâlbi, insistant sur un changement de paradigme qui fait du créateur un acteur économique à part entière et non plus seulement un producteur de contenus culturels. Du côté de l’OMPI, l’engagement est tout aussi fort. Sherine Greiss, responsable de projets et coordinatrice principale du développement en matière du droit d’auteur au sein de l’organisation onusienne, a affirmé que la rencontre « reflète un engagement commun pour la construction d’un système développé de propriété intellectuelle et pour le soutien aux créateurs en Algérie », confirmant également « une volonté partagée de renforcer la créativité et d’appuyer les créateurs ». La représentante de l’OMPI a salué les avancées récentes de l’Algérie dans ce domaine. « L’Algérie a enregistré ces dernières années des progrès significatifs dans le développement de l’économie créative, à travers le soutien à l’entrepreneuriat culturel, l’accélération de la transition numérique et l’élargissement des programmes de formation, renforçant ainsi la contribution de la culture à l’économie nationale », a souligné Sherine Greiss, tout en assurant de la disponibilité de l’OMPI à « accompagner l’Algérie dans toutes ses initiatives visant à construire un secteur créatif solide, efficace et pérenne ».
Les travaux du colloque ont été ponctués par plusieurs interventions thématiques explorant les différentes facettes de cette problématique. Les participants ont notamment abordé « le droit d’auteur comme moteur de l’économie créative et du développement », questionnant la manière dont la protection juridique des œuvres peut stimuler l’innovation et la production culturelle. Une autre intervention s’est penchée sur « l’essor des industries créatives en Algérie », dressant un état des lieux du secteur et de son potentiel de croissance. Enfin, la question des « industries créatives et droit d’auteur : vers une nouvelle économie des arts visuels à l’ère numérique » a permis d’explorer les mutations profondes qu’entraîne la digitalisation des contenus, posant la question de l’adaptation des cadres juridiques aux nouveaux modes de création, de diffusion et de consommation culturelle.
Ces débats témoignent d’une prise de conscience collective : dans une économie mondialisée et numérisée, les industries créatives représentent un gisement de croissance et d’emplois considérable, à condition de garantir aux créateurs une protection effective de leurs droits et une rémunération équitable de leur travail. Le colloque d’Alger s’inscrit ainsi dans une dynamique internationale qui voit les pays émergents chercher à structurer leurs écosystèmes créatifs pour en faire de véritables leviers de développement, au-delà de leur seule dimension culturelle. La tenue consécutive de ce colloque national et de la réunion régionale des offices arabes du droit d’auteur confirme l’ambition de l’Algérie de se positionner comme un acteur de référence sur ces questions dans la région, tout en bénéficiant de l’expertise et de l’accompagnement d’institutions internationales reconnues comme l’OMPI.
Mohand Seghir

