Nouvelles orientations géostratégiques du président Donald Trump : Quels impacts sur le cours des hydrocarbures ?
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités et expert international en management stratégique.
Si les marchés n’ont pas réagi avec excès au coup de force américain, l’éventuelle relance de la production de pétrole du Venezuela ainsi que les nouvelles orientations géostratégiques du président américain se feront sentir sur les prix et les échanges internationaux.
Après les frappes américaines sur le Venezuela, les cours du pétrole ont fluctué entre 59 et 63 dollars durant la période du 6 au 10 janvier 2026, revenant le 10 janvier 2026 à 63,34 dollars le baril de Brent et à 59,12 dollars le WTI, mais à 54,42 euros le Brent, pénalisant les achats en euros. Les prévisions optimistes pour 2026 donnent des cours entre 60 et 65 dollars, et certaines institutions internationales spécialisées, au cas où les prévisions du président Trump se réaliseraient, tablent sur 50 à 55 dollars avec un cours du gaz fluctuant entre 25 et 30 dollars le mégawattheure, ce qui aurait des conséquences désastreuses pour les pays mono-exportateurs d’hydrocarbures à fortes populations et ayant une production moyenne, sur leurs équilibres financiers.
L’OPEP ne représente que 33% de la production mondiale évaluée en 2025 à 103,87 millions de barils/jour avec la dominance de l’Arabie Saoudite (plus de 9 millions de barils par jour) et l’OPEP+ avec la dominance de la Russie (10 à 11 millions de barils/jour), soit environ 50%. Plus de 50% se fait hors OPEP+ avec la dominance des USA qui sont devenus le premier producteur mondial en 2025 (plus de 13 millions de barils par jour). L’avenir du cours dépendra de la croissance de l’économie mondiale, avec une prévision de 2,7% en 2026 contre 2,8% en 2025, surtout de la Chine, le plus gros importateur, qui ne dépassera pas 5%.
Outre les réserves traditionnelles de pétrole localisées surtout au Moyen-Orient, environ 60% des « super-géants » pétroliers sont au Moyen-Orient, représentant 40% des réserves prouvées mondiales dont : Arabie Saoudite environ 262,7 milliards de barils, soit un quart des réserves mondiales ; Irak : ~112,5 milliards de barils ; EAU : ~97,8 milliards de barils ; Koweït : ~96,5 milliards de barils ; Iran : ~93,1 milliards de barils et 40% des réserves mondiales de gaz dont Iran : 32 100 milliards de m³ (fin 2020) et le Qatar : 24 700 milliards de m³ (fin 2020) et l’Arabie Saoudite : 9 800 milliards de mètres cubes gazeux. D’autres facteurs importants entrent récemment en jeu pour la détermination du cours des hydrocarbures entre 2026 et 2030 :
- L’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables, renvoyant au lancinant problème de la transition énergétique ;
- Les tensions géostratégiques au sein des espaces qui détiennent les plus grandes réserves, dont le Moyen-Orient et certains pays d’Afrique ;
- L’avenir du conflit en Ukraine, existant certainement une entente entre les présidents américain et russe, malgré les condamnations verbales de peu d’effet, à usage interne, dont l’abandon par la Russie du président vénézuélien, montrant que dans les relations internationales n’existent pas de sentiments mais seulement des intérêts. Ainsi, la Première ministre italienne a fait savoir début janvier 2026 qu’elle est favorable à un retour du gaz russe en Italie via l’Europe, ayant été d’ailleurs la première à saluer le contrat d’exportation US de 250 milliards de dollars par an sur trois ans en direction de l’Europe. N’oublions pas les importants investissements de groupes italiens prévus en Libye, privilégiant certainement les intérêts de l’Italie pour ne pas dépendre d’un seul fournisseur, l’Allemagne ayant la même position vis-à-vis de la Russie, espérant la réactivation des gazoducs russes de plus de 100 milliards de mètres cubes gazeux actuellement en berne ;
- Le retour en force du pétrole du Venezuela, un pays riche mais à la population pauvre, une économie qui vit sous perfusion de la rente des hydrocarbures avec une population de 28,5 millions d’habitants dépendant pour plus de 95% de ses ressources en devises du pétrole. Le Venezuela est le premier réservoir mondial avec plus de 300 milliards de barils (pétrole lourd) et plus de 4 500 milliards de mètres cubes gazeux qui, à cause des sanctions, produit moins d’un million de barils par jour, 80% en destination de la Chine. Sans compter d’autres richesses, contrôlé dorénavant par les compagnies américaines, le Venezuela peut facilement augmenter sa production – qui souffre du manque d’investissements et du délabrement des sites pétroliers – à des niveaux comparables à ceux des États-Unis, de la Russie et de l’Arabie Saoudite, ce qui pourrait modifier la carte énergétique mondiale et orienter les prix à la baisse ;
- En Afrique, outre les importantes réserves du Nigeria (5 500 milliards de mètres cubes gazeux) suivi du Mozambique (5 000) et de l’Algérie (2 500), l’entrée récente des compagnies américaines en Libye, divisée en deux pouvoirs divergents pour l’instant, premier réservoir de pétrole en Afrique avec plus de 48 milliards de barils et plus de 1 500 milliards de mètres cubes gazeux pour une population ne dépassant pas 7 millions d’habitants, dont une grande partie est contrôlée par le maréchal Haftar. Ainsi se tiendra le Sommet libyen sur l’énergie et l’économie (LEES) 2026, du 24 au 26 janvier à Tripoli, qui témoigne d’un regain d’intérêt des États-Unis, alors que les entreprises américaines renouent avec les secteurs pétrolier, gazier et des infrastructures en Libye. Avec les exportations US d’hydrocarbures, le retour de la Russie et les exportations libyennes sous réserve de la réunification, toute la carte énergétique européenne risque de changer profondément ;
- Autre facteur : les tensions des USA avec le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark ayant une superficie totale de 2 166 086 km² (y compris d’autres îles côtières mineures), dont la calotte glaciaire couvre 1 755 637 km², situé entre l’Océan Arctique et l’Océan Atlantique Nord à l’extrême nord-est de l’Amérique du Nord, pour une population qui ne dépasse pas 57 000 habitants. Il possède d’immenses richesses minérales stratégiques (terres rares, lithium, cobalt, nickel, cuivre, graphite, uranium, or, diamants et des potentiels importants en hydrocarbures). Le président américain assure que les États-Unis doivent prendre le contrôle du Groenland pour assurer leur propre sécurité, dans la mesure où le Groenland est un point crucial pour la surveillance des activités militaires et navales russes et chinoises, notamment à mesure que la fonte des glaces ouvre davantage de routes maritimes dans l’Arctique, ce qui modifiera profondément l’équilibre des puissances dans la région. Mais cela sous-tend surtout le contrôle des richesses, tout en s’inscrivant dans une stratégie plus large concernant le contrôle de l’Arctique qui détient d’immenses réserves d’hydrocarbures, estimées par l’USGS à 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% du gaz naturel, mais ayant également une importance stratégique majeure pour la Russie, le Canada et la Norvège.
Conclusion
L’énergie, quelle que soit sa forme, est le fondement de la sécurité des Nations et son contrôle renvoie à des questions stratégiques à la fois politiques, sécuritaires et économiques. Les USA, première puissance économique et militaire mondiale avec un PIB dépassant en 2025 les 32 000 milliards de dollars sur un PIB mondial de plus de 117 000 milliards de dollars pour une population de 348 millions d’habitants, face à un monde en profonde transformation, s’orientant vers un monde multipolaire, ambitionnent de continuer à asseoir leur domination.
Tous ces facteurs mis en relief précédemment doivent inciter l’Algérie, qui concentre ses exportations en direction de l’Espagne et surtout de l’Italie tant par canalisation (67%) que GNL (33%) pour 80% de ses recettes en devises provenant de l’Europe et 98% de ses recettes globales en devises provenant des hydrocarbures et de leurs dérivés (inclus à 67% dans la rubrique hors hydrocarbures), à entrevoir dès maintenant, du fait de la conjugaison de la baisse des prix et d’une éventuelle baisse de la demande avec la concurrence de nouveaux acteurs, des stratégies d’adaptation face à ces nouvelles mutations.
ademmebtoul@gmail.com

