Culture

Musique andalouse : Cheikh Sadek El Bedjaoui, gardien d’une tradition séculaire

La figure de Cheikh Sadek El Bedjaoui continue, 31 ans après sa disparition, d’incarner l’excellence et la transmission de la musique andalouse algérienne. Né le 17 décembre 1907 dans le quartier médiéval de Bab El Louz à Béjaïa, Sadek Bouyahia de son vrai nom s’est éteint le 7 janvier 1995 à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui un héritage artistique considérable. Les témoignages recueillis auprès de ses proches et disciples dessinent le portrait d’un maître généreux et visionnaire, dont l’influence rayonne encore aujourd’hui dans le paysage musical algérien. Hadj Mohammed Triki Yamani, membre actif de l’association culturelle « Ahbab Cheikh Sadek El Bedjaoui » et ami de la famille, évoque un artiste d’exception marqué par une « grande modestie qui était toujours proche de ses élèves ». Dans son ouvrage « De Lalla Setti à Yemma Gouraya », publié en 2024 aux éditions El Qobia, Triki Yamani souligne que le cheikh « ne s’est pas contenté de chanter durant toute sa riche carrière, mais il a toujours été un formateur et un maître incontesté ». L’auteur le situe parmi les plus grands interprètes du hawzi de son époque, aux côtés de figures légendaires comme Redouane Bensari, Abdelkrim Dali ou Dahmane Benachour. Au-delà de son talent de chanteur, Triki Yamani se souvient d’un homme chaleureux qui « était accueillant et jouissait d’une grande célébrité », tout en étant « connu également pour son extraordinaire sens de l’humour et de la répartie ». La trajectoire artistique de Cheikh Sadek témoigne d’une quête inlassable de perfectionnement. Durant les années 1930, il entreprit de nombreux voyages à travers l’Algérie, visitant Alger, Tlemcen, Blida et Constantine pour rencontrer les maîtres de l’andalou et enrichir son répertoire. Cette période de formation lui permit de côtoyer les sommités de l’époque, notamment Cheikh Larbi Bensari, maître du hawzi de Tlemcen, et Cheikh Mahieddine Lekhal de l’association El Mossilia d’Alger. Selon Triki Yamani, cette curiosité et ces qualités artistiques exceptionnelles ont permis au musicien de développer un style particulier, contribuant notamment à forger ce qui deviendra la Sanaa de Béjaïa. Sa maîtrise technique faisait de lui une « référence incontournable » dans des genres aussi variés que la sanaa, le hawzi, le aroubi, le medh et même la chanson kabyle. Rochdy Bouyahia, fils du maître et président de l’association éponyme, rappelle la philosophie profonde qui animait son père. Pour Cheikh Sadek, considérant la musique andalouse comme le « pilier de toutes les musiques », l’objectif premier résidait dans la transmission de ce patrimoine aux générations futures. Il avait, selon son fils, consacré toute son existence à la sauvegarde de cet art séculaire. Un geste symbolique illustre parfaitement cette conception désintéressée de l’art : avant sa mort, le maître décida de remettre l’intégralité de son répertoire de qassidate à l’Office national des droits d’auteurs et des droits voisins pour qu’il soit classé patrimoine public, convaincu que l’art « ne se vend pas, il se donne ». Aujourd’hui, les orchestres de l’association poursuivent cette mission en travaillant à la préservation et à la transmission de ce legs musical qui abordait de multiples thèmes liés à la vie quotidienne des Algériens, perpétuant ainsi la mémoire d’un artiste qui avait fait de la générosité culturelle sa raison d’être.

Mohand S.

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *